C'ic. Brut. XX
ENNIUS
dramatiques remontaient à l'année 554, où il fut amené ù Rome par Caton. Ils se distribuent par conséquent, dans un cours en quelque sorte parallèle, entre les trente dernières années de sa vie.
Autre rapprochement. A l'étendue de ses Annales embrassant dans leurs dix-huit livres toute l'histoire de Rome, depuis ses origines fabuleuses jusqu'au temps du poète, répondait le grand nombre de ses tragédies. Ce nombre, au reste, est difficile à fixer avec précision. Bothe en compte vingt-huit, qui, abstraction faite d'un prétendu drame de Scipion, lequel était un poeine historique, et d'une Alceste admise d'après une indication fort douteuse, de l'aveu même du critique, se réduisent à vingt-six. Or ces vingt-six, après un examen plus sévère de l'autorité et de la valeur des témoignages, ont été réduites par M. Ribbeck à v ngt-deux*, ce qui est encore un chiffre considérable.
Les tragédies d'Ennius, comme, auparavant, celles de Livius Andronicus et de Névius, comme, depuis, celles de Pacuvius et d'Attius, n'étaient d'ailleurs que des reproductions plus ou moins libres de tragédies grecques; et la première question que suggère la lecture de ce qui en est resté, question que l'insuffisante clarté des fragments et des témoignages ne permet pas toujours de résoudre, est celle du modèle particulier auquel chacune peut être rapportée.
Une d'elles avait été faite, très-certainement d'après les Euménides d'Eschyle. Cicéron parle quelquefois des Furies amenées par les poètes sur le théâtre et qui ne sont autres, dit-il, que le remords*. Peut-être ces allusions à un des spectacles les plus frappants de la scène tragique de Rome désignaient-elles, entre autres pièces, les Euménides d'Ennius. Il est étonnant qu'on ne rencontre nulle part, dans
\.Achillcs, Achiîles (Aristarchi) , Àjax, Alnim;i?o, AUxandery Andromadui ,Tc]nnalotis,Andromeda, Athamas, Crespiiontcs^Enchtheus, Eumcnides, Hcctoris Lustra, IJccuha, Iphigcuia, Mcdea (Aiheniriisis), Medca (ex\i\), Menalippa , Ncmea , Phœnix, TclamOj Telephus, Thyesles.
2. Pro Sextio Roscio Amerino, XXIV (en 673); In Pisonem , XX, (on 608).
ce qui est resté, ou ce qu'on a raconté de ces tragédies, aucune trace d'une reproduction semblable des deux premières parties de la trilogie d'Eschyle, de l'Agamemnon, des Chcéphores. Les Euraénides en sont inséparables, n'ayant été faites que pour résoudre l'insoluble problème moral qui y est posé. Gomment croire qu'Ennius les ait détachées de cet ensemble ?
On voit que nous ne pouvons être bien sûrs de connaître le cliiHie total des ouvrages tragiques d'Ennius, puisque, si on a des raisons pour le réduire, on n'en manque pas non plus pour l'augmenter. D'autres pièces d'Eonius prêtent à la même conjecture et par conséquent à l'extension de son catalogue tragique. Par exemple, sous ce titre Mcdée, on a, d'après le sens des fragments, aperçu deux tragédies ditïérentes, Mèdèe a Corinthej Médée à Atliniu.s, et même une troisième, Medus, que M. Ribbeck', il est vrai, après avoir distingué et admis les deux autres, renvoie à Pacu- \ius.
D'Eschyle donc Ennius avait emprunté au moins ses Eumcnides ; de Sophocle, son Ajax, auquel il faut peutêtre ajouter son Alhamas et son Tiiamon. On peut parler avec plus d'assurance de ses emprunts au théâtre d'I^uiipide. A l'Hécuba, à l'Jphigvnie en Aulide, à la Médée du poëte grec s'ajustent très-exactement Vllccubey VIphi(jéiiiP>y îa Médée d'Ennius, ou du moins ce qu'on en possède, des fragments précisément beaucoup plus nombreux que ceux d'aucune pièce de son théâtre. Quant à ces derniers, il y y en a bon nombre qui, par leur ressemblance avec ce qui jiubsiste de certaines tragédies perdues d'Euripide, conduisent à reconnaître, avec quelque évidence, comme des imi. talions de ces tragédies, par exemple V Alexandre, V Andromède, VÈrechlhée, la Mènalippe^ le Phénix, le Télèphe du poëte latin. C'est d'ailleurs un fait général que celte préférence des imitateurs latins de la tragédie grecque pour Euripide. Elle était bien naturelle : Euripide, j'ai déjà eu l'occasion d'en faire la remarque, était, des trois gran Js
maîtres de la scène grecque, le plus voisin par sa date, le plus accessible par ses défauts mêmes, le plus séduisant par ses beautés pathétiques, morales, sentencieuses, le plus en rapport avec l'esprit philosophique déjà éveillé à Rome.
Dans quelle mesure les tragédies grecques, et particulièrement les tragédies d'Euripide, étaient-elles reproduites par Ennius? Etait-ce, comme chez nous, avec suppression des chœurs ? On l'a dit, mais sans fondement et contrairement à des témoignages formels». Dans les Euménides d'Ennius comme dans celles d'Eschyle, le principal personnage c'était le chœur, et Gicéron a cité* des vers, déjà bien élégants, où l'en a reconnu^, avec vraisemblance, les vœux qu'à la fin de la pièce grecque, sur la demande de Minerve et en retour du domicile qui leur était accordé par la déesse dans sa ville d'Athènes, formaient les Euménides pour la prospérité du sol athénien* :
Qu'on y voie le ciel toujours brillant, les arbres toujours verdissant sur la vigne riante le pampre s'épaississant, sous l'abondance des fruits les rameaux se courbant, dans les champs prodigues des moissons, des fleurs en tous Heux, des sources jaillissantes, des prés revêtus d'herbe....
Cœlum nitescere, arbores frondescere, Vîtes laetificae pampinis pubescere, Rami baccarum ubertate incurviscere, Segetes largiri fruges, florere omnia, Fontes scatere, heitis prata convestirier '\
D'autres fragments appartenant également au personnage du chœur se rencontrent encore dans ce qui reste des tragédies d'Ennius, et notamment de sa Médée. On a« les vers par lesquels le chœur, au moment de l'accomplisse-