Ribbeck, p
ANCIENNE COMÉDIE LATINE
se refuse vraiment à y reconnaître la même main que dans ces belles et simples sentences* par lesquelles, bien mieux que par les prestiges du bel esprit, il relevait tout à coup de son humilité le genre vulgaire, grossier, licencieux auquel il lui fallait se rabaisser. Par elles aussi, péripétie morale d'un effet plus inattendu, plus frappant que celles de la scène, tout ce public confus et tumultueux qu'il avait mission de divertir, était ramené, en un instant, des accès d une gaieté brutale à des pensées sérieuses. Elles ont fait, par une autre métamorphose plus durable, du futile miraographe travaillant aux plaisirs d'une heure de folie, un moraliste toujours écouté ; se détachant pour ainsi dire d'ellesmêmes de productions périssables, elles ont pris place, comme des proverbes de la sagesse, dans la mémoire du peuple, elles ont servi de texte aux méditations des philosophes. Sénèque, après son père le rhéteur, qui répète les témoignages d'admiration de Gassius Sévérus, ne peut se lasser de les citer, de les commenter, louant, avec éloquence, leur sens profond, leur tour heureux, leur autorité sur les esprits, retraçant, en homme qui a pu encore les entendre répéter et applaudir au théâtre, l'effet qu'elles continuent de produire sur les hommes réunis, l'éclatanle adhésion qu'elles en obtiennent , les préférant aux plus beaux traits des comiques, des tragiques, les proclamant dignes du cothurne. De bonne heure on les a rassemblées, dans l'intérêt surtout de la jeunesse, mais aussi au grand profit de l'âge mur. Le recueil, en traversant les âges, s'est grossi de beaucoup de maximes du même genre, antiques et même modernes, qui en ont porté le nombre, dans la dernière recension, faite avec beaucoup de soin et de critique par M. Ribbeck, à huit cent cinquante-sept. Rapportons, comme échantillons, quelques-unes de celles qui sont incontestablement de Publius Syrus, et nous sont parvenues avec la recommandation des deux Sénèque, d'Aulu- Gelle, de Macrobe.
1. Ces sentences sont presque tout ce qui est resté de Publius Syrus. On ne cite encore de lui que deux titres de pièces, Murmurco, Puta^
LABÉRIUS ET PUBLIUS SYRUS. 357
La pauvreté manque de peu, l'avarice de tout.
Desunt inopiae pauca, avariti^omnia*.
A l'avare manque ce qu'il a, autant que ce qu'il n'a pas.
Tam deest avare quod habet quam quod non habet*. A tous peut arriver ce qui peut arriver à quelqu'un.
Cuivis potest accidere quod cuiquam potest*.
Étrangère à nous est toute chose accordée par le sort à nos désirs.
Alienum est omne quicquid optando evenit*. Attendez d'autrui ce qu'à autrui vous aurez fait.
Ab alio expectes alteri quod feceris*.
Le remède aux injures c'est l'oubli.
Injuriarum remedium est oblivio*.
Pour nul n'est bon l'avare, pour lui-même il est pire que personne.
In nullum avarus bonus est, in se pessimus'. Da peu manque le mortel qui ne désire que peu.
Is minimo eget morlalis, qui minimum cupit®. A ce qu'il veut, qui peut vouloir ce qui suffit.
Quod vult habet, qui velle quod satis est potest^
Le bienfaiteur reçoit, tout en donnant, s'il donne à qui le mérite.
tores, et deux ou trois fragments insignifiants. (Voy. 0. Ribbeck p. 258, 2r,9.) '