‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 201 sur 513 · Voyez sur celte restitution , dans notre tome I, p · texte numérisé non relu

Voyez sur celte restitution , dans notre tome I, p

LES ANCIENS POETES LATINS

contestables; où, dans la disposition et l'explication de ces textes, on tînt surtout compte des témoignages de l'antiquité, ne recourant que rarement à la coDJecture, et dans les cas seulement où elle aurait pour elle une très-grande vraisemblance. C'est ce recueil que M. Yahlen, provoqué par un concours ouvert dans l'Université de Bonn et aidé après sa victoire, il le reconnaît avec une gratitude qui l'honore, par ses propres rivaux, nous a donné en 1854. Les fragments d'Ennius s'y offrent accompagnés d'un choix de leçons diverses recueillies dans les manuscrits et dans les éditions savantes ; des textes qui les ont conservés et font connaître, sinon toujours leur place, leur rôle dans l'ouvrage auquel ils appartenaient, du moins par l'intention, par le ton de la citation elle-même, quehjue chose de leur caractère ; enfin, d'explications judicieuses et substantielles, trop substantielles peut-être pour la clarté, rassemblées dans des Quœsliones Enniaux par lesquelles s'ouvre le volume. Les vers arbitrairement attribués à Ennius ont été exclus du recueil, ou bien donnés à part, dans un appendice, comme ceux que désigne ce titre, espèce d'arrêt ; Versus Pauli Merulx perfidia propogali. Beaucoup, soit laissés à la place que leur assignaient les témoignages anciens, soit renvoyés, faute de témoi^rnages, aux Fragmenta incertse scdls^ sont restés sans explication, les éléments de cette explication manquant absolument, et le nouvel éditeur s'étant résigné, avec plus de sagesse que ses devanciers, à ignorer ce qu'il est impossible de savoir. Ces fragments, d'ailleurs, si l'on ne peut les rapporter à une composition déterminée, leur y assigner une place, un rôle, ne sont pas pour cela plus dénués d'intérêt que, dans les collections d'antiquités, ces débris épargnés par la restauration, qu'elle a laissés à leur obscurité, et où se montre du moins encore, sans mélange de compléments indiscrets, la trace curieuse de l'art. C'est désormais dans le recueil de M. Vahlen qu'on pourra étudier les Annales d'Ennius avec confiance, sans courir le risque de porter au compte du pcëte, pour l'en louer ou l'en blâmer, les imaginations de ses interprêles.

ENNJUS.

Des dix-huit livres entre lesquels avaient été partagées les Annales, non pas, comme on l'a dit souvent d'après un passage mal entendu de Suétone *, par le grammairien Q. Vargonteius, mais, comme l'établit très-bien M. Vahlen, par l'auteur lui-même, le premier est celui qui se prêle le mieux à cette étude. Aucun n'a été plus fréquemment cité ; d'aucun n'ont été conservés des morceaux plus étendus et plus clairs • il n'en est point non plus auquel on puisse, en raison de Tattention particulière que lui avaient accordée les anciens, rapporter, avec plus de vraisemblance, les vers d'attribution incertaine.

Névius avait ouvert son poème de la Guerre punique par une invocation aux neuf filles de .Jupiter, ces sœurs unies d'une céleste concorde, ojjLo-^povxç, k dit Hésiode ^ concordes, a traduit le vieux poète latin :

Novem Jovis concordes filiœ sorores '.

Ennius, à son tour, invoqua au début de ses Annales, peutêtre aussi d'après le début de la Théogonie, les Muses* « foulant de leurs pieds le vaste Olympe » :

Musœ qusi pedibus magnum pulsatis Olympum**.

Dans ce vers majestueux et sonore s'annonçait déjk la poésie de Lucrèce et de Virgile ; mais tout aussitôt, on le pense, et c'est une observation qu'a renouvelée M. Vahlen, se marquait le prosaïsme inévitable d'un poète grammairien et antiquaire. Une sorte de note, qui interrompait l'invocation, avertissait que ce mot de Muses était le nom grec des divinités que les Latins avaient d'abord appelées Gasmènes :

Musas quas Graii memorant, nos Casmenarum....® Il y a là quelque chose de plus qu'une de ces synony-

1. De ilhisir. firammaUcis, c. 2. — 2. Thcog. v. 60. 3. Mar. Victorin. De sntiirnio versu.

k. Varr. lie n' rus tien, 1, i.

5. Varr. De linrj. Intina, VU, 20 ; Serv. in Virg. jEn. XI, 660.

6. \arr. Dehug. latina, VII, 26, éd. 0. Mùller. Cf. Vahlen, p. 3.

mies souvent remarquées par Ennius, moiDS poétiquement sans doute que philologiquement, mais avec la préoccupation d*un écrivain chez qui surtout s'accomplissait la prise de possession de la liltéralure primitive des Romains par la langue et la poésie des Grecs. On y aperçoit une curieuse trace d'une révolution plus ancienne, à l'achèvement de laquelle les poêles ne restaient pas étrangers, de la révolution religieuse par suite de laquelle les dieux de la Grèce, mêlés à ceux du Lalium, les ont en quelque sorte absorbés. Les Gasmènes ou Gamènes étaient des nymphes des eaux, et en même temps des nymphes prophétiques et chantantes, attributs assez ordinairement associés dans les religions antiques comme dans les superstitions modernes. Numa leur avait consacré le bois arrosé par des eaux courantes où il allait consulter son Kgérie, en commerce avec elles, prétendait-il*. Il arriva naturellement que, dans la fusion qui se fit des antiques divinités du Latium avec les divinités grecques, les Gamènes devinrent les Muses, les Muses qu'Hésiode avait représentées dansant, chantant près de l'Hippocrène. Quand eut lieu ce changement? On ne peut le dire; mais peut-être n'a-t-il pas devancé de beaucoup le temps où, par une coïncidence piquante, Ennius installait en quelque sorte dans la poésie latine ces Muses dont les statues, noble butin, ornement triomphal de son patron Fulvius Nobilior, le conquérant de l'Étolie et de l'ancienne ville royale de Pyrrhus, Ambracie, allaient être solennellement consacrées dans ce temple d'Hercule, d'Hercule Musagète, qui s'appela depuis A^des HerculU et Musarum^,

Ennius, disciple en poésie d'Homère, Tétait, en philosophie, de Pythagore. G'est, à ce qu'il semble, la philosophie pythagoricienne qu'il avait exposée, par la bouche d'un de ses adeptes, Épicharme*, dans un poème intitulé Epi-

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