‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 353 sur 513 · Curciil . IV, I · texte numérisé non relu

Curciil . IV, I

2 Les Plaideurs, act. I, se. 6 : III, 3.

PLAUTE ET TERENCE

Macette de notre Ri^gnier, par des semblants de dévotion. Plaute a encore montré une grande énergie dans la peinture de ce personnage, qui ne manque presque à aucune de ses pièces.

Nous voici parvenus sur le terrain où s'est plus particulièrement engagé M. iMeyer, et où nous aurons souvent à le prendre pour guide Autour du ieno se groupent, dans un de ses chapitres, comme dans le théâtre qu'il étudie, des personnages qui y sont perpétuellement mis en scène, la foule des courtisanes de tout rang, de tout caractère. La comédie de Plaute, en effet, comédie essentiellement domestique, roule entièrement sur la peinture des désordres introduits dans la famille par le commerce des courtisanes.

Dans cette comédie, M. Meyer n'a pas négligé de le dire, n'est jamais compromise l'honnêteté des femmes et des filles ■Je condiiion libre. C'est un témoignage remarquable de la sévérit î des anciennes mœurs de Rome, un vestige de cette chasteté romaine qui pendant plusieurs siècles n'avait reçu aucune atteinte. Plus tard, au temps de la fabula togata, au temps où se renouvellera, sous une forme pluslittéraire, l'impudence de l'atellane et du mime, la comédie, encouragée par le dérèglement des mœurs, sera moins réservée.

Plaute est bien libre, bien licencieux, et cependant, si dans ses comédies, comme dans tant de comédies du même théâtre, se rencontrent quelques jeunes filles victimes de violences réparées plus lard par le mariage, il y est question de leurs affronts et non de leurs faiblesses; elles n'y sont jamais montrées en commerce d'amour. Plaute ne leur donne même pas de rôle. On entend parler, dansl'idw/w/aria^ de la fille d'Euclion, on ne la voit pas.

Quant aux femmes mariées, Plaute ne les peint pas, il est vrai, de couleurs fort agréables, témoin l'Artémone de son Asinaria et bon nombre d'autres. Orgueilleuses do leur grosse dot, elles la font payer cher à ceux qui les ont épousées par avarice ; elles sont altières, acariâtres; chassent, par leur mauvais caractère, leurs maris de la maison et les poussent à mal faire: mais jamais le moindre soupçon.

ANCIENNE COMEDIE LATINE

d'infidélité n'incrimine leur vertu. Alcmène*, malgré la situation plus que délicate où elle est placée, ne fait point exception à cette réserve du poëte. Ge rôle délicieux, digne de Térence, et bien supérieur à ce que Molière y a substitué, charme par l'expression d'une tendresse grave et pudique. C'est le type de la matrone romaine, telle que l'avaient connue les beaux siècles de la république, telle que pouvaient la montrer encore quelques nobles modèles; c'est comme l'expiation de tant d'autres rôles qui n'ont rien d'aimable, mais aussi rien de déshonnêle.

La vertu des femmes et des filles de condition libre ainsi mise hors de cause, reste, pour sujet à peu près unique de cette comédie domestique, le commerce des coui tisanes. Elle en développe les funestes suites : l'éloignement réciproque du mari et de la femme; la discorde entre le père et le fils ; quelquefois, ce qui est pis, entre ces dernier>, une odieuse rivalité, une plus odieuse communauté ; le relâchement des liens les plus forts de la famille, de l'affection, du respect ; la négligence des devdirs sérieux de la vie; la dissipation de la fortune; enfin, et surtout, l'abaissement du caractère d'homme libre ; car les nécessités, les embarras d'un tel commerce réduisent à réclamer de honteux services V delà part d'hommes méprisables, agents empressés, entremetteurs complaisants du vice, les parasites et surtout les esclaves. ^^

Ce sont encore là deux classes d'acteurs qui remplissent les pièces dePîauteet on voit ce qui lesy amène le plus ordinairement: c'est la dépendance ignominieuse dans laquelle le vice place à leur égard leurs patrons et leurs maîtres. On comprend aussi comment un sentiment juste du théâtre qu'il étudiait a porté M. Meyer à en faire le sujet des deux chapitres spéciaux qu'il a donnés pour pendants à son cha,pitre des femmes.

Là sont rappelées, analysées, des scènes où Plaute a peint avec son ordinaire énergie l'oppression de l'esclave, et la revanche qu il en sait prendre, en flattant les mauvais pen-

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