‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 346 sur 513 · Suet., Vit, Terent · texte numérisé non relu

Suet., Vit, Terent

ANCIENNE COMEDIE LATINE

peu qu'on les force. J'en appelle à M. Meyer lui-même, le summum jus summa injuria n'est-il pas applicable aux passages que je vais transcrire :

Térence eut à Rome la vie la plus douce et la plus fortunée.... Ce rôle de commensal des grands me semble avoir dû laisser peu de place à la vérité et à Tobservation. On voit mieux d'en bas que d'en iiaut ; et, dans la vie aristocratique, il y a, avec les ébloiiissements qu'elle devait causer à railranchi Térence, une élégance menteuse dont ses œuvres se sont fardées aux dépens du vrai. L'excès du bonheur a gfité ce talent un peu triste, qui avait déjà tant de dispositions à oublier le naturel. ... Il faut lui savoir gré d'un peu de vraisemblance à défaut de vérité'.... Ses épouses sont exactement aussi douces que ses jeunes fils sont des modèles de pureté. On se croirait en p^ein règne d'Évandre et de Numa Pompilius, mais de Numa arrangé par M. de Florian. C'est l'Arcadie transportée dans l'atrium ; c'est l'histoire de la bourgeoisie romaine mise en idylles*.

Ailleurs le spirituel, mais Lien dur critique reproche à Térence des caractères insignifiants, des rôles sans relief, des figures ternes y à peine éclairées d'un demi-jour, des teintes uniformes, un art qui ne cherche pas la vérité^.

Est-ce bien là Térence? Non pas pour moi du moins. Je suis d'abord tenté de contester cet excès de prospérité qu'on dit avoir exercé une si fâcheuse influence sur son génie comique. M. Meyer se souvient ailleurs', d'après Suétone et Donat, des vers oii un vieux poëte, Porcins Licinius, a peint Térence réduit, malgré la faveur des grands, à une extrême pauvreté, sans que ni Scipion, ni Lébus, ni Furius, lui fussent d'aucun secours, et que par eux il eût môme une maison de louage, où un pauvre esclave pût au moins apporter la nouvelle que son maître, forcé de fuir les regards, de s'exiler de Rome, d'aller mourir dans un •coin retiré de la Grèce, n'était plus.

.... Ipsus sublatis rébus ad summam Inopiam redactus est....

Itaque e conspectu omnium abiit in Graeciam, in terram

(ultimam.

1. P. 123, 124. — 2. P. 189. ~3. P. 331, 332, 337, etc. 4. P. 348.

PLAUTE ET TÉRENCE. 235

Mortuusestin Stymphalo, Arcadiœ oppido : nihilPublius Scipio profuit, nihil ei Laslius, nihil Furius, Très per idem tempus qui agitabant nobiies facillime. Eorum ille opéra ne domum quidem habuit conductitiam Saltem ut esset, quo referret obitum domini servulus!

En supposant que Térence, qui maria sa fille à un chevalier romain, et lui laissa pour héritage une terre de vingt arpenta, près de la voie Appienne*, ne soit jamais tombé aussi bas que l'a dit Porcius Licinius, la fortune ne Ta pas non plus porté assez haut pour que la pénétration et la justesse d'un esprit si agréablement raisonnable en aient pu être altérées. Et pourquoi, en s'approchant de ces ran.^s élevés, où, dans tous les temps, chez les anciens, chez les modernes, les peintres excellents de la nature humaine et de la société n'ont pas plus manqué qu'ailleurs, eût-il été exposé à perdre le talent de l'observation? Est-il bien sûr qu'on voie mieux d'en bas que d'en haut? Ne serait-il pas plusjuste de prétendre qu'on voit autre chose? La vérité, j'entends la vérité des peintures et non celle des préceptes' la vérité, pour le moraliste et le poète, n'est pas une; elle a ses tons, ses degrés, ses points de vue divers: il y a la vérité des mœurs, c'est, avec quelque exagération, celle de Plaute ; il y a la vérité des sentiments, c'est, dans une mesure parfaite, celle de Térence. Les affections qui procèdent du sexe, de l'âge, de la condition, des rapports de famille, les mouvemenis par lesquels se produit la passion, les idées que donne l'expérience des choses de la vie, voilà ce que Térence a rendu avec une vérité exquise, un naturel incomparable, dans des ouvrages dont on ne peut trop admirer la conduite vraisemblable et intéressante, l'artifice simple et délicat, l'expression d'une élégance naïve, d'une grâce ingénue. Ses peintures sont honnêtes, elles ne sont pomt fades ; l'éclat en est doux, sans avoir rien de terne ; des nuances fines les sauvent de la monotonie. Peut-être la perspective de la scène, et d'une scène comme la scène antique, voulait-elle plus de relief, de mouvement, un comique

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