‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 232 sur 513 · De Nat.rer. II · texte numérisé non relu

De Nat.rer. II

LES ANCIENS POÈTES LATINS

la guerre de la philosophie contre les dieux adorés dans Rome.

A ce dessein a concouru une autre production didactique d'Ennius, son Évhèmère. Il y avait reproduit*, et, selon une opinion adoptée par M. Vahlen*, reproduit en vers, cette histoire sacrée souvent alléguée, quelquefois dans le laiin d'Ennius, par les apologistes chrétiens, où le philosophe alexandrin avait fait des dieux autant d'hommes divinisés, assurant avoir lu, dans de prétendues inscriptions de l'île imaginaire de Panchaïe, le récit de leur existence moi telle, avoir, en divers lieux, vu leurs tombeaux.

Ennius n*a donc pas craint d'attaquer, de double manière, et par le symbolisme et par celte explication historique, ou donnée pour telle, qu'on appelle rEvhémérisme, les dieux auxquels s'adressaient le culte public et la piété, alors fervente, du peuple romain. Il ne laissait pas de les faire agir et parler, littérairement dans ses tragédies, littérairement et politiquement dans son poëme national des Annales. C'était le temps où son illustre ami, le premier Africain, qui sans doute lisait \ Èpicharme et ï Evhèmère, afftctait de s'enfermer dans le temple de Jupiter pour se donner l'appareuce d'être dans la confidence du dieu et d*en recevoir des inspirations utiles à l'Etat. Il faut, on le voit, reculer de plus d'un siècle ce désaccord, au sujet de la religion officielle, entre les sentiments particuliers et la profession publique qui se remarque chez Lucrèce et chez Gicéron : chez Lucrèce, lorsque dans un poëme dont le dessein avoué, proclamé, est d'anéantir les idoles révérées sous lesquelles tremble le genre humain, il ne refuse pas à ces mêmes idoles rhomma're consacré par la tradition littéraire ; chez Gicéron, qui faisant si bon marché dans son

Page 1