Kpigr. 11, 91. Cf. Tacit. Dial. de orat. c. xx
ANCIE^Nt TRAGEDÎK LATINE.
Autrefois à leur apparition elles avaient charmé tout le public de Rome, et non moins cjue h caractère honnête et aimable du digne neveu d'Ennius, lui avaient concilié l'amitié de personnages coc^idérables. « M. Pacuvius, mon hôte et mon ami, » dit Lélius le Sage dans le dialogue de l'Amitié *,
Pacuvius vécut assez pour connaître, avec la fatigue et les infirmités de l'âge, les déplaisirs qu'apporte à un talent viei'li l'avènement d'un talent nouveau. De même qu'Eschyle avait dû céder la place à Sophocle , il lui fallut se retirer devant Attius. S'exilant du théâtre et en même temps de Rome, il alla finir ses jours non loin de Rrindes, d'où il était venu, comme Ennius, dans ce riant asile de Tarente, où Horace a souhaité' de pouvoir, à défaut de Tibur, abriter un jour sa vieillesse.
Il y oubliait doucement et son ancienne gloire littéraire <'t les amertumes dont elle avait été mêlée, quand il fut ramené à ces souvenirs par une visite que vint lui fiire son heureux rival, se rendant en Asie. Cette visite, d'intention obligeante, ne se termina pas sans quelque aigreur, et l'on n'en peut lire le piquant récit chez Aulu- Gelle ^ qu'on ne songe involontairement au jeune et présomptueux Voltaire visitant à Rruxelles le vieux et chagrin J. R. Rousseau. Dans l'entretien de deux poëtes tragiques, il devait être naturellement question de tragédie. Attius, ge prêtant avec complaisance aux honuêtes instances de Pacuvius, lui lut son Atrée, dont le vieillard loua l'éclat sonore, le ton élevé, y reprenant seulement un peu de dureté, d'âpreté. « Il se peut bien, repartit Attius; mais je n'en suis pas fâché ; ce que j'écrirai par la suite n'en vaudra que mieux. Les talents ressemblcLt aux fruits: -durs et âpres quand ils se forment, ils acquièrent plus tard de la douceur, de la saveur ; mais s'ils sont d'abord tendres, mous, aqueux, ils ne mûrissent pas, ils se gâtent. J'ai donc cru devoir laisser dans mou talent quel-