‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 220 sur 513 · T. Liv. Hist.\L\f · texte numérisé non relu

T. Liv. Hist.\L\f

— 4. Theh. 11,003.

— 7. Sat. II, 3.

ENNIUS

de la nature ou de la vie sociale. Il s'en rencontre dans ses fragments quelques-unes, empruntées des Grecs, et qu'il a en quelque sorte dégrossies pour de plus élégants imitateurs. Hy a exprimé, bien rudement encore, ce qui a été ensuite rendu par Lucrèce, par Yarius, par Virgile, dans des vers qui, rapprochés de ce point de départ, rendraient sensible la croissante perfection de la poésie latine : ceux-ci, par exemple, sur le chien de chasse tenu à la chaîne, qui tout à coup , si quelque émanation de bêle sauvage se fait sentir à son odorat subtil, pousse d'abord quelques petits cris, puis de perçants hurlements :

Sicut si quando vinclis venatica velox Apta solet canis, forte feram si nare sagaci Sensit, voce sua nictit ululatque ibi acute >.

Ces autres vers, où le choc de deux armées est comparé à celui des vents, quand le pluvieux Auster, l'Aquilon à la puissante haleine, s'efforcent à l'envi de soulever les flots de la vaste mer :

Concurrunt veluti venti cum spiritus Austri Imbricitor, Aquiloque suo cum flamine contra Indu mari magno lluctus extoUere certant*.

Telles ont été, autant qu'il est permis de se représenter le monument d'après quelques ruines, quelques débris, les Annules d'Ennius, composition plus vaste encore que grande, de cette grandeur du moins qui résulte de l'unité du dessein et de la régularité des proportions; inégalement partagée entre la fiction poétique et l'histoire; grave, éloquente, colorée; de formes certainement énergiques et hardies, mais où, avec le temps, devaient choquer, rebuter le retour fréquent d'expressions devenues surannées et barbares ; l'altération violente des mots par séparation ou suppression de syllabes ; l'étrangeté de certaines onomatopées,

1. Fest. V. Nicto, ex x Ann. Cf. Hom. Od. XX, 14 ; Lucret., J)e Nat. rer. IV, 992; Varius, De morte, ap. Macrob. Sat. vi, 2.

2. Macrob. Sat. VI, n ex xvii Ann. Cf. Hom. //. IX, 4 ; Virg. ^n. 11,416.

LES ANCIENS POETES LATIN

telle que le fameux taratantara ' ; la recherche de ces ressemblances verbales, de ces consonnances,de ces allitérations, comme on les appelle, agrément gro sier d'iîD art encore novice; une versification trop constamment dépourvue de la variété, de la souplesse, de Tharmonieque produisent l'habile mélange des pieds et le jeu des césures. Un moment devait venir où les Annales, looglemps chères au patriotisme romain, seraient abandonnées pour des productions plus capables de satisfaire, avec les sentiments publics, les besoins nouveaux du goût et de Toreille ; où recherchées désormais, presque exclusivement, des grammairiens, des critiques, elles descendraient, mais non sans honneur, au rang de curiosité philologique et littéraire.

Au nombre des genres inaugurés, ou peu s'en faut, par Ennius, il faut compter la poésie dicJactique sous les formes diverses qu'elle avait prises successivement chez les Grecs, et qui, sans que l'imitation y fût pour rien, bien au contraire, par la seule force des choses, se reproduisirent dans le même ordre chez les Romains.

Avant les poèmes philosophiques, avant les poèmes descriptifs , en effet, Rome connut, comme auparavant la Grèce, ces poèmes gnomiques qui sont par tout pays la poésie didactique des sociétés naissantes.

Elle avait eu, à une époque fort reculée, dont on ne peut assigner la date précise, un devin illustre du nom de Marcius*, dont les prédictions en vers furent recherchées en

i • At tuba terribili sonitu taratantara dixit.

Priscian. VIII; Serv. in Virg. jEn. IX, 503 :

At tuba terribilcm sonitum procul aere canoro Increpuit,

2. Cic. De Divin. I, 40, 50; II, 55. Dans ces passages, il est qucs-

ENNIUS

540*, dans un moment où elles pouvaient servir, pensaiton, à relever Tesprit public abat'u par les victoires d'Annibal. Quand la politique est intéressée à de telles découvertes, elles ne manquent guère. Il est plus que probable qu'on mit alors sur le compte de Marcius les oracles, au nombre de deux, dont on avait besoin. L'un s'appliquait à un événement passé, h défaite de Cannes; l'auire concernait l'avenir, un avenir meilleur, et recevait du premier, déjà vérifié par l'événement, quelque autorité : combinaison adroite que Tite-Live lui-même fait remarquer. Ces oracles, dans le texte qu'en ont donné Tite-Live et Macrobe*, et même dans les restitutions en mèire saturnien par lesquelles on s'est app'iqué à les vieillir», semblent quelquefois démentir la date à laquelle on les faisait remonter.

L'antique fabricateur d'oracles, dont était ainsi e:^ploitée la gloire prophétique, avait, de son vivant, rempli une tâche pins humaine en rédi^reant, sous forme métrique, des préceptes utiles à la vie. On croirait vraiment qu Horace l'a eu en vue, lorsqu'il a dit, dans son histoire des commencements de la poésie :

Diclae per carmina sortes, Et vitœ monstrata via est^

C'est en vers que se rendirent les oracles, que s'ensei-^na le ch'min de la vie. °

Un grammairien du quatirème siècle de notre ère, Flavius Mallius Theodorus, dans son livre de Mctrls\ a dit du devin Marcius, que le premier, à Rome, il composa un recueil de préceptes, où se lisait celui-ci :

lion, soit de Marcius, solides frères Marcius, auxquels est adjoint un autre devin, Publicius.

1 i.-Liv., IJist. XXV, 12.

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