‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 37 sur 513 · Car m., XCV · texte numérisé non relu

Car m., XCV

sur

Horace, vous vous* en souvenez, traitait ses ouvrages de bagatelles ; mais il s'y mettait tout entier :

Nescio quid meditans nugarum, totus in illis ».

et puis venait le jour où, avec la conscience de leur beauté achevée, de leur durée future, il y voyait des monuments plus durables que Tairain :

Exegi monumentum aere perennius *.

Ainsi, avant Horace, avait fait Catulle. Écoutez en quels termes, mêlés d'humilité et de quelque orgueil, il dédie son recueil à Cornélius Népos :

A qui offrir ce joli petit livre, tout nouveau, tout frais poli par la pierre-ponce ? A toi, Cornélius, qui faisais profession de regarder comme quelque chose mes bagatelles, alors même aue seul en Italie tu osais développer toute la suite des agcs dans trois ouvrages bien doctes, par Jupiter! et de grand labeur. Accepte donc mon petit livre, si peu qui] vaille, et puisse la Vierge ma patronne (Minerve) le faire durer plus d'un siècle !

Quoi dono lepidum novum libellum, Arida modo pumice expolitum?

Corneli, tibi : namque tu solebas Meas esse aliquid putare nugas, Jam tum, quum ausus es unus Italorum Omne aevum tribus expUcare chartis, Doctis, Juppiter ! et laboriosis.

Quare habe tibi, quidquid hoc libelli est, Qualecumque : quod, ô patrona Virgo, Plus uno maneat perenne seclo !

Ces orgueilleux témoignages, permis aux poètes qui sentent leur force et la valeur de leurs œuvres, mais à ceux-là seulement, Catulle ne se les épargne pas. Il compte sur ses vers pour immortaliser le nom de Manlius.

Je ne puis taire, ô Muses, en quelle circonstance et par 1. Sat., I, VIII, 2.-2. OJ., m, XXX, 1.

quels bons offices Manlius m'est venu en aide. Je ne veux pas aue les siècles 1 oub lent, que le temps qui s'enfuit l'ensevelisse ^ans ses ténèbres. Je vous le dirai donc; répétez-le à la foule des hommes : faites que toujours leur en parle cette pa^e Nieil- \'^ • q^,!' so^t' ?P^ès sa mort, connu de jour en jouFdavan-

l^^':,^''^^rVr^' "? '^"^'^ P^^^t ^e sa toile légère le ncm abandonné de Manlius ! ^

Non possum reticere, deae, qua Manlius in re

Juverit, aut quantis juverit offîciis- Ne fugiens seclis obliviscentibus œtas

Illius hoc casca nocle tegat studium.

Sed dicam vobis; vos poro dicite multis

Milhbus etfacite haec charta loquatur mus.

Notescatque magis mortuus,*atque ma-is* Ne tenuem texens sublimis aranea telam Deserto in Manli nomine opus faciat '.

^ Ailleurs c'est un ennemi, Gallus, dont ses vers immortaliseront l'mfaraie : lous les sie les le connaîtront; ce qu'il est, la renommée vieillissante ne cessera de le dire :

Te omnia saecla Noscent et qui sis fama loauetur anus*.

Un de nos grands poètes, celui qui après la brillante anarchie du seizième siècle est venu à la fin réparer la langue et régler souverainement l'art des vers, a osé dire plein de confiance dans la solidité inaltérable que son talent, aidé d'un travail opiniâtre, donnait à ses vers :

Ce que Malherbe écrit dure éternellement.

Catulle, que caractérisent surtout la facilité et la grâce est assurément peu semblable au sévère Malherbe; toutefois, dans une situation à peu près pareille, puisqu'il préparait, lui aussi, qu'il ouvrait, par des œuvres d'une perfection encore inconnue à Rome, une ère poétique nouvelle il s'est cru en droit, et l'était en effet, de tenir, vous venez de entendre, le même langage. Ses exemples consommèrent la révolution littéraire dont je cherche à esquisser l'histoire.

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