Ribbeck, p
PACUVIUS
Cette scène, à laquelle Gicéron revient en toute occasion*, était aimée du public romain ; elle lui était restée famibère, au point qu'il lui arriva, dans une représentation qu'a contée Horace, comme il conte, en quelques mots, d'y prendre lui-même un rôle, fort plaisamment. Fufius, chargé du rôle d'Ilione, au lieu de feindre le sommeil, s'était, se trouvant ivre, réellement endormi; il ne jouait pas, il dormait Ilione, dit Horace. Galienus, qui représentait l'ombre de Déiphile, ne réussit point à le réveiller, tti venant en aide à l'acteur dans l'embarras, toute l'assistance se mit à crier avec lui le fameux : Mater ^ te appello*.
C'était une scène bien éloquente que celle du Teucer, où le vieux Télamon accueillait avec des transports de colère Teucer revenu de Troie sans son frère Ajax ; où Teucer se révoltait contre cet injuste reproche. Nous en pouvons juger non-seulement par quelques-uns des vers du poète, heureusement conservés, mais par l'action véhémente dont les accompagnait Ésopus et que nous peint encore Cicé^on^ dans la prose duquel se jouent véritablement ces drames perdus. A travers le masque d'Ésopus on voyait ses yeux étinceler de fureur, quand il disait :
As-tu bien osé l'abandonner et revenir sans lui à Salamine? Quoi ! tu n'as pas redouté les regards d'un père?
Les larmes et les sanglots étouffaient sa voix, quand il ajoutait d'un ton attendri :
Ce père, accablé par les ans, désormais seul sur la terre, tu as déchiré son cœur, tu lui as ravi ses fils, ta Tas assassiné ! Rien ne t'a touché, ni la mort de ton frère, ni le malheur de son jeune enfant confié à tes soins* !
1. Voir encore Tuscul. II, 19; Acad. I, 27; Pro SexL LIX; Epist, aiAn.WV ,\k.
2. Non magis audierit quam Fufms ebrius olim Quiim Ilionara edormit, Catienis mille ducentis Maler^ le appelio, clamantibus.
Hor. Sat. II, III, 60