‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 458 sur 513 · Seragessis, ibid.^ p. 212. — 4. Ihid., p · texte numérisé non relu

Seragessis, ibid.^ p. 212. — 4. Ihid., p

5. Serrn. \l, m, 187 sqq. — G. Epist. I, xvi, 73. — 7. Serm. II, v.

VARRON

ciens : « deux livres de satires mentionnés par saint Jérôme et auxquels fait peut-être allusion Porphyrion* » : c'étaient sans doute des ouvrages à la façon de ceux de Lucilius et d^Horace; dix livres de poèmes (poematum), c'est-à-dire, d'après la définition de Varron lui-même, de poésies légères; enfin, un grand poëme que Cicéron trouvait parfait presque de tout point» tt qui avait valu à son auteur d'être mis à côté de Lucrèce K J'ai déjà dit que je ne crois pas à ce rapprochement dans la phrase de VeJIeiusPaterculus; et quant à celle de Cicéron : Varium et elegans omni fere numéro poema, d'autres ont traduit : «un poème élégant et varié, en vers de presque toutes les mesures, » et je ne vois pas pourquoi ces expressions ainsi entendues ne désigneraient pas le recueil des Satires Mènippèes, qu'on pouvait considérer dans leur ensemble comme une œuvre à part et qui offraient en effet cette variété métrique. Le caractère poélique, malgré le mélange de la prose, d'un livre intitulé Satires et dans lequel d'ailleurs les vers tenaient une si ^'rande place, pouvait justifier en cette circonstance l'emploi du moi poema. Gomment d'ailleurs Cicéron, arrivant dans cette récapitulation rapide des grands tilres de Varron à ce qui le recommandait comme poète, eût-il oublié les Satires Ménippées, une œuvre si célèbre, pour se souvenir d'un poème dont, si l'on excepte cette phrase de sens douteux, il n'y a nulle part la moindre trace?

Les vers des Mcnippées me paraissent bien apprécie's par M. Boissier, quand, rendant justice à ce qui s'y rencontre d'élevé, de fort, de gracieux, de piquant, d'agréable, il^y signale cependant une recherche laborieuse de tours et d'expressions archaïques, de façons de dire ingénieuses et détournées. Il va trop loin, je crois, quand il leur attribue, dans une certaine mesure, celte libre allure de l'imagination et du sentiment qui est proprement l'allure de la poésie, tt qui ne peut guère se concilier avec de tels procédés de composition. Ces éloges, dont je voudrais retrancher quel-

1. In Horat. Epist. I, ul-- 2. Acad, 1, 3. — 3. Vell. Pat. , Hiîi. II, 36.

ANCIENNE SATIRE LATINE

que chose, portent snrtont sur deux morceaux que M. Gh. Laijilte, qui les a élégamment traduits, a loués aussi plus que je ne voudrais, et qu'avant eux M. Œhler* avait célébrés hors de toute mesure.

Le premier est une description de tempête dans laquelle Varron semble à M. Boissier avoir lutté sans désavantage contre celle dont le tragique Pacuvius, qui aimait ce genre d'ornement', avait orné son Duloreslcs. Je mets, quai.t à moi, entre les deux descriptions, une grande dilïérence, qu'on me permettra de rendre sensible en les citant Voici la façon du vieux poëte :

Interea, prope jam occidento sole, inhorrescit mare; Tencbrœ condunlicantur, noctisque et nimbum occaecatnigror; Flamma inter niibes corus at, cœlum tonitrii contremit; Grando mista inibri largifliio subita praecipitans cadit; Undique omncs venti erumpurit, saevi existunt turbines ; Fervit œstu pelagus*....

.... Cependant, vers le coucher du soleil, la mer semble se hérisser ; de doubles ténèbres, celles de la nuit, celles des nuages, se répandent devant les yeux; l'éclair brille, la foudre gronde, le ciel est ébranlé ; îa grêle, mêlée aux torrents de la pluie, tombe tout à coup des airs ; de toutes parts s'échappent les vents et se forment des tourbillons ; la mer se soulève et bouillonne....

Le mérite de ce morceau ne consiste pas seulement dans ces expressions métaphoriques qu'y a louées Gicéron, mais dans le choix et l'arrangement, pleins de vérité et d'effet, des circonstances les plus caractéristiques. G'est un mérite analogue à celui qui fait surtout le prix de ces descriptions

1. P. 83 et 84. Il termine ainsi : « En divinum orationis flatura ad nos adspirantem , que nihil dulcius, nihil facundius aut sublimius Latiares Musai unquam cecineruiit! tam suavis verborum niodulalio, ut vel lu pauci versiculi nomen Varronis œternilati assererent etiamsi nihil prœterea scripsisset, quo ei consulrret. »

2. Voyez encore les fiagmerils XIV*-, XV, de son Teucer ^ dans les Trag. lat. reliqui.Ty de M. 0. Hibbeck, p. 100. Les V« et M" de son Medtis, îbid. , p 87, 294; et plus bout, dans ce volume, les p. 150 et suivanies.

3. Vers cons rvcs par Cicéron, De Divin., I, 14; De Orat. III, 39. Voy. 0. Hibbeck, Trag. lat. rehquiœ, p. 111 : il lit au quauième vers, d'api es les manuscrits, largifico.

VARHON.

célèbres d*orage et de tempête oij Virgile a mis en outre une si grande perfection de goiit, d'élégance et d'harmonie*. Je suis loin de le reconnaître dans le morceau de Varron, collection curieuse d'images et d'expressions, le plus souvent rares et étranges, choisies une à une, non fondues, mais seulement rapprochées, juxtaposées, malgré leur diversité et leur incohérence, comme dans une mosaïque, une marqueterie :

Quam lepide lexeis compostae, ut tesserulae omnes*....

a pu s'écrier, en le lisant, un des vieux amateurs des satires de Lucilius.

Repente noctis circiter meridie, Cum pictus aer fervidis late ignibus Cœli choream astiicen ostenderet, Nuhes aquali*, frigido velo levés Cœli cavernas aureas subdcxerant, Aquam vomentes inferam mortalibus; Ventique frigido se ab axe eruperant, Phrenetici septemtrionum filii, Secum ferentes tegulas, ramos, syrus.

At nos caduci, naufragi, ut ciconias, Quarum bipinnis fulminis plumas vapor Perussit, alte mœsti in terram cecidimus*.

.... Tout à coup, vers le milieu de la nuit, lorsque l'air émaillé au loin de feux brûlants laissait voir au ciel le chœur des astres, les nuées orageuses avaient replié rapidement leur voile humide sur les voûtes dorées du firmament et répandu en bas leur pluie sur les mortels ; les vents s'étaient échappés des glaces du pôle, fils indomptés du septentrion, emportant après eux toitures, rameaux, poignées de branchages. Et nous, plies, courbés sous la tempêîe, et pareils à la cigogne dont le feu de la foudre ailée a brûlé les plumes, nous tombâmes accablés sur a le sol* ».

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