‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 50 sur 513 · De Nat. rer., III, 642 sqq. - 2. Jî:n , X · texte numérisé non relu

De Nat. rer., III, 642 sqq. - 2. Jî:n , X

LANTILUCRECE CHEZ LUCRECE.

même, pour vous en mieux faire apprécier la force et la portée :

Quum mens tamen atque hominis vis Mobilitate mali non quit sentire dolorem ; Et simul in pugnae studio quod dedita mens est, Corpore cum relique pugnam caedesque petessit.

Est-il possible de mieux faire comprendre, quoique ce ne soit pas Fintention de Lucrèce, que Tâme, qui est Thomme même, merts hominis vis, est, dans l'ardeur du combat, « maîtresse, ainsi que Ta dit Bossuet*, du corps qu'elle anime; » bien plus, qu'elle en est distincte, n'en sentant point les blessures, ne se sentant point ralentie dans son élan par ce qu'elle en perd, presque à son insu, menant encore le reste au combat, comme si c'étaient les débris d'une troupe rompue et ralliée?

Corpore cum reliquo pugnam caedesque petessit.'

Cette indépendance de l'âme à Tégard du corps, que Lucrèce constate par l'énergique vérité de sa description, au moment même où il la nie, a frappé dans tous les temps. Au seizième siècle le Tasse et un prédécesseur de l'Arioste l'exprimaient à la fois ; le Tasse par cette exclamation du poëte à la vue de la longue lutte de Tancrède et de Glorinde, l'un et l'autre épuisés mais toujours ardents : « Cruel combat, d'où l'art est banni, où la force est morte, où h leur place ne combat plus que la fureur M » l'autre conteur, à sa manière, par une hyperbole plaisante, dans la personne de ce chevalier obstiné, qui combat toujours, oubliant qu'il est mort : au dix-septième siècle on la consacrait par l'héroïque épitaphe du maréchal de Rantzau :

Du corps du grand Rantzau tu n'as qu'une des parts : L'autre moitié resta dans les plaines de Mars. Il dispersa partout ses membres et sa gloire. Tout abattu qu'il fût, il demeura vainqueur :

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