‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 49 sur 513 · Fables, X, l, Discours à madame de la Sablière · texte numérisé non relu

Fables, X, l, Discours à madame de la Sablière

corps, Yanimus agissant sur Vanîma et V anima ^^ut h corps. Cette âme ainsi divisée, il en énumère les éléments, et ne pouvant donner à ce composé de Tunité, il suppose un dernier élément, plus subtil que tous les autres, qui les rallie: principe secret, profond, enfoui en nous-mêmes, inaccessible, qu'il appelle, faute d'un autre nom, Vdme de notre âmeK Quel aveu involontaire que cette chimie atomistique n'a pu atteindre l'àme elle-même; quelle démonstration inattendue de ^a simplicité, de sa spiritualité!

Ces démonstrations ne sont pas rares chez Lucrèce, et, bien qu elles le convainquent de contradiction, elles tournent elles-mêmes à sa gloire, puisqu'il y est amené par les vérités de détail qui, en dehors de son système emprunté, se révèlent à la sagacité de son observation physiologique et psychologique; ajoutons : par la justesse énergique et pittoresque de l'expression dont les revêt sa grave poésie.

Tel est, par exemple, ce beau passage :

Quand au doux sommeil se sont abandonnés nos membres, que gît étendu, sans aucun sentiment, notre corps accablé, il y a cependant en nous quelque autre chose qui dans ce moment est bien diversement agité, et où peuvent pénétrer tous les mouvements de la joie et les vains soucis du cœur.

.... Molli quum somno dedita membra, Effusumque jacet sine sensu corpus onustum, Est aliud tamen in nobis, quod tempore in illo Multimodis agitatur et omnes accipit in se Lsetitiae motus, ac curas cordisinanes*.

Rien de mieux vu, de mieux senti, de mieux rendu Qu'en conclut Lucrèce? que l'âme nest pas, comme le veulent quelques philosophes, un être collectif, un résultat, une relation, une harmonie^, qu'elle est une partie du corps. Nous en tirons nous, cette autre conclusion, qu'elle est distincte du corps.

Nous la tirons de même, malgré Lucrèce, de cet autre

1. De Nat. rer., III, 274 sqq. — 2. Ibid., III, 113 séq. 3. Ibid.^ m, 101, 132.

- L ANTILUCRÈCE CHEZ LUCRÈCE. l^g

pass.ge. d'un. v/r:r^ d^.Lservation et de description saisissai^œ, ou ij s eflorce de ronfondre les deux natures :

Qu avec le corp^ souffre Tesprit, oue le corn^ Pf v.or. •* .; tent de concert, c'e.t ce qu'on peit^oir Si ^sans Lte^nd// ?" vie un trait violernment^ancé pénètre à t kvers le^^^^^^^ nerf., jusque dans les membres, alors cependant snpr\^!n* langueur, un affaissement du corps aZt chepcher^^^^^ qui ne sont pas sans douceur ; puis, une fois à terre nn 1 1 m '

s^e'reTeve?" '^'''''^ '' ''' ^'^^^^ -^ ^«ol' confuS

. Insequitur languor, terrœque petitus Suavis, et m terra mentis qui gignitur œstus Interdumque quasi exsurgendi incerta voluntas.

I«"f5'?' '^°"% "ï"^ '^ ",'*'"'■« ^^ l'esprit soit corporelle nuisanp les traits qui frappent le corps le font souffrir lii-mêmeV ^

Nous sommes tsDtés de dire, au contraire : il faut crue a nature de 1 esprit soit incorporelle, puisque, dans u^e atteinte qui lui est commune avec le corps, il se deWe

ïautr/?'"' / nr^°°'^ renaissante, de'cette commu-' nauté. L âme de Didon ne semble pas mortellement frappée avec son corps, quand, à ses derniers moments oui mettent en action la peinture admirablement physiolodque et psychologique de Lucrèce, elle essaye deS f ; sa paupière appesantie et puis défaille; se redresse n/nf b ement appuyée sur le coude, et puis retombe cheS

retL3l ""°^ '^"^ '' "^^ '' '""^'^'«' «' -"Pire en la

Kfid^r' °'"^°^ """^^^ attollere, rursus Ter sc'se attollens cubitoque innixa levavit Ter revoluta toro est, oculisque errantibus'alto Quœsivit cœlo lucem, ingemuitque reperta»

un grand eJoge, de quelques-uns des plus beaux vers dp ^ ve Aature, ou des images du même genre, aussi vive*.

et non moins vraies, ont été accumulées avec une incomparable verve. C'est tout un détail d'affreuses blessures telles qu'en décrit dans ses batailles Homère, ce maître en poésie de Lucrèce, telles que pouvait s'en représenter la mémoire guerrière d'un Romain. Cette fois, le poe.e qui distribue, je l'ai déjà dit, la partie sensible de 1 ame 1 anima, dans tout le corps, veut prouver que le corps e ant mutilé dans quelqu'un de ses membres, lame lest ellemome. Il prouve bien mieux, vous l'allez voir, que la mutilation ne l'atteint pas, qu'elle reste entière, une, simple, spirituelle.

0 1 dit aue les chars arm6s de faux, tout fumants de carnage, dans leur course rapide, tranchent les membres d'un coup si .nhft aue ce Qu'ils enlève et font tomber palpite encore à tPrrP Tandis aue rame, que Thomme lui-même, tant l'atteinte a éteVrompte?ne senten^t point la douleur ; qu'abandonnés à rardeK combat, ils voudraient y mener ce qm leur reste du corps Celui-ci ne siit pas que son bras gauche, avec son bou- P?7rv^ent d'être em or lé, dans le tumulte de la mêlée, par Khars rolnts, les'faux 'acérées ; celui-là que sa main droite P.t tombée comm-3 il montait, comme il pressait l'assaut. Un Tutre dont la cd se a été coupée, fait effort pour se relever, et cenendant les doigts de son pied mourat.t s'agitent convulsifeS sur e sol- (fest quelquefois une tête séparée d un tronc eS chaud et vivant; elle garde elle-même l'apparence de L vieille tient ses yeux ouverts, jusqu'à ce qu'en soient sortis les derniers restes de l'àme *.

Dans cette peinture frappante, auprès de laquelle se placent encore naturellement quelques traits de \irgile, celuici entre autres, « ses doigts mourants s'agitent et voudraient ressaisir le glaive, «

Semianimesque micant digiti, ferrumque retractant»,

il Y a sans doute une confusion volontaire et habile des derniers tressaillements de la matière organique avec le mouvement persistant et tout moral de la volonté ; mais ce qui y domine, c'est ce que je veux vous redire dans son texte

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