Préface de Home sauvée
CICÉRON
d'abord, étrange, ridicule même, par l'abus d'un des procédés favoris de la vieille versification latine, l'allitération % il n'a pas peu contribué à décrier dans les âges suivants la poésie de Cicéron ; il en a été, pour la satire, comme le symbole consacré. On se rappelle le trait de Juvénal * :
Rome fortunée^ née sovs mon consulat! S'il eût toujours parlé de cette sorte, Cicéron eût pu certes mépriser les poignards d'Antoine.
« 0 fortunatam natam me consulc Romam ! > Antoni gladios poluit contemnere, si sic Omnia dixisset.
Ce n'est pas tardivement, au nom d'un goût devenu difficile, c'est dans le moment même, pour venger, disait-on, les convenances blessées, qu'on a attaqué, et violemment, l'autre vers conservé du De Temporibus suis :
Cédant arma togœ, concédât laurea laudi.
Cicéron a eu tout d'abord à le défendre contre Pison', contre Antoine*, à l'expliquer dans son traité Des Devoirs ^ Le tort de ce vers était d'être de Cicéron : sous une autre plume, il n'eût paru que la vive et hyperbolique expression (l'un fait souvent proclamé à Rome. S'il y a rencontré des détracteurs passionnés, il y a eu aussi ses apologistes : Cassius, par exemple, qui s'en inspirait, bien évidemment, pour écrire, en 710, à Cicéron*' :
Le salut, la victoire de la république , nous remplissent de joie et aussi le renouvellement de votre gloire ; nous ne pouvons assez admirer comment chez vous la grandeur du consulaire l'a encore emporté sur la grandeur du consul. Je ne sais quelle fatalité heureuse est attachée ù votre vertu ; nous
1. Voyez Qiiintilicn, 7nvf. oral. IX, 4, 41, et la note de J. V. Le Clerc dans son Cicéron, édit. de 1827, t. XXXV, p. 386.