Dixain
Si pour se plaindre et pour larmes jetter, On pouvoit rompre un malheur survenu, Les pleurs devroyent au poids d'or s'achetter...
3. Stob. Serm. CVI. Voyez A. Meineke, Menandri et Philemonis re- Ixquiœ, p. 380.
4. Voyez sur cette anecdote Bayle, Dict. art. Trabea; Ménage, Anti- Baillet, part, i, g 83, etc. ^ '
ANCIENNE COMÉDIE LATINE
On ne sait d'après quelles autorités Vossius* a fait de bextus Turpilius un contemporain de Térence, où Grinitus» et Gronovius» ont trouvé qu'il était lié avec ce poëte et que ses pièces avaient été quelquefois représentées danj les mêmes jeux. Il lui aurait, en ce cas, survécu longtemps, car la chronique d'Eusèbe le fait mourir, très-vieux, il es! vrai, à Syracuse, la troisième année de la CLXix* olympiade, c'est-à-dire Fan 653 de Rome. Au reste, et nous pouvons en juger un peu mieux que de Trabea car il nous reste de lui des fragments assez nombreux', sinon très-considérables, il appartient tout à fait à l'école de Terence ; il est, comme lui, imitateur délicat de la Moyenne et de la Nouvelle comédie grecque, et, comme lui. Il proclame son imitation dans les titres mêmes de ses treize pièces, qui la plupart sont grecs*. On peut refaire avec ses fragments une sorte de comédie de Térence. Rien n y manque : fils prodigues et libertins, ou simplement amoureux; pères avares et durs, ou simplement sévères* serviteurs qui se ménagent de leur mieux entre les passions de la jeunesse et la morale de l'âge mûr, par qui leurs services sont à la fois réclamés, exposés à être battu« des deux côtés, ou comme confidents maladroits ou comme pédagogués négligents, mais se défendant, se vengeant par une gaieté dont l'insolence n'épargne personne, par les ruses dun génie inventif qui se joue habilement au milieu des embarras domestiques et finit toujours par les faire tourner à son profit; courtisanes attrayantes, artificieuses, intéressees, dont la chaîne flétrit et pèse, et cependant ne peut se rompre ; industriels honteux, qui trafiquent effrontément des vices d autrui : en un mot, l'esclavage et la prostitution, ce triste fond des mœurs antiques crûment er gaiement accusé; le tout dans un langage élégant et délicat fréquemment relevé par des maximes d'un grand sens.
1. De poet. latinis. — 2. De poet. latinis. 3. In. A. Gell. Noct. attic. XV, 24.
Canephorus^ Demetrtus, Demiurgus, Epiderus, Helœra, Lemniœ, Lcw cadia, Lmdia, Pœdium, Paraterusa, l'hilopator, Thrasyleon
TURPILIUS.
voilà ce que présentent un grand nombre de textes qui, en faisant connaître Turpilius, résument Térence et toute la fabula palliata. Rapportons-en quelques-uns :
Turpilius avait imité, entre autres pièces de Ménandre, ^diLeucadienne, Quelques vers du poète grec, conservés par Strabon*, nous apprennent qu'on y rappelait comment Sapho, cherchant un remède à sa passion sans espoir pour Phaon, s'était, la première, précipitée du rocher de Leucade dans les flots. On y rappelait aussi, nous le savons par une note de Servius^, que Phaon, sans doute en expiation de la mort de Sapho qu'il avait causée, avait élevé sur le rocher de Leucade ce temple d'Apollon que le héros de Virgile, dans son long voyage en quête de l'Italie, y aperçoit par avance :
Mox et Leucatae nimbosa cacumina mentis Etformidatus nantis aperitur Apollo *.
L'anachronisme de Virrile nous est rendu sensible par un fragment de son vieux prédécesseur Turpilius, duquel on peut conclure en outre que dans la Leucadienne il s'agissait d'une de ces épreuves dangereuses dont Sapho avait donné l'exemple :
Malheureuse ! tout ici m'effraye , la mer et ses rochers , le bruit des flots, la sainteté de ce lieu solitaire consacré à Apollon.
Miseram terrent me omnia, Maris scopuli, sonitus , solitudo, sanctitudo Apollinis *.
Dans cette pièce que M. Ribbeck a restituée d'après le sens probable des fragments et les souvenirs de l'antiquité', avec assez de vraisemblance, à cela près, selon moi, qu'il y fait figurer Phaon lui-même, l'expression de la passion amoureuse, de ses tourments, de ses transports, de ses folies, occupait, les fragments l'établissent, beaucoup de
1. L. X. — 2. In ^neid. HT, 279. — 3- jEneid. lU, 274. 4. Leucad, fragm.XI. Non. v. Sanctitudo, 0. Ribbeck, p. 85. h. Servius, passage cité. Cf. Lucian. Dialog. mort, ix; ^lian. Va 'hist. XII, 18.
ANCIENNE COMÉDIE LATINE
place. Un amant, par exemple, y extravap^uaità la façon de ceux de Térence dans une scène que Gicëron a ainsi analysée et commentée. Ne séparons pas le texte de ce commentaire cil la censure du j ersonnage est un éloge indirect du poète.
Un amour qui ne s'éloigne pas, ou s'éloigne peu de la folie, on le peut voir dans la Leuca Henné:
a S'il est quelque Dieu qui s'intéresse à moi. »
.... Si quidem sitquisquam deus Cui ego sim curœ.
C'était apparemment l'affaire de tous les dieux, de pourvoir à la satisfaction de ses désirs amoureux.
« Que je suis malheureux! »
Heu me infelicem !
Rien do plus vrai; aussi lui dit-on, fort bien:
« Es-tu dans ton bon sens, quand tu te lamentes ainsi? »
Sanus ne es qui temere lamentare?
C'est un fou même aux yeux des siens. Mais sur quel ton tragique il le prend :
« Apollon, dieu saint, secours-moi; toi aussi, tout-puissant Neptune, je t'invoque, et vous, Vents. »
Te, Apollo sancte, fer opem; teque omnipotens Neptune, invoco. Vosque adeo , venti.
Tout l'univers, pense-t-il, va s'ébranler, pour venir en aide à son amour. Il n'excepte que Vénus, comme son ennemie:
« Car pourquoi t'implorerais-je, Vénus ? »
Nam quid ego te appellem, Venus?
Elle n'a souci, dit-il, que de sa propre passion, comme si luimême ce n'était pas sa passion qui lui fit faire et dire tant de sottises*.
Cette citationde Gice'ron n'est pas loin * d'une autre qu'il
1. Leucad. fragm. XII. Cic. Ttiscul. IV, 34. 0. Ribbeck, p. 85, 86.