‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 28 sur 513 · ET P. R CATULLE · texte numérisé non relu

ET P. R CATULLE

(Cours de 1S58-1859, leçon d'ouverture')

Messieurs,

Ramené par Tordre qui régit nos éludes aux commencements de la poésie latine, à ses lents et difdciles développements depuis son origine jusqu'au siècle d'Auguste, j'ai choisi pour sujet particulier de nos entretiens, pendant la présente année, la fin seulement, la conclusion de celte première époque, ce qui a précédé immédiatement, préparé, am'^né, annoncé la perfection de l'âge suivant; j'ai choisi les œuvres contemporaines, de forme bien diverse, mais d'influence également puissante et décisive, de Lucrèce et de Catulle.

Il leur a été donné, en effet, à l'un et à l'autre, de dégager riraaginalion romaine des liens qui depuis des siècles la retenaient captive et arrêtaient son essor, de la rendre capable de produire, par un suprême effort, Virgile et Horace.

C'est au spectacle de cet avènement subit, éclatant, défi-

1. J'interromps ici la suite chronologique de ces leçons d'ouverture par quelques discours sous les n" V, VI, VII, où, à d'autres époques, j"ai dû revenir sur la poésii latine au temps de César, et particulièrement sur Lucrèce et sur [Catulle.

nitif de la poésie latine que je vous appelle et que je voudrais dès aujourd'hui vous rendre attentifs.

La poésie, si naturelle à l'homme, paraît de bonne heure dans les sociétés humaines; mais il faut bien du temps pour qu'elle arrive à se traduire, à s'exprimer dans des monuments capables de durée. L'histoire do la littérature grecque le prouve et bien plus encore l'histoire de la littérature latine. Horace a dit :

Avant Agamemnon ont vécu bien des chefs valeureux; mais pour eux point de larmes, de souvenir; sur tous pèse une longue nuit, parce qu'il leur a manqué les louanges d'un chantre inspiré.

Vixere fortes ante Agamemnona Multi ; sed omnes illacrimabiles

Urgentur ignotique longa

Nocte, carent quia vate sacro '.

C'était dire implicitement, comme la critique moderne, qu'avant Homère il a fallu une longue suite de poètes pour former la langue, le mètre, le style, le ton de l'épopée, pour amasser la matière de l'Iliade et de l'Odyssée.

C'est par un travail de cette sorte que se sont produites successivement chez les Grecs, à d'assez longs intervalles, les formes des autres genres, de la poésie lyrique d'abord, plus tard de la poésie dramatique, de la tragédie, de la comédie; qu'on a passé de l'antique Olen à Piudare, de Thespis à Eschyle, de Susarion à Aristophane et à Ménandre.

Si les choses ont suivi ce cours chez un peuple, comme le peuple grec, d'un génie si prompt, si facile, si nalurelment porté vers les arts de l'esprit, pouvait-il en être autrement chez les Romains, ce peuple tout pratique, exclusivement occupé, pendant cinq siècles entiers, de labourage, d'affaires contentieuses, de débats politiques, d'expéditions et de conquêtes, auquel les accidents de la guerre révélèrent à la fin la poésie trouvée par lui, pour ainsi dire, dans le butin de ses armées victorieuses?

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