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Sael, Aug.j

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condition nécessaire de Tordre au dedans, de la puissance et de la grandeur au dehors; que c'était sagesse et même justice de faire grâce des excès du passé, et aussi un peu des vices secrets du présent, à une admiDi.tration qui se montrait après tout, on ne peut le nier, douce, habile, tutélaire, glorieuse; que se consacrer, dévouer son génie à la populariser, à la rendre respectable et chère pour les peuples dont elle était Tunique ressource et le dernier asile, c'était une tâche permise à la reconnaissance, à l'amitié, et que pouvait accepter sans honte le patriotisme de l'empire, qui n'était pas et ne pouvait pas être celui de la république. Et cependant la liberté est si nécessaire à Tart que, lorsque nous lisons tous ces éloges, tantôt si ingénieux, si délicats, d'un tour si aisé et si libre, même ei flattant, tantôt d'une expression si magnifique, si pleine do la grandeur de l'État, habilement mêlée avec celle du prince qui le représente et le personnifie, nous ne pouvons au milieu de notre admiration, nous défendre de regretter ce qu'il y a encore là de commandé, d'officiel. Mais tel était le sort de la poésie latine, condamnée à subir ua double joug à la fois, joug littéraire, joug politique, celui de la perfection des Grecs, ses inévitables modèles, celui de la faveur d'Auguste, son inévitable prolecteur. ^

^ Un asile lui resta, où elle put se conserver libre et originale, l'expression des sentiments intimes du cœur Là et là seulement, elle fut vraiment elle-même, l'écho mélan' colique des enuuis de ce siècle qui succombait à la fatigue de 1 anarchie, au besoin et au dégoût de la servitude, h 1 horreur du crime, à la satiété du luxe et des plaisirs, qui cherchait d impuissants remèdes à son malaise dans l'ivresse des passions, dans l'égoïste et élégante insouciance de la vie épicurienne, ou plus sagement, plus rarement dans la paix des champs et de la médiocrité, dans l'innocence d une condition privée, d'une existence cachée. De là toutes ces inspirations que vous connaissez, élégiagues, morales, bucoliques, les plus spontanées, les plus naïves les plus vraies de i poésie de cette époque, celles qui lui

donnent proprement sa physionomie à part, et font son

originalité.

Voilà, en aussi peu de mois qu'il m'a élé possible, tels qu'ils se découvrent à moi à une première vue, les principaux caractères littéraires, politiques, moraux, de la poésie dû siècle d'Auguste, et aussi de cette époque où elle se prépara sous le gouvernement de César. Avant de les étudier chez Ovide, chez Properce, chez Tibulle, chez Horace, chez Virgile, et aussi, autant que possible, chez ces poètes, leurs contemporains, dont ils ont obscurci la gloire et presque effacé les noms, nous les trouverons déjà presque tous chez le poète des dernières années de la répubhque, chez Catulle. Il n'a pas, il est vrai, l'obséquieuse souplesse de ses successeurs, bien qu'après tout celui qui, coupable de tant d'épigrammes sanglantes contre César, se laissa paisiblement amnistier par un dîner du dictateur, eût bien pu, tout comme un autre, s'il eût vécu, devenir le familier, le commensal de Mécène. Cela s'est vu quelquefois. Pour tout le reste, il leur est conforme; il a tout d'eux, jusqu'à.... cela surprend chez un homme d'un caractère si frivole, d'une vie si dissipée, si dissolue, où les vers même étaient encore des débauches. . ., j usqu'à leurs grâces sérieuses, leur tristesse aimable, leur mélancolie. Mais Villon, le vieux poète de nos vieux carrefours, a bien pu un jour surprendre son grivois auditoire de ce mélancolique refrain : fl Mais où sont les neiges d'antan? » Pourquoi des pensées de ce genre ne seraient-elles pas venues à un Catulle, dans ces moments de douloureux réveil qui suivent le lourd sommeil des voluptés, en un temps où tout les inspirait, temps de mécomptes de toute espèce , sans foi d'aucune sorte, politique, religieuse, morale, où tout semblait trompeur et vain, jusqu'à ce plaisir grossier dans lequel on se plongeait pour s'étourdir; où l'on sentait ses jours s'écouler sans dignité, sans bonheur, sans espoir de retour, sans autre avenir que le néant; où germait déjà, pour bientôt éclore, au sein de ces misères dont elle apportait le remède, la morale du christianisme. Ahl dans un temps pareil, était-il donc si étonnant que des idées graves, sé-

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rieuses, tristes même, pussent traverser l'esprit, se faire jour dans les vers même du voluptueux, du folâtre, du frivole Catulle?

Ecoutez-le badiner sur la mort d'un oiseau cher à sa maîtresse, et tout à coup s'écrier :

Malheur à vous, méchantes ténèbres de l'enfer qui dévorez tout ce qui est beau !

At vobis maie sit, malje tenebrae Orci, quae omnia bella devoratis! '

Quel chemin a fait tout à coup l'imagination du poëte pour arriver, en un vers, de son futile sujet à ce pressentiment sinistre qui lui révèle que sa Lesbie, si belle, si jeune, si vivante, qui semble devoir être immortelle comme l'amour qu'elle inspire, peut lui être ravie tout à coup et pour toujours? Ainsi Dante nous raconte dans sa Vie nouvelle comme il lui vint à la pensée que Béatrix pouvait mourir.

Et dans cette autre pièce, si célèbre, où il demande, en amant fort difficile à contenter, tant de marques de tendresse, quel triste encouragement au plaisir, quel amer assaisonnement de la volupté!

Les jours finissent, mais ils peuvent revenir. Et nous, quand une fois a fini notre courte journée, nous n'avons plus que le sommeil d'une éternelle, d'une seule nuit.

Soles occidere, et redire possunt :

Nobis, quum semel occidit brevis lux, Nox est perpétua una dormienda^.

Je vous ai traduit bien littéralement, bien grossièrement, ces admirables vers. Mais j'ai un dédommagement à vous offrir, j'en ai même plusieurs, parmi lesquels vous choisirez :

La lune est coutumière De naître tous les mois :

1. Carnx., III, IC —2. Ibid, V, 3- Cf. Horat., Od., lY, vu, 13.

Mais quand notre lumière Est éteinte une fois, Sans nos yeux réveiller Faut longtemps sommeiller.

De qui sont ces vieux vers d'une harmonie, d'une élégance si catullienne? De Ronsard.

En voulez-vous d'une autre plume, de la plume coirecle, énergique, mais un peu roide, de Malherbe?

Tel qu'un soir on voit le soleil

Se jeter aux bras du sommeil,

Tel au matm il sort de l'onde :

Les affaires de l'homme ont un autre destin.

Après qu'il est parti du monde La nuit qui lui survient n'a jamais de matin.

C'est maintenant le leur du facile et élégant Pellisson :

Le soleil se couche et se lève.

Sa première course s'achève, Et bientôt une autre la suit.

Mais quand la fière destinée Finit notre courte journée, Ce n'est plus qu'une longue nuit.

De Pellisson jusqu'à nous, que d'imitations encore! Ne craignez pas que je me pique d'être complet et de vous les citer toutes. Mais je demande grâce pour les deux suivantes. La première je l'ai trouvée, sans nom d'auteur, elle est, je crois, de Sarrasin, parmi les excellentes notes dont M. Naudet a enrichi le Catulle de Doering, dans la collection de mon prédécesseur, M. Lemaire :

L'inutile vieillesse au tombeau nous appelle, Et quand notre nuit vient, elle vient éternelle.

L'autre imitation est d'un de mes anciens amis, de mes anciens camarades, dont l'École normale, que ses talents et son caractère honoraient , regrettera longtemps la perte prématurée, de Charles Loyson :

Le soleil fuit pour reparaître encore,

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Son char emporte et ramène les jours.

Pour les humains point de seconde aurore ; Quand vient la nuit, c'est, hélas I pour toujours.

Toutes ces imitations, cette espèce de concours ouveit sur quelques mots de Catulle, témoignent assez de la difficulté de les rendre, et du prix infini que les esprits délicats y ont toujours attaché.

Une autre citation du même genre, pour établir la même thèse ; ce sera la dernière : c'est ici une leçon de poésie latine, il faut bien y souffrir quelques vers latins.

Catulle, vous le s ivez, n'est pas dans l'habitude de chercher beaucoup ses sujets; il a pour cela trop d'insouciance et de paresse. Ce sont ses sujets qui lui viennent d'euxmêmes. Les petits accidents de la vie ordinaire, les petites rencontres qui l'arrêtent en son chemin, tout lui fournit, tout l'inspire, tout le fait chanter et rêver, et jamais pour bien longtemps. Un jour donc, je me figure que la chose s'est ainsi passée, un jour qu'il se promenait dans sa belle presqu'île de Sirmione, la plus belle des presqu'îles selon lui, sur les bords de ce beau lac qu'a chanté depuis Virgile : Fluctibus et fremitu assurgens Benace marino, le lac de Garda, il arrive jusqu'à la carcasse d'un vieux navire échoué, pourrissant sur le sable. C'est peut-être, se dit-il, celui-là même qui le porta plus d'une fois sur des bords lointains, qui, descendant le Mincius, entrant dans l'Éridan, arrivant par cette voie à la mer Adriatique, le conduisit deux fois en Asie, tantôt à la suite de son avare patron^ le prêteur Memmius, tantôt allant offrir un sacrifice funèbre aux mânes de son frère mort sur le rivage de Troie.

Je recompose comme je peux le rêve de son imagination qui l'amène à retracer l'histoire de ce navire, aujourd'hui si délabré, jadis plus brillant, ou plutôt de la lui faire raconter à lui-même, car avec la toute -puissance de son art il lui donne la parole. L'antique Argo d'ailleurs avait Joien parlé.

Je n'ai pas l'intention de commenter en détail cette pièce, qui en vaudrait cependant bien la peine. Mon but est d'en marquer l'intention morale et non d'y relever, comme je le

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pourrais à chaque vers, la re'gularité du mètre, Tiambe pur, rélégante propriété des expressions et leur habile arraogement, l'audace contenue des images, rartifice ingénieux de la composition. Il suffira, pour ce que je me propose, d'une simple lecture et d'une traduction telle qu'elle, à peu près littérale.

Ce navire que vous voyez, ô étrangers, fut, dit-il lui-même, en son temps, le plus agile des navires. Point d'esquif nageant au sein des flots qu'il ne passât dans sa course rapide, à la rame, à la voile, comme il lui fallait voler.

Phaselus ille, quem videtis, hospites, Ait fuisse navium celerrimus, Neque ullius natantis impetum trahis Nequisse praeterire, sive palmulis Opus foret volare, sive linteo.

Il faut des preuves, les voici : ce sont les voyages de ce navire, de mers en mers, de rivages en rivages, que nous fait rapidement repasser le poëte par une de ces énumérations géographiques qu'aimaient les anciens, pour qui la géographie était chose nouvelle.

Qui prétendrait le contraire? Les rivages de la menaçante Adriatique, les lies Cyclades, l'illustre Rhodes, la sauvage ïhrace, la Propontide, les bords redoutés de l'Euxin?

Et hoc negat minacis Adriatici Negare litus, insulasve Cycladas, Rhodumve nobilem, horridamve Thraciam, Propontida, trucemve Ponticum sinum.

Voilà le navire ramené à sa terre natale, dans ces lieux « oii, sur les sommets du Cytore, il fit jadis murmurer, parler ses mouvants panaches. »

Je vous donne une traduction bien timide de la hardie et heureuse incohérence de figures que le poëte affecte dans ces beaux vers :

Ubi iste, post Phaselus, antea fuit Comata sylva : nam Cytorio in jugo Loquente sœpe sibilum edidit coma.

Les anciens étaient moins bons marins que nous; mais ils étaient plus voisins que nous de l'origine de la navigation, plus frappés que nous ne pouvons l'être de ce que cet art a de merveilleux et de poétique. Dans le vaisseau ils voyaient toujours l'arbre qui avait osé se risquer sur les flots, dans l'arbre le vaisseau futur : de là de perpétuelles métamorphoses, dont je pourrais rapporter ici bien des exemples, mais sans qu'aucune égalât en vivacité, en éclat, celle que vient de retracer Catulle.

Qu'on me permette un épisode. Delille se souvenait-il de son Catulle quand, dans sa vieillesse, assis près du feu, non loin d'ici, au Collège de France, il amusait sa fantaisie poétique des destinées de cette bûche, de cet arbre déchu, qu'il entendait brûler dans son âtre?

Quelles mains l'ont planté ? quel sol fut sa patrie? Sur les monts escarpés bravait-il l'aquilon ? Bordait-il le ruisseau, parait-il le vallorr? Peut-être il embellit la colline que j'aime, Peut-être sous son ombre ai-je rêvé moi-même. Tout à coup je l'anime : à son front verdoyant Je rends de ses rameaux le panache ondoyant. Ses guirlandes de fleurs, ses touff'es de feuillage, Et les tendres secrets que voila son ombrage '.

Ces vers charmants ne paraîtront point déplacés près des vers de Catulle. Mais laissons les rêveries du coin du feu pour revenir aux rêveries des bords du lac. Le poëte va remettre en mer son navire, et, par une adroite redite, le ramener où il l'a pris. Suivons-le de nouveau, mais un peu plus vite; il faut arriver.

Noble ville du Pont, Amastris, et loi, mont Cytore, couronné de buis, c'est vous que mon navire atteste : rendez témoignage à des choses qui vous sont bien connues: dites si ce n'est fas sur ces sommets que de tout temps vécut sa race; si ce n'est pas dans ces eaux que pour la première fois il trempa sa rame : si ce n'cot pas d'ici qu*à travers tant de mers difficiles il ramera son maître. Indifférent au vent, qu'il soufflât de droite ou do gauche, ou que son souffle favorable -întrât de front dans sa

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