‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 363 sur 513 · Voyez plus haut, p. I, 104 et suivantes · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, p. I, 104 et suivantes

4 Noct. attic. IV, 20. Cf. G. J. Voss. Etymolog. ling. lat. v. Sto : « A standoquiaservus adstat domino; quemadmodum stator dicxim. »

CÉCILIUS

dans les tableaux desquels sont si peu ménagés les misères et même les vices des esclaves, vinssent précisément de l'esclavage! Ce n'était pas au reste une situation peu favorable à l'observation que celle qui les avait placés, témoins curieux, pénétrants, et naturellement quelque peu hostiles, dans l'intérieur même de cette société domestique, sujet de la comédie des anciens.

Venu donc, comme esclave, de la Gaule cisalpine, et peut-être de Milan, où on le fait naître*, à Rome, sa nouvelle patrie, on peut croire qu'il y reçut du maître par qui il fut affranchi ce nom de Cécilius qu'il a tant illustré.

C'est à Rome qu'il mourut et qu'il fut inhumé, près du Janicule, en 586*. Contemporain d'Ennius et de Plaute', il survécut au premier d'une année, et au second de seize.

Térence pouvait avoir alors vingt-cinq ans et était déjà l'auteur, mais l'auteur inconnu, dédaigné de VAndrienne. On raconte* que les édiles, auxquels fut d'abord présentée cette belle œuvre, n'ayant pas osé l'accepter d'un débutant qu'elle n'eût préalablement obtenu l'approbation de Cécilius, investi alors, à ce qu'il semble, d'une sorte de juridiction littéraire sur les ouvrages dramatiques, comme vers ce même temps Luscius de Lanuvium^, comme un siècle après Mécius Tarpa®, Térence^ dans un assez pauvre équipage, et avec un plus pauvre maintien, se rendit chez son censeur à l'heure du souper. C'eût été mal prendre son temps chez tout autre que le bon Cécilius. Modestement assis sur un escabeau, près delà table, Térence, d'une voix mal assurée, commença sa lecture, qu'interrompit presque aussitôt Cécilius charmé, pour faire partager son repas à un tel poète, en qui il reconnaissait, avec une noble joie, un digne émule, un prochain successeur. Puis la lecture

1. Euseb. Chron. — 2. Ibid. — 3. A. Gell. Soct. attic. XVII, 21. 4. Suétone ou Donat, Vit. Terent. — 5. Terent. ^W7i«c/i. prolog. 19:

Quam nunc acturi sumus Menandri F.unuchum postquam aediles emerunt, Perfecit, sibi ut inspiciundi esset copia....

6. Cic. Epist. ad famil. VII, i : « Nobis.... erant ea perpetienda, quae scilicet Sp. Maecius probavisset. » Cf. Hor. Sat. I , x, 38; De arte poet. 387.

fut reprise et s'acheva au milieu des constants témoignages d'admiration de Gécilius, de plus en plus gagné à la pièce et à son auteur. U Andrienne toutefois ne parut que deux ans après la mort de Gécilius, en 588. D'autres belles œuvres ont ailleurs attendu leur jour tout aussi longtemps, et je ne vois pas dans ce retard une raison suffisante de contester, comme on Ta fait, une anecdote à laquelle on ne renoncerait pas sans peine, tant elle honore, non-seulement le goût et le caractère de Gécilius, mais les lettres ellesmêmes. Et puis, ne faudrait-il pas, en même temps, renoncer aux vers où l'a si agréablement reproduite Andrieux, lorsque, dans une réponse charmante à une charmante épître de Ducis, il s'en est servi comme d'un emblème pour exprimer les doux rapports d'affectueuse estime qui unissaient notre vieux poète tragique à d'aimables représentants des nouvelles générations littéraires ?

Cécile avait cent fois aux Romains enchantés

Fait applaudir ses vers au théâtre chantés;

Aux muses consacrant sa longue et noble vie,

Il avait regardé les trésors sans envie ;

Des honneurs et des rangs il ne fut point tenté;

Mais sage, libre, heureux, il vivait respecté.

Il vint un des premiers polir un dur langage,

Et de Rome adoucir la rudesse sauvage.

Car tu sais (au collège Horace nous l'apprit)

Que, lon^^temps insensible aux plaisirs de l'esprit,

Ce peup e usurpateur, altier, ami des armes,

De la victoire seule idolâtrait les charmes;

Et ce ne fut qu'au temps oij son pouvoir fatal

Eut enfin renversé la cité d'Annibal,

Qu'il fit des doctes Grecs la connaissance utile,

S'informa de Thespis, de Sophocle et d'Eschyle;

Un rapide succès couronna ses travaux,

Et ses maîtres chez iui trouvèrent des rivaux

Déjà ce nouveau jour qui commençait à luire

Répandait le désir et le soin de s'mstruire.

Des plus nobles maisons les jeunes héritiers

Associaient l'étude à leurs travaux guerriers.

Scipion, Lélius, couple d'amis fidèles,

De valeur, de bon goût émules et modèles,

A Thalie en secret offraient un grain d'encens;

La muse leiir jeta des regards caressants ;

GÉCILIUS. 263

Ces deux jeunes héros goûtaient notre Cécile,

Venaient le visiter dans son modeste asile ,

Confidents de ses vers encor sur le métier,

Et sous un si zrand maître heureux d'étudier.

Il aimait à tracer de tendres caractères,

La piété des fils, les droits sacrés des pères,

A peindre le méchant de remords combattu,

A foudroyer le vic3, à venger la vertu.

Quittait-il le travail, simple, naïf, aimable,-

Le front toujours ouvert, l'humeur toujours affable,

Oubliant ses" lauriers et sa gloire d'auteur,

Cécile était bonhomme et s'en faisait honneur.

Ces vers, agréable avant-scène du petit drame oi^i natre ingénieux conteur et poète comique a fait parler avec tant de vraisemblance et d'agrément ses deux antiques prédécesseurs, sont encorç, par un résumé, emprunté surtout à HoraceS de ce que nous avons plus d'une fois exposé, des commencements de la poésie latine , un piquant chapitre d'histoire littéraire.

Un jour un inconnu pour le voir se présente,

Tout jeune, et n'ayant pas l'apparence imposante:

Ses cheveux noirs, laineux, et son teint basané,

Sous le ciel africain attestent qu'il est né;

Modestement vêtu, Tair encor plus modeste.

Une grâce timide accompagne son geste;

Dans ses yeux renfoncés on voit briller l'esprit;

Sons les plis de sa toge un épais manuscrit

Le fait pour un auteur aisément rcLoniiaître.

Vieilli dans la maison, confident de son maître,

L'affranchi de Cécile introduit l'étranger.

Qui bégaye une excuse et craint de déranger.

D'un regard paternel Cécile l'encourage :

« Voilà comme j'étais, lui dit-il, à votre âge,

« Lorsqu'au vieux Livius j'allai me présenter;

fl II me reçut fort bien, et j'aime à l'imiter.

« Que voulez-vous de moi ? Quel sujet vous amène ? »

Le chapitre se complète ici par cette mention du fondateur de la poésie et du théâtre de Rome, Livius Andronicus, et la supposition heureuse que Gécilius en a été accueilli comme il va lui-même accueillir Térence.

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