Voyez plus haut, p
4. Fragm. IX y h, 22. Vel. Long., de Orlhogr.; Non., v. Dwccre. E. F. Corpetj p. 80.
LUCILIUS
dus par M. Corpet, dont je continuerai d'employer la traduction :
Et pour écrire accurrere^ tu n'as pas à chercher ni à te mettre en peine de savoir s'il faut un d ou un c.
I Travaille à t'instruire, afin que ni les événements ni la raison ne puissent te mettre en défaut.
Atque accurrere scribas D, an C, non est quod quaeras atque labores.
Labora Discere, ne te res ipsa, ac ratio ipsa refellat.
Je ne sais pourquoi M. Van Heusde n'y a point ajouté le suivant, dans lequel il lui aurait été tout aussi permis de voir une portion des discours tenus par Lucilius au marchand de h\é pour le ramener de ses préoccupations grammaticales vers d'autres qui lui conviennent davantage :
Avec mille sesterces tu peux en gagner cent mille. Tu miUi nummum potes uno quaerere centum '.
Quand les critiques ont bien voulu se restreindre k ce qui, dans la plupart des cas, est le parti le plus sage, et même le seul praticable, à considérer les fragments de Lucilius comme ils nous sont parvenus, c'est- k-dire i;olément, ils se sont placés sur un terrain beaucoup plus sûr, et leurs travaux s'en sont ressentis. Quelles éiai< nt les personnes nommées par le poète dans ces fragments? A quels événements, à quelles lois, à quels usages, à quelles œuvres littéraires y est-il fait allusion ? Dans quel sens doivent être entendues tant de locutions de la vieille latinité ou du langage famiher qui s'y rencontrent ? Toutes ces questions, longtemps et vivement débattues, ont fini par recevoir d'eux des solutions satisfaisantes. Beaucoup de fragments cependant restent et doivent rester encore obscurs, précisément parce que ce sont des fragments, et que ne sachant ce qui précédait, ce qui suivait, on est privé
1. Fragm. IX, 24. A. Gell-, Noct. attic.l^ 16; Macrob. , Saturn. 1,5. E. F. Corpet, p. 88.
394 ANCIENNE SATIRE LATINE
de la lumière que donoe à chaque détail l'ensemble des idées.
Dans ce vers, ymr exemple :
Consilium patriae Icgumque oriundu' rogator\
faut-il voir un éloge sérieux adressé à quelque grave personnage que les dieux ont fait naître pour être le conseiller, le législateur de sa patrie, ainsi qu'entend ]\I. Corpet; ou bien est-ce une ironie contre quelqu'un de ces patriciens qui, pour avoir place dans les conseils de l'Etat, dans le gouvernement, se sont simplement, selon l'expression dr3 Figaro, donné la peine de naître? Cet autre passage :
Panula, si quœris, cantheriu', servu', segestre Utilior raihi quam sapiens *,
Oui, si tu veux que je te le dise, un manteau, un cheval, un esclave, une couverture, me serviraient plus qu'un sage,
exprime-t-il le sentiment du poëte lui-même, qui n'a pas plus épargné qu'Horace les perfections chimériques, la richesse universelle, la liberté, la royauté du sage des stoïciens, qui a dit avant lui' :
Formosus, dives, liber, rex solu' vocetur*?
ou bien, Lucilius y fait-il parler un de ces grossiers contempteurs de la philosophie, qui, dans tous les temps, l'ont taxée d'inutilité, lui ont opposé un certain utile tout matériel, quelque centurion par exemple, comme ceux auxquels a depuis prêté une ignorance si contente d'ellemême, si dédaigneuse du savoir, le poëte élève du docte Cornutus, le satirique stoïcien. Perse''? On a hésité, et on le devait, entre ces deux interprétations. M. Van Heusde est pour la première* ; M. Corpet ajoute à la seconde, en