Non. V. Adula
4. Sinon ceux qui se lisent livre II, c. 10, des Tiisculanes : «Unde ipnes cluet.,.. supremo.î) (M, Hihheck, jTraf^îC. latin. reliquicV, p. 174, 3 10, les rapporte au Piiiloctèle d'Mixua) , du moins ceux nu'on rencontre au livre III, ch. 31 des mômes Tusculanes; si toutefois ils ne sont pas eux-mêmes de Gicéron, comme l'ont pensé quelques cri; iques. entre autres, à ce qu'il semble, M. Ribheck, qui ne les a pas compris dans son recueil. J'ai eu occasion ailleurs de les citer et de les comparer au texte grec, Etudes sur les tragiques grecs, 3* édit. t. I, p. 273 et suivante.
5. Voir encore, pour plus de détails, ce que j'ai dit de cette question, Éludes elc, t. I, p. 2893 t. II, p. 80.
CICERON
grand Eschyle; mais il y figure trop souvent avec le nom d'Attius. Restituons-le, cela convient surtout dans cette étude, à Cicéron, dont il honore beaucoup le talent poétique.
0 Titans, enfants de Cœlus, unis à Prométh^'e par les liens du sang, voyez-le enchaîné, lié à ces durs rochers, comme l'esquif battu des flots, que dans une nuit orageuse les nochers tremblants attachent au rivage. Ainsi m'a attaché Jupiter: c'est le courroux de Jupiter qui m'a livré à la main de Vulcain, c'est l'art cruel de ce dieu qui a forgé ces coins de fer, qui eiî a percé mes membres fracassés, qui m'a cloué à cette place^ oii j'habite avec les Furies. Au bout de trois jours revient ce moment fatal, où, s'abattant sur moi d'un vol sinistre, Toiseau de Jupiter me déchire de ses serres recourbées, et arrache de mon corps d'affreux lambeaux; il se nourrit de mes entrailles, il s'en repaît, et lorsqu'il est rassasié, il pousse un cri affreux, et remonte vers le ciel, en agitant ses ailes trempées de mon sang. Puis quand mes chairs renaissent et se renouvellent, le monstre insatiable revient chercher son horrible pâture. C'est ainsi que je nourris mon propre bourreau, victime sans cesse renaissante, dévouée à d'éternels tourments. Car, vous le voyez, retenu par ces liens, je ne puis écarter de mon flanc ce terrible ennemi; privé de mon propre secours, je vois avec terreur arriver l'instant de mon supplice, et j'appelle la mort comme le terme de mes souffrances. Mais l'inflexible Jupiter m'interdit le trépas, et depuis tant de siècles toutes c^s douleurs s'amassent sur ce corps, qui se fond aux rayons brûlants du soleil, et arrose de ses sueurs les rochers du Caucase*.
Titanum soboles, socia nostri sanguinis, GenerataCœlo, adspicite religatum asperis Vinctunfique saxis, navem ut horrisono freto Noctem paventes timidi adnectunt navitaî. Saturnins me sic infixit Jupiter, Jovisque numen Mulcibri adscivit manus.
Hos iiie cuneos fabrica crudeli inserens, Perrupit artus : qua miser solertia Transverberatus, castrum hoc Furianim incolo, Jam tertio me quoque funeste die, Tristi advolatu, aduncis lacerans unguibus Jovis satelles pastu dilaniat fero.
Tum jecore opimo farta et satiala afifatim
1. J'ai cité ailleurs une belle traduction en vers de ce morceau par un professeur distiiifc^ué, enlevé prématurément à l'Université, M. Anccau. Etudes sur les tragiques grecs, o" édit., t. I, p. 291.
CICERON. 445
Clangorem fundit vastum, et sublime avolans Pinnata cauda nostrum adulât sanguinem.
Quum vero adesum inflatu renovatum est jecur, Tum rursus tetros avida se ad pastus refert. Sic hanc custodem mœsti cruciatus alo, Qu9g me perenni vivum fœdat miseria.
Namque, ut videtis, vinclis constrictus Jovis, Arcere nequeo diram volucrem a peitore.
Sic me ipse viduus pestes excipio anxias, Amore mortis terminum anquirens mali.
Sed longe a leto numine aspellor Jovis. Atque haec vetusta saeclis glomerata horridis, Luctifîca clades nostro infîxa est corpori ; E quo liquatae solis ardore excidunt Guttae, quae saxa assidue instillant Caucasi.
Quel que soit le mérite de ces vers, et il est grand — ceux où, d'après Homère *, Lucrèce* en ce même temps, Virgile ' un peu plus tard, ont peint le supplice de Tityus, n'en ont pas surpassé l'énergie — quel que soit, dis-je, le mérite de ces vers, ils gagnent probablement à ne pouvoir être comparés avec l'original. Un tel avantage n'appartient pas à ceux qui les précèdent dans la II* Tusculane* : ils ont de la force, de l'éclat, et même, dans leur rudesse, une élégance plus moderne à ce qu'il semble que celle d'Attius, et qui ne permet guère de les croire extraits de ses Trachi- 7iiennes; si tant est, ce dont on doute, qu'il ait fait des Trachiniennes^ ; et toutefois on ne peut nier que la comparaison avec le texte de Sophocle ne leur fasse quelque tort. Le mouvement est moins aisé, moins naturel, moins dramatique; ce n'est pas autant une scène où luttent ensemble et l'emportent tour à tour des aflections contraires, la douleur, l'énergie morale ; cela devient un discours, tournant parfois à l'amplihcation, à la déclamation, moins pourtant que dans