‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 36 sur 513 · Les trois Règnes, Discours préliminaire · texte numérisé non relu

Les trois Règnes, Discours préliminaire

encore, de l'autre présentant déjà au grand jour ses yeux pleins de feu et le visage auguste du roi des animaux. » Ainsi donc, après tout ce qu'avait fait Lucrèce pour l'avancement de la poésie latine, elle avait encore à acquérir la correction, Ja pureté, la précision absolues, continues de la forme. Ce dernier progrès, elle le dut, dans le même temps, à un poète de nature bien différente.

Lucrèce , occupé de graves spéculations, où l'ensemble des choses est compris, '\pplique constamment toutes les forces de son esprit à les traduire dans une œuvre aux vastes proportions, à l'imposante ordonnance, dont la grandeur réponde à celle de son sujet.

Catulle dépense au jour le jour son talent poétique en petites compositions de toutes sortes, folâtrer, tendres, sérieuses quelquefois, où se réfléchissent, comme dans un miroir changeant, les accidents, les passions d'une vie de plaisir, d'amour et d'étude.

Lucrèce, dans le mouvement impétueux d'inspiration et philosophique et poétique qui l'emporte, rencontre bien souvent le beau absolu, mais sans y persister, revenant à tout moment aux néghgences, aux formes prolixes et rudes de l'ancienne poésie.

Catulle a le sentiment de la perfection nécessaire aux œuvres de l'art; il la cherche, il la poursuit, il s'impose quelquefois, tout paresseux qu'il est, l'effoit continu nécessaire pour l'atteindre. Sa paresse ne lui interdit que les grands sujets, les longs ouvrages, qui lui font peur, comme à La Fontaine ; elle lui permet, dans des productions le plus souvent légères et de peu d'étendue, un travail patient, curieux, qui fera de ses moindres caprices, selon sa belle expression, des monuments.

Il parlait, il est vrai, d'un autre, mais non sans retour r lui-même, lorsqu'il disait au poète Cinna :

Parva mei mihi sunt magni monumenta...* jLes petits monuments de mon ami j'en fais grand cas,

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