De Sat. rer., IJ, 7-lG. — 2. Ihid., V
toutefois Tattrait de ta vertu, la douceur espérée de contenter une amitié si chère m'engagent à surmonter to .tes les fatigues, à veiller sans relâche durant les nuits sereines, cherchant par quelles paroles et dans quels vers je pourrai faire luire à ton esprit une lumière qui éclaire pour lui les plus profonds secrets de la nature.
Sed tua me virtus tamen, et sperata voluptas Suavis amicitiae, quemvis perferre laborem Suadet, et inducit noctes vigilare serenas Quœrentem dictis quibus et quo carminé demum Clara tuae possim piaepandere lumina menti, Res quibus occultas penitus convisere possis».
Ce sont là des vers admirables et en même temps bien caractéristiques; ils expriment à la fois beaucoup de choses, la passion de la science, l'ambition de pénétrer dans les secrets de la nature, et d'y faire pénétrer avec soi une intelligence amie, enfin les délices de l'étude, du recueillement solitaire. C'est de ces nuits sereines, consacrées à l'étude, qu'est résulté le poëme De la Nature, ce grand monument philosophique et poétique que Lucrèce a pu achever, mais non conduire à sa perfection, interrompu qu'il a été par une mort prématurée qu'on dit avoir été volontaire. Toutefois, s'il nous l'a laissé imparfait, il nous l'a laissé avec toute sa grandeur, et c'est cette grandeur que nous avons maintenant à considérer. Nous voilà au pied de l'édifice; avant d'en passer le seuil et d'y pénétrer, il convient de s'arrêter quelques instants à contempler l'ensemble du monument et ses majestueuses proportions.
Quelle était la pensée de Lucrèce ? La pensée même d'Épicure. Il y a tout un magnifique éloge d'Épicure répandu çà et là dans le De Natura rerum; Lucrèce y loue partout son maître d'une originalité qu'il n'avait certainement pas, du moins au degré qu'il suppose. Chacun sait qu'Épicure avait emprunté sa physique à Leucippe et à Démocrile, et sa morale à Aristippe. Mais ce qui peut-être lui appartenait, c'était d'avoir subordonné dans son système la physique à la