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ANCIENNE COMÉDIE LATINE
très-frappant, que je vais citer, parce qu'il est conleraporain de César et se rapporte même à lui. Je l'emprunte à la correspondance de Gicéron*, ce piquant journal du temps. Le jurisconsulte Trébalius a élé faire sa cour au vainqueur des Gaules, occupé en ce moment d'une expédition dans la Bretagne. Cicéron, dans une lettre piquante, conseille h Trébatius de ne pas trop prolonger cette campagne de courtisan, qui menace d'être inutile : on pourrait bien en causer. Le grand auteur de mimes, Labérius, pourrait bien trouver plaisant de mettre sur la scène un jurisconsulte breton. Denique^ si cilo te retuleris, sermo nullus erit : si diutius frustra ahfueriSy non modo Laberium, sed et'mm sodalem nostrum Valeriurn pcriimesco. Mira enim persona induci potcst britannicijitreconsulti. Mais ce n'était pas seulement h des personnages d'ordre secondaire, comme Trébatius, que s'attaquait Labérius. César lui-même, et C'}sar tout-puissant, ne fut pas h l'abri de ses atteintes. On sait quels vers, avidement saisis par l'auditoire, il lui fit entendre dans cette représentation mémorable où un caprice cruel du dictateur le fit monter sur la scène, et jouer dans un mime avec des bateleurs, lui chevalier et en cheveux blancs. Je ne veux point parler des [)laintes éloquentes de son admirable prologue, mais de ces traits acérés :
Porro, quirites, libertatem perdimus.
Necesse est multos timeat qucm multi timent*.
César à Labérius préféra Publius Syrus, ce qui était tout naturel et pouvait n'être point injuste; mais il resta, comme le public d'alors, le partisan déclaré du genre. Comment, avec un goût si débonnaire, aurait-il traité plus mal l'atellane, dont nous ne voyons pas qu'il ait eu personnellement à se plaindre?
Quant à Auguste, en admettant qu'il ait tenu à distinguer son règne du règne précédent, il est difficile de supposer qu'un si bon esprit eiit cherché à marquer cette opposition dans un tel ordre de choses.
LES ATELLANES ET LES MIMES
T'ajouterai que je ne crois pas à l'influence même des maîtres du monde sur la destinée des genres de littérature. L'accident qui leur donne alternativement pour interprète tantôt un écrivain de talent, tantôt un écrivain médiocre, leur nouveauté ou leur épuisement, l'attrait plus ou moins vif qu'ils oiïrent en certains moments au goiàt changeant du ])uhlic, voilà les puissances desquelles surtout ils relèveni et qui les font ou prosiiérer ou décliner. Deux poètes distingués, Pomponius et Nuvius, ont amené, au temps de Sylla, les grands succès de l'atellane, rajeunie par eux, et qui, après eux, est redevenue ce qu'elle était avant, un peu vieille; cela a duré jusqu'à ce qu'elle rrçut, sous Auguste, ou sous Tibère, d'un troisième poète de talent, Mummius, un rajeunissement nouveau. Le mime, grâce à Labérius, à Publius Syrus, à Mattius, a mis à profit l'intervalle pour captiver à son tour la faveur publique, que l'atellane lui a bientôt reprise, sans la pouvoir garder. Do pareilles alternatives, fort naturelles, s'expliquent toutes seules, sans qu'il soit nécessaire d'y faire intervenir, comme dans une machine de théâtre, les dieux de l'histoire Elles se sont perpétuées pendant toute la durée de l'empire, que l'atellane et le mime, dernière et unique comédie de cet âge, ont remplie de leurs succès, de leurs scandales, de leurs querelles avec la puissance publique, de leurs exils, de leurs retours. M. Meyer, aux dernières pages de sa dissertation, trace de l'atellane à celte époque une histoire intéressante où j'aimerais à le suivre, si je n'avais déjà, dans ce premier article, bien prolongé le plaisir de rapporter et de discuter ses opinions.