‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 21 sur 513 · Carm. xxxvi; xciv · texte numérisé non relu

Carm. xxxvi; xciv

2. Tanu^ius Geminus. Voy. L. Schwab, Quœstion. CatuU,, 18G2, p. 27J.

JUSQU AU SIECLE D AUGUSTE

le tableau complet de la poésie latine au septième siècle de Rome; voilà quels genres on cultiva à cette époque, quels poètes s'y distinguèrent; voilà aussi le plan que nous devrons suivre dans une étude plus étendue, plus variée, plus riche qu'on ne croirait d'aljord : car au premier coup d'œil on n'aperçoit dans tout ce siècle que trois poètes, Lucilius, Lucrèce et Gatulle, et vous venez de voir cependant de quelle cour assez nombreuse, assez brillante, s'entouraient ces rois de la pensée poétique de leur temps.

J'aurai à vous montrer comment, par un travail universel, par un progrès continu, la langue se polit, s'épura, perdit entièrement sa rudesse laiine, sa bigarrure latinogrecque; comment le mètre devint de jour en jour plus régulier, plus harmonieux, plus flexible, plus varié; comment se forma l'instrument des Virgile et des Horace, des Ovide et des Tibulle. Je devrai surtout marquer l'origine de cet esprit nouveau qui depuis anima, dans des œuvres presque toutes imitées, les poètes du siècle d'Auguste, de ces grâces qu'on ne sait comment définir, tendres, sérieuses, mélancoliques, qui font surtout leur charme et leur véritable originalité. La poésie latine, au sixième siècle de Rome, poésie de traduction, d'imitation, n'avait montré que l'imagination nécessaire pour reproduire avec talent les idées et les sentiments d'autrui; elle n'avait rien eu d'intime ni de profond; elle avait été tout extérieure, si l'on veut bien me passer ce mot que je n'aime pas, mais qui résume ma pensée. Au septième siècle, plus facile et plus libre, elle commença à exprimer des affections plus personnelles, quelques-unes bien frivoles et bien licencieuses, qui n'étaient que trop de leur temps, mais d'autres aussi plus graves, telles que pouvaient les suggérer les enseignements de Ja philosophie, et le spectacle plus instructif encore des événements dans un siècle de discordes civiles et de révolutions. Gertainement lorsque Lucrèce, témoin impuissant des fureurs sanguinaires de Marius et de Sylla^ des luttes impies et parricides, comme dit Gicéron, de Gésar et de Pompée, de la ruine des institutions publiques et

du déclin de la liberté, se réfugie dans ce qu'il appelle le temple élevé, serein, inaccessible aux orages mortels, de la Sagesse :

Edita doctrina sapientum templa serena;

lorsque de cet asile sublime il abaisse ses regards vers la terre, et contemple de loin les agitations des hommes, si vainement fourvoyés dans toutes les routes de la vie, qui s'y consument en de si stériles efforts, pourquoi? pour parvenir enfin à ce quon cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit, dit Corneille, à ce triste comble de la fortune et de la puissance :

Despicere unde queas alios passimque videra Errare, atque viam palantes quœrere vitse, Certare ingenio, contendere nobilitate, Noctes atque dies niti praestante labore, Ad summas emergere opes rerumque potiri ;

lorsqu'à la vue de ce misérable triomphe de l'ambition il se récrie plein de pitié sur notre aveuglement et notre folie, sur le déplorable emploi de ce peu de jours qu'il nous est donné de vivre :

0 miseras hominum mentes, o pectora caeca! Qualibus in tenebris vitaî, quantisque periclis, Degitur hoc aevi, quodcumque est.... ' ;

lorsque Lucrèce écrit ces vers sublimes, on sent bien qu'il y a là une poésie toute nouvelle, nouvelle non-seulement par la perfection de la forme que Virgile n'a guère surpassée, mais par l'accent, par l'inspiration, par une sorte de pathétique philosophique, qu'on ne connaissait point encore, presque contemporain de cette religion qui allait venir pour arracher le monde ancien k ses frivoles pensées, l'appeler à la contemplation des misères de la condition mortelle, à la recherche du secret de notre destinée. .

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