‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 415 sur 513 · Macrob. Saturn. II · texte numérisé non relu

Macrob. Saturn. II

2. .. .... Labérius.... moritur. Publius mîmograpbus, natione Syrus,

Romae scenam tenpt. »

3. La liste de M Ribbcck en comprend quarante-quatre : Alexartdrea, Anna Perenna, Aquœ caldœ, Aries, Augur, Anlularia (?), Delnnistria, Cacomncmon, CcrcuJi, Cancer, Carcer, Catidanua^ Centonarius, Colnx, Cnlorator, Compitnlia, Cophinus, Crelensis, r.phehus , Fullo, Gnlli, Cemelli, Hctnra. Invuio, Lacia Arernns, Late luqiicntes. Marins {?), Natal, Ncajnwantia, Nupti.v, PariNa, Paiipertas, Piscator, Restio, Salinalor. Saturnalio, Scujax, Scdigitus, Sorores, S^aminariœ, StriclurcV, Taurus, Tusca, Virgo.

détails de la vie romaine, et par exemple de ces fêtes publiques où le mouvement tumultueux du petit peuple devait offrir au mime^ comme à Vatcllane, comme auparavant à la fabula tabarnaria, le modèle de tant d'incidents et de personnages comiques. Labérius avait fait, après Afranius, des Compilalia; il avait fait aussi des Saturnalia, et peut-être faut-il encore ajouter à ces deux pièces son Anna Perenna. Quel en pouvait être le sujet? Était-ce l'aventure romanesque de la sœur de Didon venant chercher un refuge en Italie et troublant, par son arrivée imprévue, le paisible ménage d'Énée et de Lavinie, aventure si agréablement racontée par Ovide*, si froidement, en plagiaire malheureux d'Ovide et de Virgile, par Silius Italiens^? Était-ce ce qu'on lit aussi chez Ovide ^ la mésaventure du dieu Mars joué par une autre Anna? Dans les deux cas eût été de mise, assurément, ce tour plaisant que la comédie latine, aussi bien que la comédie grecque, donnait volontiers à la fable, même épique et tragique. Il est possible cependant que le sujet cherché ait été tout simplement Ja fête bachique, grivoise, passablement licencieuse, célébrée par la plèbe romaine sur les bords de l'Anio, en l'honneur d'Anna Perenna. La description qu'en a faite Ovide en tête de ces deux récils (j'ai eu précédemment occasion de la citer*) suppléerait alors pour nous, par une sorte de programme en vers charmants, au mime malheureusement perdu de Labérius. D'autres mimes, non moins regrettables, empruntaient leurs sujets, et quelquefois leurs titres, à ces réunions plus mondaines des eaux thermales, où les ridicules ne manquaient pas davantage, et, par leur renouvellement annuel, pouvaient défrayer bien des générations de comédies. A l'exemple d'Atta, Labérius avait composé des Aquœ caldx. Si, comme le veut Bothe, le mot Belonistria devait se traduire, s'interpréter par Balaneutria, BofXavEurpia, femme employée aux bains, Labérius aurait encore traité sous ce titre un sujet analogue. Pourquoi même son Lacus Avernus,

1. Fast. III, 523 sqq. — 2. Punie. VIII, 39 s^q. 3. Ibid. 675 sqq. — 4. Voyez plus haut, p. 314, 315.

352 ANCIENNE COMÉDIE LATINE

malgré les idées mythologiques qu'un tel litre réveille, n'aurait-il pas été simplement pour lui un des buts de promenade, un lieu de rendez-vous des baigneurs de Baia? Il était question, dans la pièce, d'intrigues amoureuses; nous le savons par une vieille et insolite expression qu'y a notée Au\\i'ije\[e\mulier amorabunda.

La vie domestique a elle-même continué de fournir h Labérius, ainsi qu'à ses prédécesseurs, son contingent de sujets et de titres : une pièce intitulée Natal, d'autres qu'il a appelées, comme Afranius, Sorores^ et comme Novius, ou peut s'en ïdiut-, G cmelli, comme Pomponius, NuplLv. Mêmes ressemblances pour la plupart des autres titres. Il a dû mettre en scène, comme Pumponius et Novius, des paysans dans son ArieSj son Taurus ; des gens de métier dans d'autres, Coloralor, Fullo, Piscator, RestiOj Salinalor, Staminarix. UAugur d'Afranius, celui de Pomponius, ne Tout pas empêché de donner pour litre à un de ses mimes le nom du même personnage, et de le faire encore agir, lui ou quelque autre de même industrie, dans sa Necyomantia. Il s'est quelquefois contenté, comme on avait fait auparavant, pour toute désignation, d'un nom propre, si Marins est un litre authentique; d'un surnom ou d'un sobriquet, Sedigitus; d'un nom de pays, Alexandrea, Cretensis, GalU, Tusca; d'un mot indiquant quelque lieu particulier Carcer, ou quelque objet matériel, Aulularia, Cophinus, Nommons en dernier, comme pendant au Mortis et Vitx Judiciuni de Novius, ce titre abstrait Paupcrtas,

Les fragments de Labérius témoignent eux-mêmes de la conformité du mime avec Yateliane et d'une conformité fâcheuse: même immoralité dans les sujets, qui sont de préférence des vices honteux, de graves désordres domestiques, des adultères, jusqu'à des incestes'; même cynisme dans l'expression, même recherche des mots obscènes, ou simplement des mots sales.

Par un contraste singulier, dont Pomponius et Novius

1. Noct. attic. XI, 1 5. — 2. La pièce de Novius est intitulée Gemini. 3. Laberiu». Bclonistria : « .... Domina nobtra privignum suum amat efiUctim. » Non. v. E(IU iim. 0. Kibb3ck, p. 23y.

LABÉRIUS ET PUBLIUS SYRUS

nous ont offert l'analogue et qui ajoute à la ressemblance du mime et de Vatellane un dernier trait, celui aj mélange qui leur est commun, de l'extrême grossièreté et de l'élégance, d'une élégance raffinée, le peu que nous pouvons lire de Labérius dénote un style fort étudié, fort travaillé précieux jusqu'à l'alfectation. Aulu-Gelle a tout un chapitre* sur l'archaïsme, le néologisme, la hardiesse populaire et triviale qui caractérisaient sa manière; il y donne de curieux exemples de ces trois sortes de recherche qu'il poursuivait à la fois. Le critique ne laisse pas de citer ailleurs, avec élo ^e' un passage où Labérius s'est montré assurément bien prétentieux. On contait de Démocrite qu'il s'était volontairement privé de la vue pour être moins distrait de ses méditations. Labérius, changeant un peu l'anecdote pour sa commodité, en tirait cette comparaison qu'il mettait, sans beaucoup de vraisemblance, dans la bouche d'un vieil avare affligé des désordres et des prodigalités de son fils :

Démocrite d'Abdère, ce philosophe physicien, tourna la face d'un bouclier vers le lever d'Hypérion, afin de faire pénétrer dans ses yeux émoussés les traits éclatants de l'airain. S'il émoussa ainsi en lui l'organe perçant de la vue, s'il se priva de la lumière, c'était pour ne point voir prospérer de méchants concitoyens. Ainsi moi même, je veux que l'éclat dont resplendit l'argent éblouisse la fin de mon âge et dérobe à ma vue la prospérité d'un vaurien de fils.

Democritus Abderites physicus philosophus Clipeum constituit contra exortum Hyperionis, Oculos effodere ut posset splendore a:reo. Ita radiis solis aciem efToditluminis, Malis bene esse ne videret civibus.

Sic ego fulgentis splendorem pecunias Volo elucificare exitum aetati meae, Ne in re bona esse videam nequam filium*.

De tels vers, contemporains par le goût, comme par la

y-Nnct. allie. XVI, 7 : « .... Verl)a finxit praelibenter.... muhaque alla hujusmo'li novat; neque non obsoleta quoque et maculantia ex sordidioie vulgi usii ponit.... » (Cf. TertuII. de Pallio, I.) . 2. A. Gell. ibid. X, 17 ; a .... Versibus quidem satis munde atque graphice factis... non inconciniuler.... »

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