oyez plus haut, p. 3D et suivantes
■ 4. Epist. II, I, 50 sq<i.
84 LES ANCIFNS POETES LATINS
Aqua, terra, anima, sol*.
Le corps est terre et l'àme est feu.
.... Terra corpus est at mentis ignis est*. Ce feu est pris du soleil etTâme en est faite.
Istic est de sole sumptus : isque totus mentis est *.
La terre produit tontes les races vivantes et les reprend ; elle leur donne des aliments....
Torris gentes omnis peperit et resumit denuo. Islaevî dat cibaria*....
1. Varr. De Re rustic. I, 4 : « Ejus (agriciilturae) principia sunl éadem, quae mumli esse Ennius scribit, aqua, terra, anima, sol. » D'autro part, Ménandre (voyez Meineke, Fragm. incert. X) avait fait dire par un de ses personnages, qui opposait aux dieux de la philosophie <les divinités plus uiile> , l'or et l'argent : «« Épicharme prétend que les dieux c'est le feu, le soleil , la terre, l'eau, l'air, les astres. » Il est clair que dans cette énumération confise le soleil, les astres, le feu ne doivent compter que pour un principe, le feu, mot par lequel j'ai cru devoir traduire sol dans la citation de Varron. Du simple énoncé d'Ennius il est curieux de rapprocher ces vers de Lucrèce {De Nat. rer. I, 715) :
Et qui quatuor ex rébus posse omnia rentur, Ex jgni, terra, atque anima procrescere et imbri.
et ceux-ci de Vir^'ile (Bucol. VI, 31) :
Namque canebat uti magnum per inane coacta Semina terraruinqiie, animaeque, marisque fuissent, Et liquidi siinul ignis.
2. Priscian, VII: « Mentis Ennius praetulit in Epicharmo : terra etc. pro mens.
3. Varr. De Ling. laf. V, h9. Cf. Hic. De Bépubl. V, 8 : « Hisque animus dalus est ex illis sempiternis ignibus quae sidéra et steilas vocatis »> ; Virg. .En. VI, 730 :
Igneus est ollis vigor et cœlestis origo Seminibiis, quantum non noxia corpora tardant, Terrenique hcbetant artus m ribundaque rnembra.
4. Varr. De Ling. lai V, 6't Knnius avait fait dire à Homère, dans le songe des Annales (W oyez plus haut, p. 4^) :
Terraqne corpus Quae dédit ipsa capit, neque dispendi facit hilum.
Cette idée revient souvent chez les anciens. Xénophane avait dit, selon Sexlus Empiricus: « Tout vient de la terre et tout y retourne;»
ENNIUS
Par le mélange du feu et de l'eau, le ciel et la terre ont engendré toutes choses ; car par eux la nature a mêlé au froid le chaud, à l'humidité la sécheresse.
Frigori miscet calorem, humori aritudinem *.
Ce dont je vous parle c'est Jupiter, que les Grecs appellent Aer. C'est le vent, c'est la nue, puis la pluie, et, après la pluie, le froid, ensuite de nouveau le vent et l'air. Toutes ces choses dont je vous parle, pourquoi est-ce Jupiter? Parce qu'il vient en aide aux hommes, aux villes, aux animaux.
Istic est is Juppiter quem dico, quem Grseci vocant Aerem : qui ventus est et nubes ; imber postea, Atque ex imbre frigns : ventus post fit, aer denuo. Haecce propter Juppiter sunt ista quae dico tibi, Quoniam mortalis atque urbesbeluasque omnes juvat*.
Celte théologie, à la fois physique et étymologique, a son commentaire dans un curieux chapitre du traité De la Dalure des dieux ^ Gicéron y rappelle qu'Ennius, à l'exemple d'Euripide*, avait proclamé, en plein théâtre, l'identité du sublime, du brillant éiher avec le dieu que tous invoquent sous le nom de Jupiter ;
Épicharme, à son tour, selon PluUrque (Consolation à Apollonius": « Ce qui était uni s'est divisé et est retournti là d'où il était venu, la terre à la terre et làcne en haut. » {jn autre poëte pythagoricien, Eschyle {Ckoeph. 121, éd. Boisson.) avait fait invoquer par Oresle : a La terre (]ui engendre, nourrit et reprend toutes choses. ■ J'ai cité ailleurs (Voyez plus loin, p. 141) de belles paroks, de sens analogue, prêtées à Thésée par Euripide (S?<ppi/c. 5:i4 sqq.). Des exemples ne nianqueraent pas dans !a littérature latine. Ainsi on lit chez Lucrèce [De Nat. rer. H, 999; V. 260): <« Ce qui étaH venu de la terre s'en retourne à la terre, et ce qu'on avait emprunté aux régions de 1 éther le ciel aus>i le reprend.... Lh terre cVsi la mère commune de toutes choses, et aussi leur commun tombeau. »
Cedit enim rétro de terra quod fuit ante
In terras, et qiiod mlssum est ex aetheris orls
Id rursum cœli rellatum templa receptant.
Dubio prooul esse videtur Omniparens, eadem rerum commune sepuicrum.
1. Varr. De Ling. lat. V, 60: « Quibus junctis (i'ini et aqua) cœlum et terra omnia e.xgenuerunt, quod per hos natura : Frigori, etc. »