‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 433 sur 513 · Stud. crit. p · texte numérisé non relu

Stud. crit. p

2. Fragm. IX, 7. Quintil. Inst. orat. I, 7. Vel. Longus 0 Terent Scaurus De Orthographia. E. F. Corpet, p. 81. ^ ' '

à. Jugements des savants, t. III, 2* part., p. 67.

ANCIENNE SATIRE LATINE

LUCILIUS

où Horace a reproché à Lucilius d'avoir fait souvent, croyant faire merveille, jusqu'à deux cents vers dans une heure, dictant sans relâche et sans peine, comme au pied levé.

In hora saepe ducentos, I Ut magnum, versus dictabat, stans pede in uno *. i

Horace, selon Baillet, dit que « Lucilius dictait ses vers debout sur un pied, tenant l'autre levé en l'air, ce qui passait pour une rareté fort singulière. ^ L'erreur naïve de Baillet, qui entend au propre une expression proverbiale, est divertissante ; mais je suis presque aussi étonné de l'explication qu'en a donnée M. Van Heusde, et contre laquelle jusqu'ici on a vainement réclamée Selon ce savant, par ces mots : stans pede in iinOy Horace reprend, chez Lucilius, l'usage presque exclusif de l'hexamètre.

J'ai parlé de deux chapitres : le second, non moins plaisant que l'autre, est de la façon de Dacier» à qui l'ont assez généralement emprunté sans défiance les biographes de Lucilius*.

A l'entendre, parmi les partisans du satirique, il y en avait de si outrés, qu'ils couraient les rues avec des fouets sous leurs robes pour frapper tous ceux qui oseraient dire du mal des vers de leur poète favori, et cet acte de tyrannie littéraire, assurément unique dans l'histoire de la poésie, avait lieu environ soixante-dix ans après la mort de Lucilius, au temps oii Horace est supposé avoir écrit le morceau, assez évidemment apocryphe, par lequel quelques manuscrits du dixième siècle font commencer la pièce qui termine son premier livre de saiires. C'est de là en eiïet que Dacier a tiré ce qu'il raconte, avec une bonne foi comique, de l'enthousiasme persévérant et oppressif des admirateurs de Lucilius; mais il Ten a tiré, peu légitimement, par un con-

2! Voy! sei'studià critica, p. 101, et son Epistola ad C. Fr. Her-

mann, p. 26. r «

3 Remarques sur les satires (T Horace, l, X, 2. , . •

4. Voyez, entre autres, l'article Lucilius de la Biographie uni-

terselle.

tre-sens, comme on va le voir. Citons et traduisons d'abord le passage :

Lucili, quam sis mendosus, teste Gatone Defensore tuo pervincam, qui maie factos Emendare parât versus : hoc lenius ille Est quo vir melior, longe subtilior illo, ' Qui multum puer et loris et funibus udis

^ Exhortatus, ut esset opem qui ferre poetis

^ Antiquis posset contra fastidia nostra,

Grammaticorum equitum doctissimus....

Il me serait facile, Lucilius, de reprendre chez toi bien des lautes. Je nen veux pour garant que Caton, ton défenseur cependant, qui s apprête à corriger tes vers. Il montre, au reste un esprit de douceur digne d'un si honnête homme et en même temps un goût plus fin que cet autre, dont l'enfance studieuse essuya maintes fois les étrivières, pour qu'il v eût un jour un chevalier, docte grammairien entre tous, qui pût venir en aide aux vieux poètes contre nos injustes dé-

Chacun aperçoit, je pense, de quelle étrange façon s'est mépris Dacier en interprétant ce passage: dans les mots : multum puer et Loris et funibus udis exhortatus, il a néghgépi^er, si nécessaire, en même temps qu'il lisait, non sans autorités, exornalus. En conséquence il a traduit:

Ce savant chevalier, qui a soin de se munir de bonnes étrivières et de bonnes cordes mouillées, pour venger de nos dégoûts les poètes anciens.

Je ne sais par quelle fatalité il est arrivé à M Van Heusde de remplacer l'erreur vieillie de Dacier, comme il avait fait celle de Baillet, par une erreur nouvelle', je ne crams point de le dire. Pour tout le monde, c'est Horace juge quelque peu dédaigneux de Lucilius, que désignent ces mots: fastidia nostra. M. Van Heusde le reconnaît, au contraire, dans celui qu'il est censé se donner pour adversaire ce chevalier grammairien si rudement préparé à l'estime et a la défense des vieux poètes. Véritablement y a-t-il à cela

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