‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 300 sur 513 · ATTIL'S · texte numérisé non relu

ATTIL'S

antiques forêts du Latium que traverse, remontant le Tibre, le vaisseau d'Éi^ée.

L'idée qu'on doit se faire de la liberté d'imitation d'Attius serait, je crois, dépassée, si l'on admettaii avec M. Ribbeck* et M. Boissier^ d'après des fragments de son Anthjone qui nous font entendre les discours des î-oldats charges de veiller près du cadavre de Polynice', qu'il a rais en aciion ce qui chez Sophocle n'était qu'en récit, le dévouement courageux de la sœur de Pulynice osant ensevelir les restes de son frère, au mépris des ordres barbares de Gréon. Cn tel changement eût singulièrement troublé l'économie de la pièce grtcque, et forcé, par exemple, M. Ribbeck en convient, de déplacer la scène entre les deux sœurs, qui la commeuce si heureusement, de la modifier même en certains points. Je ne puis croire, pour l'honneur d'Attius, qu'il ait pris une telle licence avec un des chefsd'œuvre de la scène grecque. Je persiste à penser que les fragments dont on s'appuie ont fait partie d'un récit, du récit de ce garde qui, dans la tragédie de Sophocle, vient avertir Gréon. On me pardonnera de répéter ce que j'ai dit ailleurs* à ce sujet. « Les paroles se racontent aussi bien que les actes. La grande narration faite par Ginna à Emilie, au début de la tragédie de Gorneille", est toute remplie des discours qu'il a tenus aux con|urés. »

Quant au détail des ouvrages qu'il imitait, Attius a été, comme Ennius et Pacuvius, un très-libre, et même quelquefois un trop libre interprète ; de là des inexactitudes, tort léger assurément, et, ce qui est plus grave, une notable

l. P. 129, 313.-2. P. 67 de sa thèse citée plus haut, p. 108, 169.

3. * Eh mais! me trompé je? n'entends je pas quelque bruit?... ....Holà! gardes, accourez ÎSecouezle sommeil qui vous appesantit; Levez-vous. »

Attat, nisi me fallit ia obitu Sunitus.

Heus, vigiles, properate, exp^rgite Peciora tarda sopore, exsurgite.

Von. vv. Ohitus, Expergo).

4. Études sur les tragiques grecSj 3* édit., t. II, p. 282. , Ad. I, se. 3.

AKCIt^NE TRAGÉDIE LATINE.

altération de Taisance, de l'élépance du modèle, comme par exemple au début de ses Plicnicicnnes. Ce sont des vers que TeEtasseraent confus des mots, l'embarras du tour, rendent impossibles à traduire*, et où était assez péniblement rendu ce qui se développait avec facilité, éclat, agrément, dans ce commencement des Phéniciennes d'Euripide :

0 toi, qui te frayes une route à travors les astres, sur ion char doré, qui roules la tlamnie aux pieds de tes coursitTS rapides, quels funestes rayons, ô soleil, as-tu lancés sur Tbèbu?, le jour où Cadmus, etc.

La comparaison des vers d'Euripide et des vers d*Attius «st instructive. Elle révèle ce que nous ont appris, pour Ennius et Pacuvius, d'autres parallèles, l'infériorit', a'ors bien sensible, de la langue latine à l'égard de la langu-» grecque, le laisser-aller de l'imitation, la substitution dj formes lourdes et emphatiques à li vivacité facile du modèle. Ces disciples des Grecs, impuissants à les reproduire dans des copies vraiment fidèles, pouvaient toutefois, par une certaine aspiration vers la force, la grandeur, arriver à de beaux traits. On n'en rencontre pas moins dans les fragments d'Attius que dans ceux d'Ennius et de Pacuvius, et absolument du même genre.

Et, en effet, la tragédie latine n'a pas changé chez lui de caractère. Elle est, par exemple, restée raisonneuse, sentencieuse, encline à tourner en maximes générales, d'une portée quelquefois dangereuse, ce qu'avec un auire tour expliqueraient, excuseraient la situation, la passion du personnage. L'Antigone de Sophocle peut dire, dans son découragement, sans blesser la morale religieuse :

Quelle loi divine ai-je donc enfreinte? Mais pourquoi, malheureuse ! tourner encore mes regards vers les dieux, chercher

1. Sol qui micantem candidocurru atque cquis Flatnmam citatis fervido ardoreexplicas, Quianain tain adversoaugurio et iiiimico omine Tliebis radiatuin lumen ostentas tuum ?

(Priscian. De 3/ef. rfr.;Apul. Florid. II, 10; 0. Hibbeck, p. 180, 338.)

ATI lus.

parmi eux un allie, lorsque, pour ma piété, je n'obtiens que le sort réservé à l'impie* V

VAntigone d'Attius risque fort de faire applaudir de nouveau comme au temps d'Ennius, par le peuple romain, une négation de la Providence, lorsqu'elle s'écrie :

Non les dieux ne règlent point l'ordre du monde, et leur roi s'embarrasse peu de ce qui s'y passe.

Jamjam Neque regunt di, neque profecto deum summus rex omnib r

[curut^

Les devins ne sont point épargnés chez Homère, ni chez les tragiques grecs, quand la passion des personnages se trouve contrariée par leurs prédictions. Mais ces éclats passionnés, reproduits par les tragiques romains, deviennent des traits de satire et d'épigramme. Atlius est en cel i tout à fait conforme à Ennius et à Pacuvius. Dans son AstyanaXy il faisait dire probablement à Agamemnon, mécontent de Galchas :

Je ne crois point aux augures qui enrichissent nos oreilles de leurs paroles, pour enrichir de notre or leurs maisons.

Nil credo auguribus, qui aures verbis divitant Aliénas, suas ut auro lo:upletent domos'.

Euripide, je le sais, n'a pas peu contribué à attirer, à engager les tragiques romains dans cette voie hasardeuse par des moralités plus d'accord avec le caractère et l'intérêt de ses personnages qu'avec la morale, et dont se sont ensuite autorisés, comme de règles de conduite, des passions coupables. Ainsi, il s'est exposé à ce qu'on lui fît partager la responsabilité da cette maxime de son Etéocle, que César, on le conçoit, aimait à répéter ;

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