TuscuL n
ENNIUS
:vant de succomber au mal que m'a fait une main ennemie. Mon sang, qui coule à flots, ne saurait être arrêté. ^Si quelqu'an par son art, peut me garantir de la mort, c'est vous beul, car, pour les enfanis d'Esculape, les blessés en fou'.e assiègent leur l-enie; il n"est pas possible d'en approcher. »
0 Patrocles*, ad vos adveniens auxilium et vestras manus
Peto, priusquam oppetomalampestem mandatamhostili manu. Neqùe sanguis ullo pctis e.^t pacto profluens consistere; Si qua saiàentia magis \ estra devitari mors pote^t, Namque /Esclapii Uberorum saucii opplent porticus; Non potest accedi.
C'est bien là Eurypyle, un homme à l'épreuve.... Voyez comme il est loin de la plainte et des pleurs, lorsqu'il répond à Patrocle, et lui explique même par quelle raison il doit soufl'rir
avec patience : .,..,» .
c Qui poursuit la mort d'aulrui doit savoir qu un même sort
peut être son partage. »
Qui alteri exitium parât, Eum scire oportet sibi paratam pestem utparticipet parem.
Patrocle, je pense, va l'emmener, le mettre au lit, bander sa plaie ? Oui, si Patrocle était un homme ordinaire. Mais il n'est rien moins que cela. Il s'informe de ce qui se passe :
« Parle, parle; où en est la Grèce? comment soutient-elle le combat? — Les paroles ce sauraient suffire au récit de tant de travaux. — Eh bien, prends du repos, songe à ta blessure. »
Eloquere, eloquere : res Argivum praelio ut se sustinet ? — Non potis ecfari tantum dictis, quantum faclis suppetit Laboris. — Quiesce igitur tu, et vulnus alliga.
Quand Eurypyle le pourrait, Ésopus le pourrait-il ?
< La fortune d'Hector a fait fléchir notre brave armée.... »
Ubi fortuna Hectoris Noslram acrem aciem inchnatam....
et le reste, qu'il développe complaisamment malgré sa douleur, tant il est impossible à un brave de contenir le sentiment de la gloire militaire.
1. Pafrfco/es dans le texte de M. Ribbeck, p. 60; cf. 273. Il range a u- Iremcni et complète ces premiers vers.
ANCIENNE TRAGÉDIE LATINE
Dans la scène d'Homère et dans celle qu'en a tirée, non sans intermédiaire, je le répète, l'esprit romain, en un temps d'héroïsme, n'almire-t-on pas cette préoccupation patriotique des deux interlocuteurs, qui surmonte, alternativement, chez l'un la soullrance, chez l'autre la pitié? Jamais récit tragique fut-il plus dramatiquement introduit, mis dans la bouche d'un narrateur plus actif?
La tragédie latine paraît elle-même ici très-active, travaillant avec originalité sur ses modèles. Et à l'ardeur du poëte est associée celle de l'acteur lui-même, par Gicéron, qui s'écrie, transporté, et comme prenant part à l'action :
Etiamsi Eurypylus posset, non posset jEsopus.
C'est un dernier trait à la gloire dramatique d'Ennius que cet esprit de vie qui, après un locg temps, transmettait encore ses vers tragiques à Ja mémoire éloquente de Cicéron, au jeu passionné d'Ésopus. Rien ne peut nous faire mieux comprendre, en l'absence des monuments eux-mêmes, que Rome , à cette époque reculée, a connu, qu(>i qu'on en ait dit, les émotions de la tragédie; que les ouvrages tragiques d'Ennius, malgré la rudesse de l'imitation, n'étaient rien moins que de froides copies; que c'étaient des drames animés et puissants sur les âmes. A plus forte raison en fut-il de même chez les poètes qui ont, dit-on, après Ennius, fait avancer l'art tragique, chez Pacuvius et Attius.
PACUVIUS
PACUVIUS
Ennius eut, dans la tragédie, pour émule, avant de l'avoir pour successeur, un homme de son pays, et même de sa famille, le hls de sa sœur*, Pacuvius. La haute situation que l'oncle s'était faite à Rome ne tarda pas sans doute à y attirer le neveu, qui avait plus d'un moyen de s'y produire avec avantage, étant à la fois poëte et artiste. Il y cultiva avec succès, en même temps que la poésie, que la poésie tragique particulièrement*, la peinture, alors fort honorée, en mémoire de ce Fabius qui, dans le siècle précédent, n'avait pas dédaigné de s'y appliquer, et avait transmis à ses descendants, et parmi eux au père de l'histoire romaine, le surnom de Piclor^. C'était encore le temps où les arts, mis depuis au service du luxe privé, ne travaillaient guère qu'à la décoration des ouvrages publics. Fabius avait peint le temple de la déesse Salas; Pacuvius peignit le temple d'Hercule vainqueur. Nous savons par Pline que le travail du premier ne périt qu'avec l'édifice lui-même, consumé par un incendie sous le règne de Claude; nous pouvons croire que celui de Pacuvius, moins ancien, n'a pas moins duré, et qu'il intéressait la curiosité des archéologues, quand ses tragédies, peu en faveur auprès de poètes satiriques, épigrammatiques, comme Perse* et Martial % étaient recherchées des grammairiens.
1. • Ennii sorore genitus hic fuit.» PVm. Ilist.nat. XXXV, 4. C'est par une erreur évidente qu'Eusèbe, Chron. w 1863, le dit : a Ennii poetse ex fi lia nepos. »
2. Varrun, Festus, Fulgentius, etc., lui attribuent quelques comédies, et Diomède des satires, en vers mêlés, dans le genre d'Ennius.