Carm., LI, 13-16. —2. IbiJ., WU
LUCRECE ET CATJLLE.
passionné de la perfection poétique, à la composition laborieuse de ces vers d'un tour si facile qu'il appelle des bagatelles, et que cependant il destine à l'avenir, auxquels il ne craint pas de promettre l'immortalité. Vous vous souvenez en quels termes, dans une pièce que j'ai plus d'une fois citée *, et que vous avez lue souvent sans doute, Catulle dédie son petit recueil de vers à l'un de ses amis, à l'historien Cornélius Népos. Quel agréable mélange de modestie et de juste orgueil ! Cette pièce charmante renferme le secret de la passion de Catulle pour une perfection poétique k laquelle il est arrivé, moins pcui-être que Virgile et qu'Horace, mais un peu avant eux.
La même passion littéraire, avec un caractère plus grave, car elle s'unissait à la passion philosophique, a rempli toute la vie de Lucrèce. Lucrèce est un épicurien conséquent, ce que n'étaient pas tous les épicuriens de son temps : ce que n'était pas Cassius, l'ami et le second de Brutus; ce que n'était pas Hirlius Pansa, qui périt sous les murs de Modène en combattant contre Antoine. En épicurien conséquent, Lucrèce fuit les engagements dangereux de la vie politique; il s*est retranché dans le repos, dans la sécurité d'une condition privée, et là, comme dans une sorte d'asile, il s'est donné pour unique occupation de sa vie la contemplation de la nature, l'érection d'un grand monument poétique destiné à consacrer la vérité des choses, ce qui du moins lui semble être la vérité. Ce grand monument, il veut l'ériger à la fois et pour la gloire de Rome et pour le bien de l'humanité. C'est de lui-même qu'il parle, c'est son temps qu'il décrit, c'est sa propre sécurité au sein du trouble universel qu'il célèbre dans ce passage fameux qu'on cite sans cesse, qu'on ne peut trop citer, dans ce passage où il représente sur les sommets élevés et sereins qu'habite la sagesse, le sage épicurien,, qui contemple, de son observatoire philosophique, ies erreurs des hommes fourvoyés dans toutes les routes de la vie, luttant de génie, contestant de noblesse, s' épuisant en-