‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 497 sur 513 · Trad. de Th. Gaillard, 3'édiU · texte numérisé non relu

Trad. de Th. Gaillard, 3'édiU

lequel on comprend un autre poème, s' s Pronostics, AioayjuEÎa : le premier tiré de deux ouvrages d'Eudoxe, selon Hipparque, un de ses commentateurs, et composé, dil-on, à la demande d'Antigone Gonatas; le second, fruit en partie de ses propres observations jointes à ce qu'il avait emprunté à des vers d'Hésiode, à la météorologie d'Aristote, au livre de Théophraste sur les signes des vents, à d'a-itres écrits aujourd'hui inconnus. Donnons des Phénomènes une courte analyse qui fasse connaître sur quelle matière s'esl exerce le talent poétique de Gicéron.

Après une invocation assez noble à Jupiter, le père des hommes, qui préside à leurs travaux et qui les y appelle par les signaux éclatants qu'il a répandus dans le ciel, Aratus s'adresse aux Muses et les prie de le soutenir dans le dessein qu'il a formé de chauler les astres (v. 1-18). Il entre sur-le-champ en matière et parcourt les diverses constellations déterminant la place que chacune d'elles occupe dans le ciel rappelant son origine mythologique, retraçant le nombre, la disposition, le plus ou le moins de clarté des étoiles qui la composent, indiquant l'heure à laquelle e e brille la saison où elle se montre et les travaux dont elle ramène l'époque (v. 18-467). On comprend que celte marche commandée parle sujet, n*a rien de poétique et qu'elle doit fatiguer par sa sécheresse et sa monotonie. Ce défaut est plus sensible encore dans la dernière part e du poème où l'auteur, après avoir passé en revue les constellations, s'occupe des cercles qui les comprennent et qui partagent la sphère (v. 467-732).

G'est là, on en doit convenir, la disposition d un traite, bien plus que d'un poème ; mais ce qu elle a de prosaïque est compensé par l'habileté de la versification, par de l'harmonie de l'élégance, un tour ingénieux, une expression spirituelle. La description des constellations offrait à la poésie une matière la plupart du temps rebelle; Aratus en a triomphé avec bonheur; il a su, prenant au sérieux des dénominations empruntées à des êtres, à des objets de 1 ordre physique, k des personnages de la Fable, le Dragon, le Ghien, le Lièvre, Orion, la Vierge et tant d'autres, revêtir cette

CICERON

matière si peu favorable d'une forme sensible et en quelsorte vivante, Tégayer par des allusions et même des récits mythologiques. Enfin, à ces éléments d^intérêt, il a quelquefois ajouté d'a^'réables digressions morales. On peut trouver que Quintilien, qui du reste Ta loué ailleurs en le citant*, lui a rendu Lien strictement justice par cette appréciation :

Aratus a traité un sujet sans mouvement, sans variété, qui ne fournissait rien à la passion, point de personna.iJ^es qu'on pût faire agir et parler. 11 suffit toutefois à la tâche à laquelle il s*est réduit.

Arati materia motu caret, ut in qua nulla varietas, nuUus aflectus, nulla persona, nulla cujus'iuam sit oratio; sufficit tamen operi cui se parem credidit*.

Un savant astronome, M. Delambre, dans sa notice sur Aratus*, met les Pronostics bien au-dessous des Phénomènes. II n'y voit qu'un recueil d'erreurs populaires tout à fait indigne d'intérêt. Cela peut être vrai pour la critique scientifique, mais non pas également pour la critique littéraire. Ces superstitions que la science a le droit de dédaigner, prêtaient fort à l'art de décrire et ont quelquefois inspiré Aratus assez heureusement* pour élever le talent de Gicéron, provoquer l'émulation de Varron d'Atax, fournir même, aussi bien que les vers de ces deux imitateurs, quelques traits à Virgile dans le beau passage des Géorgiques^ où sont énumérés les signes de la tempête. Mais, ces traits empruntés, la supériorité de l'exécution les a rendus propres à Virgile; jetés confusément par le poëte grec, ils sont distribués avec art par le poëte latin ; ils forment dans sa composition un tableau à p::rt, qui a son ensemble, sa gradation, son eflet général; enfin ils no sont point le sujet, tout descriptif, mais seulement un épisode d'un poème vraiment didactique

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