‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 215 sur 513 · A. Gell. Noct. mie. XX · texte numérisé non relu

A. Gell. Noct. mie. XX

LES ANCIENS POETES LATiNS.

Voilà encore des vers dont se souvenait Gicéron, et il n'était pas le seul, puisqu'il y pouvait faire des allusions, entendues de tous, dans ses discours et dans sa correspondance*. Disons-le, en lui empruntant un tour que nous rappelions tout à Theure, c'était là comme une annonce prophétique de ces luttes violentes de l'ambition et de la cupidité où, dans le siècle suivant, l'État devait s'abîmer, et que Lucrèce, témoin de cette ruine, a si éioquemmenl déplorées :

.... Les hommes ont voulu être illustres et puissants, pour que "leur fortune reposât sur une base inébranlable, et qu'Us pussent achever de vivre au sein de l'opulence et du repos. Vaine pensée ! Leurs luttes pour arriver au faite des honneurs ont rendu bien dangereuse la route de la vie; et, de ce faite même l'envie quelquefois, comme par un coup de foudre, les précipite dédaigneusement dans le noir Tartare.... Laissez-les donc lutter vainement, s'épuisant en efforts, se couvrant d'une sueur de san^-, dans l'étroit sentier de l'ambition, puisque c'est sur ces hauteurs, sur ces sommets qui dépassent tout le reste, que se rassemblent, pareils aux vapeurs de la foudre, les traits de l'envie*.

Il y a, par avance, quelque chose de ce ton de Lucrèce dans d'autres passages où Eunius, soit en son nom, soit par la bouche de ses acteurs, d'Annibal, par exemple, traitant avec Scipion', moralise gravement sur les vicissitudes de la fortune :

La fortune a quelquefois fait descendre un mortel du faîte des honneurs au rang des plus vils esclaves.

.... Mortalem summum fortuna repente Reddidit e summo regno ut famul infimus esset^

En un seul jour, à la guerre, bien des entreprises s'accomplissent, et aussi bien des fortunes que U sort avait élevées sont précipitées par lui. Jamais lafoc'tune n'a suivi personne jusqu'au bout.

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