‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 377 sur 513 · Vers .5 et suiv · texte numérisé non relu

Vers .5 et suiv

2. Trad. de M. Naudet. Voir, sur quelques détails de ce passape, V. 10, 14-15, 19, ses notes. *- e »

POETES DIVERS. . 287

Quam vos probastis, qui estis in senioribus : Mam juniorum qui sunt, non gnorunt, scio. Verum ut cognoscant, dibimus operam sedulo. Hœc quum primum acta 'st, vicit omnes fabulas. Ea tempeslate flos poetarum fuit, Qui nunc abierunt hinc in communem locum.

Au nombre des poètes malencontreux qui faisaient regretter Plante et le ramenaient sur la scène, on est tenté décompter Luscius de Lanuvium, contemporain de Térence, mais son aîné de beaucoup, son envieux, son détracteur, qui s'intrigua même avec succès pour se faire nommer son censeur officiel; toutes choses dont témoigne Térence lui-même dans ces préfaces chagrines, qu'on appelait ses prologues'. S'affliger des succès d'un jeune rival a été de tout temps un tort ou un malheur assez commun, même chez de meilleurs poètes, chez- des poètes de génie, qui eussent mérité de rester tout à fait étrangers au sentiment de la jalousie. Corneille n'endura point assez patiemment les succès de Racine, et celui-ci de son côté, dans la première préface de son Britannicus, depuis judicieusement supprimée, s'oublia jusqu'à se défdndre par une allusion irrévérente aux vers de Térence contre le vieux et méchant poète de Lanuvium.

Luscius, dont Térence semble avoir conservé l'expression, assez bizarre, contaminare fabulas grœcas, lui reprochait entre autres choses, bien mal à propos, d'avoir mêlé dans ses ouvrages plusieurs modèles : éclectisme ingénieux dont on a depuis loué l'artifice et chez Térence et chez Attius, et qui dans une littérature d'imitation, comme l'étaiv la littérature latine, marquait un progrès vers des conceptions plus originales.

Le censeur de Térence, qui lui eût sans doute pardonné, d'après les principes du droit commun littéraire alors reçus, de piller les Grecs, s'il l'eût fait comme lui-même ingénument dans de serviles et plates copies, l'accusait de plus d'un emprunt illégal aux comiques latins ses prédécesseurs.

\. Àndr. prol. 6 siq.; Eunuch. prolog. 1 sqq.; Ileaut. 16 sqq. ; Adelpk. 1 sqq.; Phorm, 1 sqq. *- ° i^ ' h^ ,

ANCIENNE COMÉDIE LATINE

Térence se défendait en disant qu'il n'avait pas connu leurs ouvrages », qu'il s'était seulement reucontré avec eux dans limitation des mêmes originaux. Gela pouvait être vrai dans un temps de publicité littéraire fort restreinte où les productions du théâtre n'en recevaient guère d'autre que celle de la représentation , ne se conservaient que dans de rares exemplaires aux mains des chefs de troupe, des comédiens, tout au plus de quelques amateurs curieux; où il n y avait pas encore de grammairiens qui en dressassent des catalogues, qui en formassent des recueils, point de bibliothèques qui en conservassent le dépôt. Quant à ce^ illustres collaborateurs que la malveillance de Luscius pretau à Térence, la vanité de Téreuce les acceptait assez volontiers, dans des vers où, sans s'expliquer sur la part qui pouvait leur appartenir dans ses œuvres, il se glorifiait de leur amitié. Luscius, on le voit, soutenait assez sottement le sot rôle qu'il avait pris, et il s'en tirait moins heureusement encore quand il en venait à des critiques plus httéraues, mais non plus fondées, qui provoquaient des récriminations trop légitimes et peut être trop faciles. Ce n'est pas que Térence, de son côté, le reprenne pour des défauts bien graves, et qui lui soient tout à fait personnels. Si Luscius n avait pas fait pis, et on doit le croire, car la colère d un poète offensé ne lui en eût pas fait grâce, il pouvait lort bien n'être pas si complètement méprisable qu'il convenait à Térence de le dire. Volcatius Sédigitus l'a pensé puisqu'il lui a donné le neuvième rang que nous ne sommes pas a même et que nous n'aurons pas la dureté de lui contester.

^ Nous lui devons d'ailleurs quelque reconnaissance. S'il n eut pas donné lieu à Térence de se moquer de ses comé-

*• Eas se hic non negat

Personas transtulisse in Eunu- hum suam Ex graeca ; sed eas fabulas factas prius Latinas scisse sese, id vero pernegat.

{Eunuch. prolog. 31.)

En place de fabulas, qui a fourni matière, dans rinterDrét^ tion d^ro passage, a plus d'une difficulté, M. Ritschl {PareVa mu^^ que) propose de lire ab aliis. \rurerg. i laut. lerent.

POÈTES DIVERS

dies, Donat n'eût pas eu occasion de nous apprendre le sujet et le plan de deux pièces de Ménmdre fort judicieusement choisies par Luscius pour objet de son imitation mais probablement fort mal imitées. '

Qui bene vertendo et easdem scribendo maie, ex Graecis bonis latinas fecit non bonas K

La première s'appelait Phasma, V Apparition, titre sous lequel on a quelquefois désigné la Mostellaria de Plaute et que donne Juvénal à un ouvrage du mimographe Gatulius L invention en était assez agréable, autant qu'on en peut juger par 1 argument de Donat. Certaine femme mariée à un vieillard, père, assez illégitimement sans doute, d'un fils déjà grand, rend de clandestines visites à une jeune fille qu elle a eue elle-même d'un voisin et qui habite tout près d elle chez ce voisin. Une communication secrète a été ménagee entre les deux maisons; c est par là qu'elle va trouver sa hlle, tandis qu on la croit pieusement retirée au fond de son appartement dans une sorte d'oratoire, où son mari (les maris ont eu de tout temps de ces attentions délicates) ne juge pas bienséant d'aller troubler sa dévotion. Son beaubis est moms discret, ou plus curieux : il pénètre un beau jour dans e sanctuaire et reste stupéfait à l'apparition inattendue de la divinité qu'il reconnaît, en s'approchant , n être qu une simple mais fort aimable mortelle ,^il en devient amoureux, on le devine, et s'unit bientôt à elle par un mariage qui donnant aux deux enfants autant que possible les mêmes parents, répare et consacre d'anciennes tohes, de vieux péchés, comme dirait notre comédie

L'autre pièce du poète grec que nous avons à Luscius fort indirectement il est vrai, l'obligation de connaître en quelque chose, s appelait le Trésor. Un père mourant a recommandé à son fils de venir au bout de dix ans lui offrir un sacrifice funèbre dans un vaste tombeau qu'il s'est fait construire à grands frais. Le fils se souvient de celte recommandation, bien qu'il ait oublié toutes les autres, dis-

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