De Fin. V, 22, cf. Il, 2'i; De Amie. Vil. - 5. P
PACUV.US.
bant in re ficta; montrant par des exemples* que tel a été souvent le sens de stantes. Pour d'autres, on le sait, c'est ici un simple synonyme de 5/}ec/a7i/e5, fort convenablement employé lorsqu'il s'agit d'un temps où, pensent-ils, c'était encore debout que les Romains assistaient au spectacle ''.
Dans les belles scènes qui viennent d être rappelées quelle est la part de l'imitation? quelle part faut-il faire à la création originale ? Il est malheureusement impossible de le déterminer, faute de posséder les modèles dont le poète s'est plus ou moins librement inspiré. Pour la dernière seulement, il est évident que s'il ne l'a pas imaginée, il y a tout au moins mêlé à l'Iphigénie en Tauride d'Euripide quelque autre pièce sur le même sujet, celle peutêtre de Polyidus*.
L'originalité de Pacuvius nous paraîtra plus incontestable (elle est attestée, expliquée par Cicéron) dans la scène finale d'une imitation de la tragédie de Sophocle, intitulée NtTTTpa, le Bain, comme l'a été aussi, par certains auteurs, le dix-neuvième chant de l'Odyssée, où Ulysse est reconnu de sa nourrice Euryclée, qui lui lave les pieds. Cette situation touchante, Sophocle l'avait transportée dans sa tragédie, et, de là, Pacuvius l'a fait passer sur la scène latine Nous l'avons vue, il y a quelques années, sur la nôtre'; mais, par une dérogation, peut-être nécessaire, à la fidélité hardie que se proposait l'habile imitateur français, elle n'y était que sommairement indiquée, timidement montrée, et il n'en résultait pas un grand effet. Pacuvius y avait plus insisté. Nous le savons par des vers que nous a conservés Aulu-Gelle ' à qui ils semblaient pleins d'agrément, jucundissimi.
Confie tes pieds à cette onde ; que de ces mains, qui lavèrent souvent les pieds d'Ulysse, j'enlève des tiens la poussière qui
1. Cic. Vro Sext. LV; Epist. ad AU. II, 19; Suet. Odav. LVI; Propert. EUg. IV, xviii, 18.
2. Riisclil, Parergnn Plaufinnrum Terentianorumque vol. I, p. XVIII, 214, 216 sqq. — '^. Aristot. Poct. xvii.
4. Scène 4 de Pacte II de l'Uiyssc de Ponsard , représenté en 18.V2. — 5. Noct. atlic. II, 26.
leo
PACUViUS.
les souille ; que, par une douce pression, je les délasse de leur fatigue !
Gf^dotamen pedemtuum lynphis flavis, flavum ut pulverem Manibus isdem, quibus Ulixi ^aepe permiilsi, abluam, Lassiiudinem que minuam manuum nioUitudine '.
La tragédie imite'e par Pacuvius ne s'appelait pas seulement le Bain, elle avait un autre titre, diversement rapporté^, qu'on peut traduire par Ulysse blessé. Sophocle y avait mêlé à l'Odyssée d'Homère un poëme du cycle troyen, la Télégonie d'Eugammon de Gyrène : le sujet était Ulysse qui, après sa victoire sur les prétendants, est, le jour même, dans une rencontre avec des étrangers armés descendus sur le rivage d'Ithaque, frappé à mort par son fils Télégon, qu'il a eu de Circé, qu'il ne connaît point et dont il n'est point connu. Cette rencontre fatale, ce parricide involontaire, la reconnaissance qui précédait la mort d'Ulysse, voilà sommairement ce qui se développait dans une œuvre complexe, dont le dénoûment n'était pas sans rapport avec celui 'des Trachiniennes. Dans les Trachiniennes, c'était Hercule qu'on voyait mourir, et, auparavant, remonter, par degrés, de la colère et de la douleur, des témoignages involontaires de la faiblesse humaine, au calme d'une âme héroïque , supérieure à l'infortune. Ici c'était Ulysse qui donnait ce noble sp^^clacle. Cicéron a blâmé ^ à l'exemple de Platon, mais plutôt encore d'après les doctrines du stoïcisme et sous l'influence de la dure vertu romaine, les lamentations des personnages tragiques, et entre autres d'Hercule mourant; injustement, selon moi, ces lamentations n'étant que le point de départ de la lutte par laquelle ils arrivent à se rendre maîtres d'eux-même^, à maîtriser leur douleur. Dans le même ouvrage*, Cicéron loue Pacuvius d'avoir, à cet égard, corrigé l'Ulysse de Sophocle, en lui prêtant moins de faiblesse et un plus prompt retour à la fermeté du sage : correction toute romaine, qui fait paraître la différence des deux théâtres.