VkL, art. Lucrèce. - ',. La Religion, n, •^^x.ot^t note
L'aNTILUCRÈCE chez LUCRÈCE.
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nobles faisceaux, les haches redoutables, s'en faisant comme des jouets*.
Usque adeo res humanas vis abdita quœdam Obterit, et pulchros fasces sae vasque secures Proculcare, ac ludibrio sibi habere videtur'-*.
Est-ce la pensée de Lucrèce que rendent ces derniers vers? N'est-ce pas plutôt celle de ses adversaires que plus d'une fois déjà il a fait parler dans ce morceau? .Je le crois; mais je crois aussi qu'ils peuvent en accepter, en réclamer, comme un argument pour leur cause, l'énergique expression.
Des arguments de même sorte se tireraient d'assez nombreux passages d'un tout autre caractère, qui transportent à la Nature les plus aimables attributs de la Providence; qui lui prêtent, à l'égard de ses productions, dont olle protège la f.iiblesse première, dont elle surveille et favorise l'accroissement, une tendre sollicitude, les attentions, les ménagements, les prévoyances de ralîeclion maternelle. La poésie religieuse ne parle pas autrement de ca Dieu,
Qui fait naître et mûrir les fruits ; Qui leur dispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits*.
Quelquefois c'est la terre elle-même qui devient dans les vers du poëte, justifiant un des noms qu'on lui donne, une véritable mère. Voici ce que nous lisions, il. n'y a pas lon^^temps, dans son second livre :
C'est d'une céleste semence que nous tirons tous notre origine ; tous nous avons le même père : quand de là sont tombées les gouttes fécondes que reçoit la terre dans son sein maternel, elle conçoit, elle enfante les riantes moissons, les arbres fertiles, et le genre humain luj-même et toutes les races animales ; car elle leur offre des pâtures pour la nourriture de leur corps, l'entretien de leur douce vie, la propaga-
1. De Nat. rer., V, 1217 sqq. — 2. Ibid,, 3. Racine^ Athalie, I, 4.
sqq.
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fion de leur espèce. Aussi est-ce à juste titre qu'elle a reçu le nom de mère'... ^
^ Cette même ide'e, nous la retrouverons bientôt dans 1© cinquième livre du poëme, avec de nouveaux, et on peut le J.ire, en un double sens, eu égard à Téfrangetë des idées et à la beauté des vers, de merveilleux développements. Anticipons encore par cette citation sur nos prochaines études.
Maintenant, je reviens à la nouveauté du monde, au tendre ^ sCm de la terre, à ces productions nouvelles, qu'elle a, penset-on, les premières, lait paraître à la lumière et confiées à 1 inconstance des vents.
'^ D'abord les herbes, avec leur verdoyant éclat, la terre en enveoppa ses collines, et, sur toutes les plnines, brillèrent émîullées de ilenrs, de vertes praiiies. Aux arbres de toute espèce, croissant, s'élevant à ^en^i à travers les airs, la carrière fut comme ouverte...
Ensuite elle erra en grand nombre, par des moyens divers les espèces animales... '
Partout donc, en des lieux d'une dsposition convenable ^q formaient, au sein de la terre, comme des entrailles fécondes • et quand, au temps marqué par la maturité de l'àg-e, l'enfant avait ouvert cette env. loppe, fuyant l'humidité de son premier séjour, et aspirant à l'air, la nature alors apDrochait de lui les exprimant du sol entr'ouvert, des sucs nourriciers semblables à ce lait dont la femme, quand elle a enfanté, se remplit out entière, et qui couit enfler srs mamelles. C'est ainsi que la terre offrait à l'enfant la nourriture nécessaire • pour vêtement il avait ses tièdes vapeurs, et pour lit le mou duvet de son herbe abondante.
Cependant la nouveauté du monde ne produisait encore ni troids trop durs, m chaleurs excessives, ni vents à la violente haleine : toutes choses ont ensemble leur accroissement leur progrès. '
C'est donc, il faut le redire, bien justement que la terre a reçu le nom de mère, puisque c'est el e qui a créé le genre humain, puisque de son sein se sont répandus au temps marqué tous les êtres animés, et ceux qui errent sur les montagnes et ceux qui volent dans les airs revêtus de formes si diverses*
Il n'échappe pas à vos souvenirs que cette mère, cjq qui