‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 493 sur 513 · Celle de M. Faguet · texte numérisé non relu

Celle de M. Faguet

CICÉRON

CICÉRON

modèles d'un abord difficile, ranimait à des efforts plus soutenus, plus heureux; il poursuivait de cerlaines beautés, il y atteignait ou, lorsqu'elles lui échappaient, il y substituait des équivalents habiles. Ces caracîères généraux des traductions de Gicéron ne manquent point, il s'en faut, à la plus considérable, celle qu'il a faite d'Aratus. Je l'ai réservée à dessein pour la fin de cette étude : ouvra^re de sa première jeunesse et de ses dernières années, produit commun d'un jet prompt et facile et d'une plus paliente révision, cette traduction semble propre à faire apprécier, avec l'aptitude naturelle de son auteur pour l'art des vers, les progrès qu'il lui a été donné d'y faire; elle est un témoignage du mouvement qui portait alors la poésie latine vers le genre didactique, vers les sujets scientifiques et philosophiques part culièrement, du mouvement duquel est prévenu le poëme De la Nature, C'est enfin une occasion de traiter avec quelque détail d'un des poêles de l'époque alexandrine qui ont le plus attiré les poètes de Rome, et auxquels ils ont demandé le plus volontiers des leçons et des exemples.

L'âge de Gicéron, que la politique a tant agité, n'en a pas moins été un temps de curiosité scientifique et philosophique, un temps où la passion littéraire et particulièrement le goût des vers tenait une grande place. De là, après un intervalle de plus d'un siècle rempli par les succès à peu près exclusifs du théâtre, le réveil du genre qu'avait autrefois inauguré Ennius dans VÉpicharme, dans VÉvhcmère^ cans le poëme qu'il aurait pu nommer Archestrate. En reprenant son cours longtemps interrompu, la poésie didactique fit ce qu'elle avait fait alors : elle demanda ses inspirations à des modèles grecs de dates diverses et de caractères divers aussi ; à ces poèmes où les premiers philosophes avaient exposé et enseigné en vers leurs systèmes sur la nature; è

ces autres poèmes, venus plus tard, où des versificateurs, hommes d'esprit et de talent , avaient, avec le dessein de plaire bien plus que d'instruire, traduit les traités des philosophes et des savants. La diflérence s'effaçait pour les Romains à qui la philosophie et la science étaient chose î ouvelle. Les productions descriptives devenaient pour eux véritablement didactiques. Gela explique l'imitation presque simultanée d'Empédocle par Lucrèce dans son poëme épicurien De la Nature et d'Aratus par Gicéron.

Aratus fut considéré par les Romains autrement qu'il ne l'avait été par les Grecs. Geux-ci n'avaient pu voir en lui qu'un rédacteur élégant d'une science déjà expliquée dans des traités, enseignée dans les écoles, déjà publique, populaire, un poète agréablement descriptif. Pour les Romaius ce fut comme le révélateur de cette science, un poëie didactique. Ge rôle, aussi bien que son mérite poétique qui provoquait à l'imitation, contribua sans doute à produire l'espèce d'engouement par suite duquel il fut si souvent traduit en latin, non-seulement, avec une rudesse énergique, par Gicéron, mais en vers plus coulants, et aussi plus faibles, plus froids, au temps de Tibère par Germanicus ', au temps de Théodose par Aviénus.

Cette liste qui s'ouvre, à la gloire d'Aratus, par des noms si illustres, l'histoire auguste la ferme par celui de Gordien qui, au dire de Gapitolin^, refit dans sa jeunesse, les trouvant trop vieiUis, les ouvrages poétiques de Gicéron, et parmi eux sa traduction d'Aratus. Si complète qu'elle soit ainsi, on est tenté d'y ajouter encore et de conclure d'un passage de Stace que son père, rhéteur célèbre sous le règne de Vespasien, s'était lui-même occupé de reproduire en vers le poëme astronomique d'Aratus. Dans une pièce où il ho-

1. Quelques savants en Allemagne ont revendiqué pour Domitien, qui s'est fait appeler Germanicus et se piquait de poésie, la propriété de cette traduction d'Aratus. Ce n'est pas Tavis de son dernier éditeur, Alfred Breysig, Germanici Cœsaris Aratea cum scholiis, Berlin, 1867, praef. p. xii.

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