‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 186 sur 513 · Mil. glor.j II, II, 56 sqq. Voyez notre tome I, p · texte numérisé non relu

Mil. glor.j II, II, 56 sqq. Voyez notre tome I, p

ENNiaS.

l'amitié des personnages les plus considérables, des plu& grands hommes de l'État.

Cette vie littéraire, qui succède à sa vie militaire, est Lien remplie ; elle comprend :

Et la longue suite de ses tragédies et de ses comédies ;

Et ses satires, offrant un genre né de l'esprit ancien de Rome et tout romain, dont la littérature latine revendiquera l'originalité ;

Et ses poésies didactiques, son Protrepticus (ou Prœcepta)^ par lequel il semble continuer Appius Glaudius Cœcus ; son Epicharme, qui devance et annonce de loin le De Natura reriim de Lucrèce;

Enfin, et surtout, sa grande épopée. II revient au sujet de Névius, mais il le comprend dans un plus grand dessein; son ouvrage, sous le nom d'Annales, reproduira le cours entier des destin 'es romaines, commençant par la légende mythologique, continuant par l'histoire et arrivant à des souvenirs contemporains, à des choses qu'a vues le poète et où il a mis la main, quœ... vidi, et quorum pars.., fui pourrait-il dire : œuvre de proportions plus grandes que régulières, où se montre trop souvent le grammairien, l'antiquaire, mais où se montre aussi le poète par des traits énergiques et hardis; sorte de minerai, bien mêlé, où Virgile recueillera de l'or, pour changer un peu le propos irrespectueux qu'on lui attribue.

Il y a lieu de comparer entre eux, dans leur œuvre commune d'initiateurs dô la poésie latine, Névius et Ennius.

Névius porte le langage familier, le latin indigène, à un degré de vivacité et d'élégance voisin du style de Plante. Ses fragments comiques justifient quelquefois l'orgueil de son épitaphe :

Si les immortels pouvaient pleurer les mortels, les Muses pleureraient le poëte Névius. Une fois Névius enfoui au trésor de Pluton, on ne sut plus à Rome ce que c'était que parler la. langue latine.

Mortales immortales flere si foret fas, Fièrent divse Gamœnae Naevium poetam.

LES ANCIENS POETES LATINS

Itaque postciuam est Orcino traditus thesauro, Obliti sunt Romae loquier latina lingua*.

ENNIUS

Quel qu'ait pu être le droit de Névius à tenir un tel langage, il a laissé h Ennius le soin et la gloire d'introduire un style nouveau, propre aux grands sujets; un style formé sur le modèle des Grecs, un peu avec les succès divers obtenus par notre Ronsard dans une entreprise analogue, tantôt marqué d'une empreinte durable, tantôt offrant une big?îrrure gréco-latine, une rudesse d'innovation qui sera longue à se polir.

Ce qui manque à La guerre punique de Névius pour êtrô au niveau de la grandeur épique, Ennius le cherebe et le trouve par intervalles; c'est une élévation de ton, une vivacité de couleurs, une barmonie toutes nouvelles. Quand Horace voudra montrer par un exemple que la poésie, à certains égards, est indépendante des formes de la versification et qu'elle peut subsister encore après que ces formes ont été rompues, c'est Ennius qu'il alléguera.

Sera-ce la môme chose que si vous rompiez ces vers : Quand la noire Discorde eut forcé les verrous de fer du temple de la guerre^ et y retrouverez-vous de môme les pièces désunies, les membres dispersés du poète?

Non, ut si solvas : « Postquam discordia tetra Belli ferrâtes pestes portasque refregit, » Invenias etiam disjecti mtmbra poelae"^

Il faut recueillir dans ce passage, à la gloire d'Enniu>;, ce grand titre de poète qu'il lui décerne. Il faut le commenter par ces autres passages :

.... Un génie créateur, un souffle divin, une bouche, une voix capables de nobles accents, voilà ce qui peut mériter l'honneur de ce grand nom.

Ingenium cui sit, cui mens divinior atque os Magna sonaturum, des nominis hujus honorem'.

1. A. Gell., Noct. AU. I, 24. —2. Sat., I, iv, 62. — 3. Ibid.f 43.

Le génie, l'éloquence, une voix pleine et sonore, c'est aux Grecs, aux Grecs seulement que la muse les a départis.

Graiis ingenium, Graiis dédit ore rotundo Musa loqui '.

Ingpninm, l'imagination créatrice, mens divinior^ os magna sonaturum, ore rotundo loqui, l'élévation, la grandeur, l'harmonie, c'étaient là des nouveautés qu'Ennius, dans une certaine mesur-, apportait à la poésie latine.

L'énergie de cette poésie chez Névius n'est pas encore sans sécheresse et sans raideur et se dégage à peine des graves et concises formules du style lapidaire des premiers siècles. Ennius est plus libre, plus animé. Il semble, en paissant de l'un à l'autre, qu'on quitte la raide statuaire de l'Egypte pour les figures vivantes de Ja Grèce, celles dont on a dit ;

D'autres, je le crois, seront plus habiles à faire respirer l'airam, à tirer du marbre des traits vivants....

Excusent alii spirantid mollius œra

Credo equidera, vivos ducent de marmore vultus*.

C'est la gloire de Lysippe de donner la vie à ses figures

Gloria Lysippo est animosa effingere signa'.

Cette vie est la grande nouveauté qu'apporte Ennius, plus celle de ces vers d'autre mesure dont il se glorifiait' par une comparaison un peu dédaigneuse avec Névius, au commencement du septième livre de ses Annales :

D'autres ont écrit ceci, en vers que chantaient autrefois les Faunes et les devins, quan^ personne n'avait encore franchi les sommets du mont habité par les Muses, et qu'on n'avait nul soin de l'art d'écrire.... avant cet homme.... c'est nous qui les premiers avons ouvert les portes des Muses, gui les premiers avons fait de longs vers.

Scripsere alii rem Versibu' quos olim Fauni vatesque canebant, Cum neque Musarum scopulos quisquam superara Nec dicti studiosus erat....

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