‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 459 sur 513 · Trad. de Ch. Labitte · texte numérisé non relu

Trad. de Ch. Labitte

ANCIENNE SATIRE LATINE

VARRON

Je retrouve, mais k un moindre degré, la même industrie érudite, la même élégance prétentieuse, dans le passage que j*ai encore à citer. C'est une plainte de Prométhée qu'on ne peut véritablement rapprocher sans complaisance, pour la vérité du sentiment et de l'expression, de ce qu'on lit d'analogue dans le Prométhée enchaîné * d'Eschyle, dans ce que Gicéron a traduit de son Prométhée délivré*.

Sum ut supernus cortex, aut cacumina Morientum in qiierqueto arborum aritudine. Mortalis nemo eiaudit, sed late incolens Scytharum inhospitalis campis vastitas.

Levis mens nunquam somnurnas imagines Adfatur, non umbrantur somno pupulae*.

Je suis comme Técorce du haut des arbres, comme les sommets des chênes morts de sécheresse dans la chênaie. Je ne suis entendu d'aucun mortel, mais seulement de ces champs inhospitaliers de la Seythie dont les plaines au loin s'étendent immenses. Jamais mon âme inquiet'^ ne converse avec les apparitions des songes, jamais Tombre du sommeil ne descend sur mes paupières*.

La matière très-variée des Satires Ménippées comprenait / parti ulièrement la discussion enjouée des systèmes philo- ^ sophiques, la censure des mœurs du temps, le rappel aux v^anciennes vertus, aux anciennes maximes. C'est ce qu'expose fort bien M. Boissier, avec qui toutefois je ne puis convenir que l'objet spécial de l'ouvrage ait été d'inspirer à la société romaine le goût de la philosophie qu'elle n'avait point. D'abord cet éloignement de la société romaine pour la philosophie, sur laquelle il revient souvent, ne m'est point démontré. Je vois bien que les pouvoirs publics s'en défiaient comme d'une nouveauté dangereuse, mais leurs coups d'État mêmes contre elle me donnent à penser qu'elle n'était point, auprès des classes du moins que cela pouvait

Page 1