‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 27 sur 513 · Les trois Iièfjncs^ ch. i · texte numérisé non relu

Les trois Iièfjncs^ ch. i

voile, jamais il n'adressa de vœux aux divinités du rivage, dans la longue course qui l'a conduit des mers les plus lointaines jusqu'au bassin de ce lac limpide.

Amastri Pontica, et Cytore buxifer, Tibi hsec fuisse et esse cognotissima Ait Phaselus : ultima ex origine Tuo stetisse dicit in cacumine, Tuo imbuisse palmulas in aequore, Et inde tôt per impotentia fréta Herum tulisse; Iseva, sive dextera Vocaret aura, sive utrumque Juppiter Simul secundus incidisset in pedem; Neque ulla vota litoralibus Diis Sibi esse facta, quum veniret a mare Novissimo hune adusque limpidumlacum.

Pourquoi vous ai-je lu tous ves vers, que vous me reprocherez peut-être de vous avoir allongés et gâtés ? Uniquement pour cette espèce de dénoûment sur lequel je voulais attirer voire attention :

Mais tout cela, c'était jadis. Aujourd'hui il se repose, il vieillit à l'écart, et se consacre à toi, Castor, et à toi aussi, frère de Castor.

Sed haec prius fuere : nunc recondita Senet quiète, seque dedicat tibi, Gemelle Castor et gemelle Castoris *.

Quel charme dans ces simples paroles : Sed hœc prius fuere, dans ce trait subit, attendrissant, mélancolique, qui nous emporte loin du sujet, à la considération plus générale des vicissitudes de ce mondj, où tout vieillit, tout finit comme le navire émérite !

Cette pièce délicieuse, qui me paraît répondre si bien, au moins par son intention secrète, aux tristes préoccupations de la pensée des Romains à cette époque, a cependant été soupçonnée, non sans raison, d'être d'origine grecque. Le même soupçon peut s'étendre à beaucoup de pièces du même recueil, à beaucoup de productions du même âge et

AU TEMPS DE CESAR ET D AUGUSTE

de tous les âges de la littérature romaine. Je devrai donc souvent, comme par le passé, m'attacher à faire dans ces leçons la double part de Timitation grecque et de l'originalité latine. J'aurai à vous exposer les procédés divers de cette imitation, qui tantôt vieillit, par les agréments d'un art plus avancé, la naïveté trop nue d'Homère, tantôt au contraire rajeunit, par plus de simplicité et de naturel, l'élégance trop raffinée des Alexandrins J'aurai à vous montrer comment, sous l'influence des mœurs locales, des accidents de la vie contemporaine, cette poésie, en grande partie d'emprunt, se maintient cependant originale et romaine. Je tâcherai de la replacer au milieu des circonstances qui Tont |>roduite et doivent l'expliquer; de faire revivre autour de ses auteurs cette société pour laquelle ils travaillaient, etdont on les isole trop souvent. Il me semble en effet qu'on est trop porté à envisager ces chefs-d'œuvre antiques d'une manière tout abstraite, comme s'ils ne tenaient à rien, qu'ils fussent tombés du ciel, qu'ils n'eussent ni date ni patrie. Je m'attacherai à leur rendre l'un et l'autre, et avec cela je conserve peu d'espoir de parvenir à ranimer une matière glacée par une longue admiration, décriée par des rancunes qui datent du collège. Je suis loin cependant de croira une telle élude épuisée; je crois qu'elle prête à des recherches, qu'elle provoque à des questions qui ont leur intérêt même aujourd'hui, et c'est sur cet intérêt que je compte, que j'ai besoin de compter, pour espérer de revoir quelquefois sur ces bancs, où ils ne dédaignent pas de venir s'asseoir, ces lidèles et persévérants amis de ranti(|uité, qui tiennent assez au texte pour ne pas se laisser décourager par le comiuent.iirc.

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