Cf. Calull. Carnu, LXVIII, 4G; LXXVIII
Laconie célèbrent les saintes orgies? Oh! qui me transportera dans les frais vallons de l'Hémus, qui m'ensevelira dans lombre des rameaux épais? Heureux celui à qui fut donné de connaître les causes de toutes choses; qui a mis sous ses pieds toutes les craintes, les menaces de l'inexorable destin, le bruit de l'Achéron avare ! Heureux aussi celui qui connaît les divinités champêtres, Pan, Silvain, les Nymphes, ces aimables sœurs!
Ainsi s'exprimait Virgile dans ses Gcorgiqu€s\ en vers délicieux que je ne vous redis pas, et que chacun sans doute se répète intérieurement. L'énumération de ces grands phénomènes de la nature qu'il eût voulu chanter à son tour, expliquer comme Lucrèce en philosophe et en poêle, ne manque pas, je Tai dit, k ses autres ouvrages. Dans VÉnéide'^, un chantre inspiré, lopas, en occupe, pendant une fête, la cour de Didon et ses hôtes troyers. Dans les Bucoliques* y Silène en charme Toreille des pasteurs et des nymphes ; bien plus, la nature elle-même, qui semble écouter et applaudir. Il n'est pas interdit de voir un hommage à Lucrèce dans les beaux vers où Virgile représente se jouant en cadence, tandis que chante Silène, les Faunes et les bêtes sauvages; les chênes à la dure écorce balançant leurs cimes tonITues; où il s'écrie que le rocher du Parnasse n'est pas autant réjoui par Phébus, que le Rhodope et rismare n'admirent pas autant Orphée.
Tum vero in numerum Fannosque ferasque videras Ludere ; tum rigidas motare cacumina quercus. Nec tantum Phœbo gaudet Parnassia rupes; Nec tantum Rhodope mirantur et Ismarus Orphea.
Et, véritablement, n'est-ce pas Lucrèce lui-même que l'on entend dans ce début cosmologique par lequel Silène prélude aux fables sans nombre qui vont former le tissu de ses chants? Peut-on y méconnaître un sublime sommaire de l'espèce d'épopée philosophique racontée dans le cinquième livre du poëme De la Nature?
Il disait comment, dans le vide immense, s'étaient rassemblées les semences et de la terre, et de l'air, et de la mer, et