‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 221 sur 513 · Dr arte porf. A · texte numérisé non relu

Dr arte porf. A

5. Edit. Heusinger, 1755, in 4», p. 93 ; cf. God. Hermann. Ibid.

LES ANCIENS POETES LATINS

Soyez le dernier à parler, le premier à vous taire. Postremus loquaris, primus taceas.

Ces quelques mots sont le plus ancien vestige qui atteste Texislence de la poésie didactique, à l'état de poèmes gnomiques, chez les Romains des premiers âges.

On y peut joindre un vers que rapporte Aulu-Gelle* dans un récit dont les Grandes Annales et un ouvrage historique de Verrius Flaccus* lui ont fourni la matière et qui a été ainsi abrégé par un moderne historien de Rome, fort curieux d3 ses antiquités littéraires*:

c La statue d'Horatius Codes ayant été frappée de la foudre, on fit venir des haruspices étrusques, qui, en haine de Rome, conseillèrent de la faire descandre dans un lieu que le soleil n'éclairait jamais. Heureusement la chose se découvrit et l'on plaça k statue dans un lieu plus élevé, ce qui tourna au grand avantage de la république. Les haruspices avouèrent leur perfidie et furent mis à mort. On en fit une chanson que chantaient les petits enfants par toute la ville :

Malheur au mauvais conseiller; Sur lui retombe son conseil. >

.... Versus hic scite factus cantatusque esse a pueris urbe tota fertur :

Malum consilium consultori pessimum.

C'est là certainement de la poésie gnomique, mais qui prête à plus d'un doute. Est-il bien sûr que le vers ait été fait pour la circonstance, comme le dit Aulu-Gelle ? N'est -il pas plus vraisemblable qu'il ait eu cours antérieurement, en termes d'une élégance moins moderne, avec d'autres maximes morales, également mises en vers et confiées, dans les écoles, à la mémoire des enfants ? D'autre part, comment s'expliquer que dans un temps de bar-

1, Noct. attic. IV. 5. — 2. Jienim mcmoria dignarum lib. I. 3. Michelet, Hisloire romaine, République, 1. 1, c. 1, 1831, t. I. p. 79. » ^ . . ,

ENNIUS

barie littéraire, où les œuvres des Grecs étaient encore chose inconnue, on ait traduit dans ce vers élégant, si exactement, levers d'Hésiode' qu' Aulu-Gelle en rapproche, îrans tirer la conséquence de ce rapprochement :

Lorsqu'à ces leçons de cupidité que vont prendre les Romains de tout âge à l'école la plus fréquentée d'eux, le quartier de Janus, c'est-à-dire le quartier des affaires d'argent, la Bourse de Rome, Horace* oppose la maxime dont usent les enfants dans leurs jeux, maxime chantée, dit-il, autrefois par les Gurms et les Camille : « Tu seras roi, si tu fais bien. » Rex eris.... si rccle faciès, il nous met aussi sur la trace de cette poésie gnomique qui avait sa place dans l'éducation des anciens Romains ; et son scoliaste Porphyrion le complète en donnant le texte entier de la maxime :

Rex erit qui recte faciet, qui non faciet non erit.

Hésiode, dans ce poëme des Travaux et des Jours qu'onpeut appeler gnomique presque au même titre que les Sentences de Théognis, n'avait pas seulement enseigné lamorale, mais de plus et surtout Tagriculture. il serait singulier que chez un peuple agriculteur tel qu'était alors le peuple romain, la poésie gnomique n'eiit pas donné aussi cette sorte d'enseignement. Elle n'y a pas manqué, témoin un passage du grammairien Festus' qui nous apprend que dans l'ancien temps tous les enfants étaient appelés du nom de Camille, et allègue comme preuve cette leçon d'un père à son fils sur un détail de la science, ou du moins de l'expérience agricole :

niberno Pulvere, verno lulo, grandia farra, Camille, Metes.

1, Oper. et Dies, v. 264.

1>. Epist. I, I, 52 sqq. Cf. Cic- De Offic. II, 25.

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