Epist. ad famil, VII, n. — 2. Macrob. Saturn. II
PLAUTE ET TÉRENCE
J'ai déjà (lit ce que contient la parlie de ce livre dont il me re^e à rendre compte. L'auteur y passe de la comédie primitive des Romains à leur comédie classique, à celle qu*i]s imitèrent, sous diverses formes, de plus en plus nationales, de la Comédie moyenne et surtout de la Comédie nouvelle des Grecs : il y recherche ce que furent, chez Plaute et Térence particulièrement, trois sortes de personnages, à chacun desquels il acxorde un chapitre spécial : les parasites, les femmes, les esclaves; quel l'ut le rapport de ces personnages fictifs avec ce qui leur correspondait dans la société réelle. De là des considérations à la fois littéraires et historiques, où il fait preuve d'érudition, de sagacité, dont quelques-unes peuvent paraître hasardées et subtiles, mais qui toutes, alors même qu'elles éveillent le doute, qu'elles provoquent la contradiction, touchent utilement, agréablement à des questions curieuses de goût et de morale, éclairent d'un demi-jour piquant les images tracées par les comiques latins de la société romaine et cette société elle-même.
C'était une heureuse idée, en parlant d'ouvrages qu'une certaine uniformité de conduite, jointe à l'absence de caractères dominants, rend assez peu distincts, dont il ne reste guère, à ceux qu'ils ont le plus charmés, qu'une impression générale, et le sentiment du génie particulier de deux poètes d'élite; c'était, dis-je, dans un pareil sujet, une heureuse idée que de substituer à ce que présentent les analyses ordinaires, je veux dire à l'exposition de l'intrigue, l'étude des mœurs mises en relief par cette intrigue. Mais je pense que Al. Meyer, au lieu de suivre, dans Tordre de ses ubsLrvaùons, celui des pièces de PJaute et de Térence,
c|ui loslui avaient suggérées, eût bien fait de les ordonner, plus librement, d'après la nature même des idées, d'en composer, avec plus d'ensemble, de suite, une sorte d'histoire, au théâtre et dans le monde, de ces personnages antiques dont il voulait démêler et faire connaître Tesprit général et les traits divers.
Telle est celle qu'a donnée, en 1795, le savant et ingénieux Boettiger*, du Mititaire fanfaron ^ Miles gloriosus, le cherchant d'abord dans l'histoire des Grecs; puis, avec les divers caractères qu'il a revêtus dans leur Nouvelle comédie, chez Philémon, chez Alénandre ; le retrouvant diversement reproduit chez Plaute, chez Térence; suivant enfin sa destinée, comme s'il s'agissait d'un personnage réel, qui aurait vécu des siècles, dans les littératures modernes. Ce morceau est joint comme échantillon à'excursus au spécimen d'une nouvelle édition de Térence, qui n'a point paru, que je sache, ce qu'on doit bien regretter ; car, outre Texcellent texte, le commentaire érudit, instructif, spirituel, que promettaient plusieurs scènes de VEunuque, données avec des notes dans le spécimen j on y eût trouvé, quelques mots de l'auteur^ autorisent à le penser, d'autres excursus, de même nature, sur tout le personnel de la comédie nouvelle, sur ces divers représentants des mœurs de la société antique, tant romaine que grecque, qu'Apulée énumère ainsi :
Ibi est leno perjurus, et amator fervidus, et servulus callidus, et arnica illudens, et uxoi' inhibens, et mater indulgens, et patruus objurgator, et soialis opitulator, et miles prœliator; sed et parasiti edaces, et parentes tenaces, et meretrices procaces'.
Je reviens à ceux de ces personnages dont a traite M. Meyer. Comme ils n'ont eu une existence à part ni dans les combinaisons dramatiques, ni dans les relations sociales, mais qu'ils s'y sont toujours trouvés mêlés à
1. Opuscula, Dresde, 1837, p. 2GG et suivantes. — 2.1bid., p. 249. 3. l'iorid., 111.
ANCIENNE COMEDIE LATiNB^.
PLAUTE ET TÉRENCE
J'ai déjà (lit ce que contient la partie de ce livre dont il me rej-te à rendre compte. L'auteur y passe de la comédie primitive des Romains à leur comédie classique, à celle qu'ils imitèrent, sous diverses formes, de plus en plus nationales, de la Comédie moyenne et surtout de la Comédie nouvelle des Grecs : il y recherche ce que furent, chez Plaute et Térence particulièrement, trois sortes de personnages, à chacun desquels il accorde un chapitre spécial : les parasites, les femmes, les esclaves; quel lut le rapport de ces personnages fictifs avec ce qui leur correspondait dans la société réelle. De là des considérations à la fois littéraires et historiques, où il fait preuve d'érudition, de sagacité, dont quelques-unes peuvent paraître hasardées et subtiles, mais qui toutes, alors même qu'elles éveillent le doute, qu'elles provoquent la contradiction, touchent utilement, agréablement à des questions curieuses de goût et de morale, éclairent d'un demi-jour piquant les images tracées par les comiques latins de la société romaine et cette société elle-même.
C'était une heureuse idée, en parlant d'ouvrages qu'une certaine uniformité de conduite, jointe à l'absence de caractères dominants, rend assez peu distincts, dont il ne reste guère, à ceux qu'ils ont le plus charmés, qu'une impression générale, et le sentiment du génie particulier de deux poètes d'élite; c'était, dis-je, dans un pareil sujet, une heureuse idée que de substituer à ce que présentent les analyses ordinaires, je veux dire h l'exposition de l'intrigue, l'étude des mœurs mises en relief par cette intrigue. Mais je pense que M. Meyer, au lieu de suivre, dans l'ordre de ses oLstrvaiions, celui des pièces de PJaute et de Térence,
i^ui lesluî avaient suggérées, eût bien fait de les ordonner, plus librement, d'après la nature même des idées, d'en composer, avec plus d'ensemble, de suite, une sorte d'histoire, au théâtre et dans le monde, de ces personnages antiques dont il voulait démêler et faire connaître l'esprit général et les traits divers.
Telle est celle qu'a donnée, en 1795, le savant et ingénieux Boettiger*, du Militaire fanfaron y Miles gloriosus, le cherchant d'abord dans l'histoire des Grecs; puis, avec les divers caractères qu'il a revêtus dans leur Nouvelle comédie, chez Philémon, chez Ménandre ; le retrouvant diversement reproduit chez Plaute, chez Térence; suivant enfin sa destinée, comme s'il s'agissait d'un personnage réel, qui aurait vécu des siècles, dans les littératures modernes. Ce morceau est joint comme échantillon à'excursus au spécimen d'une nouvelle édition de Térence, qui n'a point paru, que je sache, ce qu'on doit bien regretter ; car, outre Texcellent texte, le commentaire érudit, instructif, spirituel, que promettaient plusieurs scènes de VEunuque, données avec des notes dans le spécimen j on y eût trouvé, quelques mots de l'auteur^ autorisent à le penser, d'autres excursvsj de même nature, sur tout le personnel de la comédie nouvelle, sur ces divers représentants des mœurs de la société antique, tant romaine que grecque, qu'Apulée énumère ainsi :
Ibi est ieno perjurus, et amator fervidus, et servulus callidus, et arnica illudens, et uxor inhibens, et mater indulgens, et patruus objurgator, et sodalis opituhitor, et miles prœliator; sed et parasiti edaces, et parentes tenaces, et meretrices procaces'.
Je reviens à ceux de ces personnages dont a traité M. Meyer. Comme ils n'ont eu une existence à part ni dans les combinaisons dramatiques, ni dans les relations sociales, mais qu'ils s'y sont toujours trouvés mêlés à
1. Opuscula, Dresde, 1837, p. 2GG et suivantes. — 2.1bid., p. 249, 3. Ftorid., III.
ANCIENNE COMEDIE LATINE
PLAUTE ET TÉRENCE
d'autres dont on ne peut les séparer, l'histoire dont je parle eût gagné en clarté, en justesse, en intérêt, à n'être poinc isolée du tableau complet de ce que les grands comiques latins ont emprunté au modèle de la vie, telle que la leur montraient et les images de la scène grecque et le spectacle de la société romaine.
Ce cadre, dans lequel je voudrais que M. Meyer eût enfermé ses intéressants chapitres, on me permettra de [e donner à l'examen que j'en dois faire. Il me fournira le moyen de reproduire, sans trop de servilité, et, en même temps, comme je me suis permis de le tenter dans un précédent article, de continuer, de compléter son œuvre.
Rappelons d'abord sommairement les divers âges de la comédie grecque, afin de marquer, comme M. Mcyer l'a fait çà et là, incidemment, ce que la comédie latine a du y laisser et ce qu'il lui a été donné d'y prendre.
Lorsque la comédie, apportée de Mégare par Susarion, d'abord dans les bourgs de l'Attique, ensuite dans Athènes même, eût été constituée à la fois par la liberté démocratique, par le génie poétique d'une ville des plus heureusement nées pour les arts, enfin peut-être, ce qui est resté douteux, par les exemples des poètes siciliens Épicharme et Phormis, elle offrit, dans ses premières productions , des caractères qui ne permettent de la confondre avec aucun des genres comiques que l'on a vus depuis. Le principal, c'est qu'à l'exemple de la comédie mégaiienne, espèce de bouiîonnerie insolente à l'égard des grands, elle eut pour objet la satire de la vie publique, satire personnelle dans ses attaques, qui n'épargnait aucun vice, aucun ridicule, quelquefois aucune vertu, à laquelle n'imposait aucune supériorité sociale, qui était véritablement le ministre lies justices et souvent des vengeances de la démocratie. Dans ces personnalités n'étaiint pas oubliés les poètes, surtout les poètes tragiques. Venue après la tragédie, la comédie affecta d*en parodier les formes générales et les scènes les plus célèbres, à divers titres, par leur beauté, par leur ridicule. C'est là le second des caractères qui la distinguent. Un troisième, c'est le mélange de tous les tons,
depuis le plus grossier jusqu'au plus sublime, l'exagération, la charge, le grotesque, le fantastique. Gela était nécessaire pour captiver un public si mêlé, réuni dans le même théâtre par la communauté du même plaisir; pour faire accepter, au moyen de la gaieté, de la folie, sorte de passe-port, des censures qui s'adressaient à ce qu'il y avait de plus grand dans le peuple et au peuple lui-même, jusqu'à ses dieux, forcés d'entendre la plaisanterie comme les simples mortels ; enfin, pour corriger la tristesse de la comédie politique, exposée, si elle est sérieuse, à égaler la gravité de ses modèles en demeurant inférieure à leurs ridicules, qui a besoin, pour rester comédie, d'admettre l'expression chargée de cette autre comédie qui se trace avec le crayon.
Telle fut l'Ancienne comédie, comédie attachée à la fortune de la démocratie qui devait se modifier, passer avec elle. Chaque réforme sociale, en effet, dans un sens aristocratique, oligarchique, lui enleva quelque chose, le droit de nommer ceux qu'elle attaquait, le droit de les faire connaître par le masque, le droit de parler au peuple dans cette harangue du chœur qu'on nommait la parabase et qui faisait du poète un orateur. De ces diverses restrictions, tantôt retirées, tantôt imposées de nouveau, selon les changements de la constitution, résulta, après une comédie de transition, difficile à définir, que les grammairiens ont nommée la Comédie moyenne, une, de forme plus distincte, la Comédie nouvelle. C'était une imitation de la vie privée, n'offrant plus, sous des personnages fictifs, que des peintures abstraites, et se rapprochant, en toutes choses, mœurs , incidents , langage, versification même, de la réalité.
Telle est, en abrégé, l'histoire de la comédie athénienne, cultivée pendant plusieurs siècles, par une multitude de poètes, dans une multitude d'ouvrages. M. Meineke*, dans l'inventaire qu'il a fait de ce qui en reste en œuvres et
1. Fragmenta comicorum grœcorum, Berlin, 1839-1841. Voyez, sur cet ouvrage, \& Journal des savants, cahier d'octobre, 1839, p. 592.
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en souvenirs, ne compte pas moins de 152 noms de poêles, de 1449 titres de pièces ; et il ne s'occupe m de la comédie sicilienne, ni de la comédie italique, celle de la grande Grèce, qui auraient encore grossi ces chiffres.
Cette immense littérature comique, représentée surtout, pour la Comédie ancienne, par Eupolis, Cratinus, Aristophane : pour la Comédie moyenne, par Antiphane et Alexis ; pour la Comédie nouvelle, par Philéraon, Ménandre et Diphile, s'oflVait tout entière à l'iinitation des fondateurs du théâtre classique de Rome, Livî scriptoris ab sevo, comme dit Horace. Mais il y en avait une partie, et une partie bien importante, celle du premier âge, qui ne pouvait être transportée sur la scène romaine.
Des pièces d'un intérêt tout local, pleines de personnalités d'allusions politiques et littéraires à des hommes, à des ouvrages d'une autre société, d'une autre littérature, n'eussent point été comprises ; et si, sous la même forme, on eût traité des sujets romains, la satire de la vie publique n'eût pas été soutïerte par une aristocratie toute-puissante et de la part de gens aussi peu considérables que l'étaient alors les poêles appelés dédaigneusement scribx soumis h la juridiction arbitraire et brutale des magistrats de pohce,
des triumvirs.
En témoignage de cette impossibilité de renouveler h Rome le genre d'Aristophane ou quelque chose d'approchant, on a souvent cité et M. Meyer cite lui-même quelque part, si je ne me trom )e, la tentative du successeur de Livius Andronicus, du prédécesseur d'Ennius, de Nevius, tentative hardie, mais qui tourna mal pour l'imprudent adversaire de l'aristocratie romaine, menacé du bâton par les Métellus,
Dabunt Metelli malum Naevio poetœ,
jeté en prison par les Scipions, et, une fois élargi par le crédit des magistrats populaires, des tribuns, réduit à aller mourir hors de Rome, en Afrique*.