Brut. c. XIV
:î. Appi.in. De rch. SamniUcis, X, 2i IMutarch. Vit. Pyrrhi, c. xxn. 4. Niebulir, Uist. roin.
LES ANCIENS POETES LATINS
profiter h d'autres sa longue expérience de la vie, un poème que Gicéron qualifie de pythagorique*, et qu'on peut croire avoir eu pour modèle les vers dorés de Pythagore. Ce caractère gnomi^ue est attesté par le titre sous lequel les grammairiens le désignent : Sentenliœ. Malheureusement de ces Sentences une seule subsiste \ conservée et artistement encadrée dans la belle prose de ces Lettres b. César», où Salluste, pense-t-on, a exposé ses vues sur Tordre nouveau à établir dans la république. Il y dit au dictateur :
On lenait précôdemment pour vrai que les royautés, les commandements sont des dons de la fortune, et de même tous ces biens que souha tent avidement les mortels. On les yo>ait, en effet, accordés aux plus indignes, comme par caprice ne demeurant jamais aux mains de leurs possesseurs sans altération Mais les faits ont prouvé la vérité de ce que dit dans ses vers Appius que chacun est l'artisan de sa fortune {fabrum esse quemnue fortunœ) ; comn e on l'a pu voir en toi surtout, qui as laissé si loin derrière toi tous les hommes, qu'on se fatiguerait plus tôt de louer tes hauts faits que toi de faire des choses dignes de louange.
Nous voici arrivés au sixième siècle de Rome, et à rétablissement de sa littérature proprement dite 'dont Ennius a été le principal fondateur. A la liste si nombreuse^ et si variée de ses productions poétiques ne manque point la poésie gnomique des anciens âges. Elle y semble représentée par son Protrepticus ou par ses Prxcepia, car c'est un seul et même ouvrage, on n en peut guère douter, et M. Vahlen n'en doute pas, que les grammairiens indiquent sous ce double titre*. Priscien en a cité une agréable comparaison dont le poêle a usé pour recommander, k ce qu'il semble, d'arracher de l'âme des enfants, des jeunes gens,
1 Cic Tuscul» IV 2.
2' La'trace d'autres 'sentences se laisse apercevoir, mais confusément, chez Priscien, VIII, Putsch, p. 792 (voyez Ellendt, Ilist.eloq. romanœ, p. 10); chez Foetus, v. Stuprum.
3 Enist. ad C. Cdsarem de repubbca ordmanda, 11, 1.
4. On lit Frotreyticus chez Priscien, X: Frœcepta chez Charisius, I.
ENNIUS
comme on le fait d'un champ, les mauvaises herbes. Il y peint le cultivateur diligent qui « voyant Tavoine ou l'ivraie croître parmi son froment, choisitj sépare, arrache et travaille à sauver cette semence qui lui a coûté tant de soins. »
Ubi videt avenam lolium crescere inter triticum Selegit, secernit, aufert, et operam addit sedulo Quas tanto cum studio seruit*.
On ne peut lire ce vieux texte sans songer à de beaux passages de la poésie classique qui en sont comme la lointaine descendance. L'image se retrouve dans une églogue de Virgile * ;
Souvent dans ces sillons, auxquels nous avons confié nos plus fécondes semences, régnent la triste ivraie, la stérile avoine.
Grandia saepe quibus mandavimus hordea sulcis Infelix lolium et stériles dominanlur avenae.
et Tapplication morale dans l'épître adressée par Horace h son fermier^ :
Voyons qui de nous deux arrache plus bravement les épines, moi de mon âme, toi de mes ch.mps.
Gertemus spinas animone ego fortius, an tu Evellas agro.
I Avec Ennius, finit à Rome, l'ère des poèmes gnomiques /et commence celle des pcëmes philosophiques. Son Épicharmey exposition poétique de doctrines pythagoriciennes, y a devancé de pins de cent années la grande composition, où, à ::on tour, Lucrèce s'est rendu Té-'cquent et sublima interprète d'Épicure. En outre, VÉpicharme a été le point de départ de cet esprit philosophique qui n'a guère cessé d'animer la poésie latine, qui l'a rendue, tour à tour, plus
1. Texte de M. Vahlen. D'autres lisent, au second vers, seligit, et, au troisième, quam tanto studio seruit, leçon plus inleiligible et d'après laquelle j'ai traduit,