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ANCIENNE COMÉDIE LATINE

POETES DIVERS

auteur de comédies, sans Volcalius Sédipitus, qui dans son catalogue poétique on plutôt métrique des meilleurs comiques latins* lui donne la quatrième place, et le fait ainsi passer avant Térence, nommé seulement le sixième : jugement fort bizarre, pour nous du moins, d'une autorité qui nous paraît fort suspecte, et sans autre valeur que celle du goût individuel d'un critique demeuré fort obscur, bien que Pline l'Ancien l'ait magnifiquement qualiné (ïillustris in poetica '.

Aulu-Gelle, Festus et quelques autres nous ont conservé de Licinius des vers sans grande valeur. Il y en a pourtant d*assez remarquables, d'une comédie intitulée Neœra^ où un militaire fanfaron, très-probablement, qui comme ceux de Plante et de Térence se compare modestement à Mars, appelle sa femme ou sa maîtresse du nom que les anciens Romains donnaient à l'épouse du dieu de la guerre, et dont l'auteur des Nuits attiques, dans un chapitre curieux', explique l'origine sabine :

Je ne veux pas qu'on t'appelle Néère, mais bien Nériène, puisque c'est de Mars que tu es devenue la femme.

Nolo ego Neaeram te vocent, set Nerienem, Cum quidem Mavorti es in conubium data*.

C*est précisément le langage que fait tenir Plante à son Stratophane :

Mars arrivant des pays lointains salue Nériène son épouse.

Mars peregre adveniens salutat Nerienem uxorem suam *.

Chez un vieil historien latin, également cité dans Aulu- Gelle, cette Nériène est invoquée, à peu près sous ce même nom, par Hersilie, lorsque, à la tête des Sabines ses compa-

1. A. Gell. Noct. attic. XV, 24 ; cf. III, 3. Aulu-Gelle l'y nomme avec d'autres auteurs de recensions semblables yElius, Claudius, Aurelius, Attius, Manilius. Sur les ouvrages didactiques d'Attius qui seront allègues plus loin d'après le môme Aulu-Gelle, voyez p. 165, 166 de ce volumfî.

2. //tsf. naMI,43.— 3. Noct. attic. XIII, 22.-4. O.Ribbeck, p. 29. 5. Trucul. Il, VI, 34; trad. de M. Naudet.

gnes, elle vient se jeter, comme dans le tableau de David, entre Romulus et Tatius : Neria Martis te obsecro pacem dare. Plus tard ce n'était plus par cette Vénus sabine, mais par la Vénus grecque, que Lucrèce, qui se souvenait peut-être des Annales de Gn. Gellius, faisait demander la paix pour les Romains.

Faut-il compter parmi les poètes comiques, contemporains de Plante, ce Plautius dont, selon Varron*, quelques comédies, quoniam fabulœ Plautî inscribertntur, furent attribuées à l'auteur d'Amphitryon, cum essent non a Piaula Plautinx, sed a Plaulio Plautianx? Faut-il y comprendre M. Aquilius, à qui Atiius, cité par le même Varron ^, attribuait également plusieurs comédies qu*il retirait à Plaute, Geihini lenones, Bis compressa. Anus, Condalium, ^'VYpotxo;, Commorientes^, ^œo^ia? Pour cette dernière, Varron n'hésitait pas à contredire Atiius, tant elle lui paraissait empreinte de la manière de Plaute. D'après ce critérium un peu douteux, il la lui restituait, et rajoutait aux vingt et une pièces dont il le croyait incontestablement l'auteur, et qu'on a nommées pour cela Varroniennes,

On peut se permettre de donner tort à Varron malgré l'approbation d' Aulu-Gelle, d'après les fragments qu'Aulu- Gelle et Varron lui-même nous ont conservés de cette, pièce. Entrons dans quelques détails.

Il fut un temps à Rome, Pline l'Ancien nous l'a conté *, où le calcul des heures ne se faisait pas d'une manière très-rigoureuse. Les lois des Douze Tables ne distinguaient que celles du lever et du coucher du soleil, et il s'écoula des années avant qu'on eût ajouté à cette première division de la journée l'heure de midi, proclamée par l'appa-

1. Dans son livre De Comœdiis Plaiitinis cité par Aulu-Gelle, Noct. attic. III, 3. — 2. Aulu-Gelle ibid. Cf. Varron De Ling. lat. V, 3.

3. Plaute avait cependant composé une comédie ainsi intitulés. Nous le savons par ces vers de Térence :

Synnpothnescontçs Diphili comœdia 'st:

Eam Commorientes Plautus fecit fabulam, {Adelph. Prolog. 6.)

. 4. Ilist. nat. VII, 60.

ANCIENNE COMÉDIE LATINE

riteur du consul {accensus, d'accire selon Varron), lorsqu'il voyait du Sénat, de la Curia^ le soleil paraître entre les Rostres et la Grœcostasis. Or dans un fragment de la Bœotia, cité par Varron*, il est question de cet ignorant usage, transporté dans la savante Grèce par une sorte de mensonge fort ordinaire à la fabula palliata :

Ubi primum accensus claraarat meridiem.

Du temps de Plaute cependant, ou d*Aquilius, Rome connaissait le cadran solaire; mais il n'y avait pas bien longtemps. Gela résulte et du témoignage de l'antique barbarie romaine, qui vient d'être rappelé, et d'un autre passaga encore où l'invention, l'importation nouvelle est fort plaisamment attaquée par un parasite, ennemi du progrès, qui en badine avec un esprit, une élégance dont on doit peut-être faire honneur à Aquilius, mais qu'on serait tenté, comme Varron, de reporter à Plaute. Voici à peu près ce qu'il dit, sauf les calembours qui ne peuvent se traduire :

Que maudit soit le premier qui trouva iC calcul des heures et nous apporta ce cadran pour mettre en pièces toute ma pauvre journée. Autrefois, dai:s notre enfance, noire estomac, c'était notre cadran, meilleur que tous ceux-là, le meilleur possible, le plus exact à nous apprendre l'heure de se mettre à table, pourvu qu'il y tû* à manger. Qu'il y ait à manger aujourd'hui, on n'y touchera point, avant qu'il ne plaise au soleil. Aussi la ville est-elle si pleine de cadrans, qu'on n'y voit plus que gens qui se triilnent affamés, desséchés.

Ut illum di perdant, primus qui horas repperit, Quique adeo primus statuit hic solarium. Qui mihi comminuit misero articulatim diem. Nam olim, me puero, venter erat solarium, Multo omnium istorum optumum et verissumura : Ubi ubi monebat esse, nid quom nil erat. Nunc etiam quom est, non estur, nisi soli lubet. Itaque adeo jam oppletum oppidum 'st soiariis, Major pars populi ut aridi reptent famé.

Maintenant donnons une date à cette déclamation rétrograde; cela nous conduira peut-être à savoir qui Ta écrite

1. De Ling. îat. V, 3. 0. Ribbeck, p. 27, Fragments dWquilius.

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de Plaute ou d'Aquilius. Selon une opinion mentionnée par Pline l'Ancien, c'était l'an 461 de Rome environ, quelque temps avant la guerre de Pyrrhus, que Papirius Cursor, en accomplissement d'un vœu fait par son père, avait établi près du temple de Quirinus le premier cadran solaire. Selon le sentiment de Varron, que Pline rappelle aussi, c'était plus tard, au temps de la première guerre punique, en 49 i, par les soins du consul M. Valérius Messala, et dans un autre lieu, près des Rostres, qu'avait été installé pour la première fois ce monument d'une science étrangère. Le cadran de Valérius Messala, rapporté de Sicile, et calculé pour une autre latitude, n'indiquait pas fort exactement les heures. Cependant on s'en contenta pendant quatre-vingt-dix-neuf ans, jusqu'en l'année 590, où le censeur Q. Marius Philippus en procura un plus exact. Il y avait encore un progrès à accomplir: on pouvait désirer savoir l'heure même quand il faisait mauvais temps et qu'il n'y avait pas soleil. Ce besoin fut compris cinq ans plus tard, en 595, par Scipion Nasica, qui donna à sa patrie la clepsydre. De ces détails on peut conclure que Plaute, mort en 570, n'avait point assisté au triomphe définitif des cadrans solaires célébré dans la Bœotiay que cette pièce ne doit pas être placée avant l'année 590, et que l'on se trouve ainsi libre de la donner à Aquilius, dont la vie ignorée n'offre aucune date précise et qu'il est loisible de faire vieillir autant qu'on veut.

Je dois dire qu'un critique célèbre de notre temps, dont la science et la sagacité se sont appliquées avec éclat au théâtre de Plaute et aux questions qui s'y rapportent, M. Ritschl*, dans une intéressante dissertation sur les fabulœ Varronianœ, sur les pièces qui ont pu être ainsi désignées et sur celles qu'on leur pourrait adjoindre, a compris parmi ces dernières la Bœotia, comme avait fait Varron, mais non en considération de ces vers sur les cadrans qu'on peut objecter à Varron, et qui n'ont pas laissé de décider l'adhésion d'Aulu-Gelle. Ces vers, il sup-

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