lliad. XII
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CICÉRON
ouvrages. A ce platane au pied duquel Platon asseoit Socrate et le jeune Phèdre discourant ensemble sur le beau, Cicéron oppose le chêne do la forêt d'Arpiuum, près duquel, par une heureuse hciion, il avait représenté Marius attentif aux présages du rétablissement de sa fortune; cet arbre auquel il suppose, par une autre fiction, que la foi accordée à ses vers avait fait donner le nom de chêne de Marius.
Atticus. Voilà sans doute le bois et voici le chêne d'Arpinum ; je les reconnais, tels que je les ai lus souvent dans le Marius. Si ce chêne vit encore, ce ne peut être que celui-ci ; car il est bien vieux. — Quimus. S'il vit encore, cher Atticus ! il vivra toujours; car c'est le génie qui l'a planté, et jamais plant aussi f'arable n'a u être semé par le travail du cultivateur que par le vers dupoëte. —Atticus. Comment cela, Quintus? et qu'estce donc que plantent les poètes? Vous m'avez l'air, en louant votre frère, de vous donner votre voix — Quintus. Soit ; mais tant que les lettres parlerontnctre langue, on ne manquera pas de trouver ici un chêne qui s'appelle le chêne de Marius, et ce chêne, comme l'a dit Scévola an Marius de mon frère,
Vieillira des siècles sans nombre.
Canescetsaeclis innumerabilibus.
Est-ce que par hasard votre Athènes aurait pu conserver dans sa citadelle un éternel olivier? ou montrerait-on encore aujourd'hui à Délos ce môme palmier que l'Ulysse d'Homère y vit si grand et si flexible, tt bien d'autres choses qui, < n bien des lieux, vivent pluslonunemps dans la tradition qu'elles n'ont pu subsister dans la nature. Amsi que ce chêne chargé de glands iylandifera illa qucrcus], d'où s'envola jadis
L'orgueilleux messager du monarque des cieux, Nuntia fulva Jovis, miranda visa figura,
soiî celui-ci, j'y consens; mais, croyez-rnoi, quand les saisons et Tâge l'auront détruit, il y aura encore dans ce lieu le chêne de Marius*.
Une question d*Atticus qui s'informe trop curieusement 1. De Lcg, 1, i. Traduction de xM. Charles de Rémusat.
CICéRON.
de ce qu'il peut y avoir de vrai dans ce récit et dans d'autres du Marins^ amène Cicéron à récriminer spirituellement contre les fables que l'on passe à l'histoire et à réclamer pour la poésie, dont après tout l'exacte vérité n'est pas la loi, la même indulgence. Il laisse toutefois entrevoir, peut-être involontairement, dans quelle situation délicate se plaçaient des poètes historiens dont l'inia^inaiion s'exerçait sur des choses si récentes, et même, comme lui par exemple, dans des poèmes dont il sera question tout à l'heure, contemporaines et personnelles.
La prédiction de l'auguste Scévola ne s'est accomplie qu'imparfaitement, pour ces quelques versqni sont aujourd'hui tout le pcëme de Marius. Ils méritaient la durée que leur a assurée leur auteur en leur donnant place dans sa prose immortelle. Ils se soutiennent, grand honneur, auprès du beau passage d Homère dont ils sont imités ; ils ont excité l'émulation de Virgile', qui ne les a pas surpassés, du moins quant à la vivacité du trait, à l'énergie, à la pai:sion. Voltaire, en 1752, dans cette préface de sa tragédie de Rome sauvée, éloquent panégyrique de Cicéron, dont sa poésie n'est point exceptée, les a loués dignement par une imitation qui eût dii décourager d'autres imitateurs'. Rapportons-la, bien que fort connue : c'est une part de la gloire poétique de Cicéron qu'on ne peut omettre.