Epist. Il, I, 166 — 2. De arte poet
morables. De là sortirent presque à la fois, et, reraarqnonsle en passant, par cette concurrence se trouva à peu près maintenue la loi générale qui fait des poètes épiques les précurseurs des historiens; de là, disons-nous, sortirent presque à la fois d'une part les Annales de Fabius Pictor et des autres prédécesseurs lointains de Tite-Live, d'autre part les Annales d'Enmus. Mais les premières retenaient Ja sécheresse des documents primitifs, croyant faire assez que de les lier par la continuité du récit. Les autres, au contraire, y ajoutaient les riches souvenirs de la tradition, et, à l'exemple des compositions homériques dont elles affectaient la forme, animaient le tout par ce travail de l'imagination, qui retrouve, qui fait revivre les traits et la couleur du passé. L'entreprise d'Ennius, nouvelle encore, bien que déjà Livius Andronicus eût traduit l'Odyssée en vers saturniens, Névius raconté, en vers de même mesure, la première guerre punique, avait assurément beaucoup dB grandeur littéraire, de grandeur patriotique. Lui-même en parlait magnifiquement; Homère, à l'entendre, revivait en sa personne pour être le chantre épique et l'historien d:j Rome ; ou plutôt, il se le faisait dire, au début de son poème, par Homère lui-même, dans ce songe pythagorique sur lequel s'est égayée la malice d'Horace*, mais que les autres poètes latins ont pris plus au sérieux. Les contemporains d'Ennius n'avaient pas une idée moins haute de ses Annales. Par elles, il était devenu l'ami des illustres hommes de guerre dont il avait été pendant tant d'années le centurion, mettant obscurément la main à ces grandes choses qu'il devait un jour céiébier. Les Fulvius Nobilior le payèrent par le titre de citoyen romain ; les Scipions par une statue au milieu des images et dans le monument de leur famille. C'était bien à l'auteur des Annales que s'adressaient ces honneurs. Nous le savons par lui-même. Il s'écriait à la fin de son ouvrage : « Nous sommes mainte- « nant Romain, nous jadis homme de Rudies. »
Nos sumu' Romani qui fuvimus ante Rudini '.