Scnec. De trnnquill. anim. XI. « Multa.... cothurno non
lanlum sipario fortiora »> Epist. viii : «< Ouam multa Fublii ncm
cxcalccatis, sed colUurnalis dicenda sunt. » Cf. Epist. cvni; Consol, ad Marciam, c. ix.
120 ANCIENNE TRAGÉDIE LATINE
veut Bothe, soit, selon M. Ribbeck, qui la raye du catalogue tragique d'Ennius, dans son Andromaque.
Il me faut philosopher, mais ce sera en peu de mots : rien que de la philosophie ne me conviendrait pas. C'est chose, je pense, dont il faut comme approcher ses lèvres, mais non s abreuver à flots.
Philosophari est mihi necesse, at paucis : nam omnino haut placet. Jegustandum ex ea, non in eam ingurgitandum censeo'.
Ennius a-t-il toujours mis à profit ce sage conseil? Les maximes répandues dans le recueil do ses fragments tragiques en feraient douter. Elles pèchent, visiblement, plus encore que chez Euripide, par la fréquence, par le nombre, quelquefois même par le sens, d'une hardiesse sceptique qu'expliquait, excusait sans doute la situation, la passion du personnage, mais à laquelle l'assentiment irréfléchi du public donnait une portée générale fâcheuse. Il en était ainsi, nous le savons par Gicéron, qui rappelle cette surprise faite aux sentiments du peuple romain, quand Télamon, ce père infortuné, s'écriait, dans son désespoir, devançant de bien loin la doctrine irréligieuse d'Epicure et de Lucrèce :
11 y a des dieux, habitants du ciel; je Tai toujours dit et le dirai toujours : mais ils n'ont pas souci, je pense, dug.'nre humain : s'ils s'en souciaient, le bonheur serait pour les bons, le malheur pour les méchants, ce qui n'est pas.
Ego deum genus esse semper dixi et dicam cœlitum;
Sed eos r on curare opinor quid agat humanum genus :
Nam si curent, bene bonis sit, maie malis, quod nunc abest*.
On doit moins regretter les traits spirituels lancés par Ennius contre la science prétendue des devins, sous le couvert du même personnage et endos termes qui le dépaysent fort, qui, sans égard pour la vraisemblance dramatique, le
1 Texte de M. Ribbeck, p. 53 (cf. 258); d'après Cic. Tuscul. II. 1 ; De llepuhl. I, 18; De Orat, II, 37, et A. Gell. Noct. AH. V, 15, 16: Apul. De Maqia, XIII.
2. Cic. De Divin. II, 50; cf. I, 58; De Nat. deor. III, 32. 0.
Ribbeck , p. 270.
ENNIUS
transportent dans le domaine de la comédie et de la satire, de la satire locale et contemporaine. Ils le transporteraient même à Rome, dans ce Cirque dont le concours de tant de charlatans faisait le domicile de la crédulité populaire*, si, d'après le conseil de Bothe, suivi par M. Ribbeck, on ne retranchait de la tirade des vers assez évidemment forgés avec la phrase par laquelle Gicéron * amenait celte citation :
Prophètes de la superstition, impudents vendeurs d'oracles frivoles! Ce sont ou des fainéants, ou des fous, ou d<;s malheureux, à qui rindigence commaniie. Ils ne sauraient trouver de sentier pour eux-mêmes et indiquent à autrui le bon chemin; ils vous promettent des trésors et vous demandent une drachme. Eh! que, sur ces trésors, ils retiennent leur drachme et vous comptent le reste!
Sed superstitiosi vates impudentesque arioli, Aut inertes, aut insani, aut quihus eg-stas imperat, Qui s.bi semitam non sapiunt, alteri monstrant viam, Quibus divilias pollicentur, ab eis drachumam ipsi petunt. De his divitiis sibi deductant drachumam, reddant cetera*.
L'Achille d'Ennius, celui qu'il faisait parler dans son imitation de l'Iphigénie à Aulis d'Euripide, raillait de ce ton, plus satirique que tragique, de Télamon, du ton préci-
f, Fallacem Circum vespertinumqtie pererro
Saepe forum; adsislo divinis.. Hor. Sat. I, vi, 114.