Georg., TI
1. Hor. SaL, I, y. 100 sqq.— 2. De Nat. rer.^ V, 83; VI, 53. 3. Hor., Od.^ I, XXXIV, 2.
92 DU RENOUVELLEMENT DE La POÉSIE LATINE
Quam pœne fur\ ae régna Proserpinae Et judicantem vidimus iEacum, Sedesque discretas piorum...»
Mais si Horace n'est pas toujours demeuré ferme, on peut l'en féliciter, dans sa foi h de si tristes et si désolantes doctrines, il n'en a pas été de môme à l'égard de cerlains pnncipes de morale pratique, honneur de la philosophie épicurienne, que lui avait aussi enseignés Lucrèce, dont il a fait la rè^-le constante de sa conduite, l'inspiration la plus habituelle de son génie. Comme Lucrèce et à son exemple, il n'a cessé de recommander sur tous les tons, dans ses odcSy dans ses satires, dans ses épUres, avec la conviction la plus persuasive et le charme le plus attirant, la modération des désirs, l'emploi de l'heure présente, la jouissance paisible et discrète des biens naturels, la recherche de l'honnête, voie assurée vers le bonheur. C'est un grand honneur pour le poème De la Nature qu'il soit permis de voir dans quelques morceaux de cet ouvrage le point de départ de ces piquantes peintures du cœur et'de la vie, de ces aimables enseignements moraux, qui font du recueil d'Horace le livre le plus universellement, le plus constamment lu, le moins vieilli, le plus moderne de l'antiquité.
N'est-ce pas Horace qu'on croit entendre par avance dans ce portrait plus d'une fois renouvelé par lui d'un riche ennuyé qui s'agite sans pouvoir se fuir*?
hâte^VoCr"' r ' '^-'^'""'i P°"^ '' ''''^'' à ^^ villa en tout^^ hâte, comme s il s'agissait de porter secours à un bâtiment en
flammes, et puis il bâille aussitôt qu'il en a fouché"uiî- i"
se retire pour dormir d'un lourd sommeil dans lequel il cherch
loubh, ou bien encore il s'empresse de regagner et de revoir 1
ville.
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Mais comme nous l'avons tout à l'heure éprouvé au su- 1. Hor., Od. II, XIII, 21. — 2 De Nat. rer., III, 1073.
jet de Virgile, les vers mêmes de Lucrèce rendront bien plus sensible l'analogie que je cherche à marquer entre les deux poètes. Permettez-moi donc encore cette citation textuelle :
Exit saepe foras magnis ex œdibus ille Esse domi quem pertaesum est, subitoque reventat; Quippe foris nihilo melius qui sentiat esse. Gurrit agens mannos ad villam praecipitanter, Auxilium tectis quasi ferre ardentibus instans: Oscitat extemplo, teti^ût quom limina villœ; Aut abit in somnum gravis, atque oblivia quasrit; Aut etiam properans urbem petit, atque revisit.
Citons encore un exemple* de ces développements moraux du poème De la Nature qui ont ouvert la voie aux satires et surtout aux épîtres d'Horace.
Pour qui gouverne sa vie d'après les vrais principes, c'est une grande richesse que de savoir vivre content de peu. De ce peu, en effet, jamais il n'y a disette. Mais les hommes ont voulu être illustres et puissants, pour que leur fortune reposât sur une base inébranlable et qu'ils pussent achever de vivre au sein de l'opulence et du repos. Vaine pensée! leurs luttes pour arriver au faîte des honneurs ont rendu bien dangereuse la route de la vie; et, de ce faite même, l'envie quelquefois, comme par un coup de foudre, les précipite dédaigneusement dans le noir Tartare. Oh! qu'il vaudrait bien mieux se borner paisiblement à obéir que de vouloir toujours ranger les choses sous son empire et tenir le sceptre. Laissez-les donc lutter vainement, s'épuisant en efforts, se couvrant d'une sueur de sang, dans l'étroit sentier de l'ambition, puisque c'est sur ces hauteurs, sur ces sommets qui dépassent tout le reste, que se rassemblent, pareils aux vapeurs de la foudre, les traits de l'envie. Ce sont hommes dont les jugements sont d'emprunt, qui désirent et poursuivent sur la foi d'autrui, non d'après leur sentiment propre. 11 en est ainsi maintenant, il en sera ainsi demain, mais pas plus qu'auparavant.
Quod si quis vera vitam rafione gubernat, . Divitiae jurandes homini sunt, vivere parce jEquo animo; neque enim est unquam penuria parvi. At claros homines voluerunt se atque potentes,