Op. et dies, v
CICÉRON
encore chercher au loin leur nourriture. Leurs bœufs et leurs charrues fournissaient à tous leurs besoins ; et la Juotice, cette reine des peuples, qui répand ses dons sur les justes, leur prodiguait les biens en abondance.
Elle demeura sur la terre tant que dura l'âge d'or. Mais quand vint l'âge d'argent, on la vit moins souvent paraître : elle visitait moins volontiers les humains et regrettait les mœurs des anciens temps. Cependant elle se montrait encore aux hommes de cet âge. Elle descendait le soir des montagnes, seule, et sans s'arrêter, comme autrefois, avec bienveillance, auprès des mortels. Seulement, quand elle en avait réuni autour délie un grand nombre dans quelque lieu solitaire, elle leur adressait des paroles menaçantes et des reproches de leur méchanceté : et On me rappellera, leur disait-elle, maisje ne me montrerai plus. Si vos pères de lage d'or ont laissé des fils si peu dignes d'eux, vous produirez à votre tour des enfants plus n":échants que vous. Alors on verra chez les hommes la guerre et 1 i meurtre odieux ; mais le crime sera bientôt suivi de la flouleur. » Elle disait, et retournait vers ses montagnes, abandonnant les peuples qui la suivaient encore de leurs regards.
Mais quand ces hommes moururent, d'autres naquirent plus pervers encore. C'étaient les hommes de l'âge d'airain. Les premiers ils forgèrent le glaive, instrument du crime, le glaive qui maintenant accompagne l'homme dans ses voyages; les jremiers ils se nourrirent de la chair des taureaux laborieux. Alors la Justice indignée quitta cette race criminelle, et s'envola ^ ers les cieux. Elle y occupe cette place où elle brille encore durant les nuits aux regards des humains, portant le nom de Vierge, et voisine de l'écla'ante constellation du Bouvier.
Du morceau correspondant de Gicéron, auquel sans doute s'était appliqué le principal effort de son talent, il ne reste qiie quelques débris :
• .... Sub pedibus profert finita Booti Spicum illustre tenens, splendenti corpore Virgo
Malebant tenui contenti vivere cultu.
Ferrea tum vero proies exorta repente est, Ausaque funestum prima est fabricarier ensem, Et gustare manu victum domitumque juvencum.
Deseruit propere terras justissima Virgo, Et Jovis in regno, cœlique in parte resedit.
'POÉSIE LATINE. i:
CICERON
Ici encore suppléent heureusement Gicéron les grands poètes qui l'ont suivi et à l'admiration, à l'imitation desquels il a comme signalé Aratus : Catulle* qui, après avoir rappelé le commerce familier des dieux avec les hommes au temps de la primitive innocence, se plaint éloquemmentque nos crimes les aient éloignés de nous, qu'ils ne daignent plus nous visiter, se laisser atteindre par nos regards :
Quare nec taies dignantur visere cœtus, Nec se contingi patiunlur lumine claro;
Virgile qui suit chez ses honnêtes et heureux cultivateurs les dernières traces de la Justice quittant la terre :
Ex tréma per illos Justitia excedens terris vestigia fecit' ;
Ovide qui, de cette terre souillée par le meurtre voit, après
les autres habitants du ciel, se retirer la dernière la divine
vierge Astrée :
Virgo caede raadentes Ultima cœleslum terras Astrata reliquit*.
A défaut des parallèles qui nous eussent le plus attiré, mais dont les éléments nous manquent, comparons à d'autres passages du poëte grec des vers moins bien faits certainement, moins harmonieux, moins élégants, mais qui ne manquent ni de force, ni d'éclat, ni d'esprit, et dans lesquels Cicéron a lutté avec quelque succès contre les mérites divers que nous avons tout à l'heure attribués au poème des Phénomènes. Il a réussi, par exemple, à conserver aux constellations cette forme animée et vivante que leur avait donnée Aratus.
Aratus, renouvelant une comparaison d'Hésiode, nous dit Théon, son scoliaste, avait ainsi peint la constellation du Dragon (v. 45) :
Entre les deux Ourses roule, comme un large fleuve, l'énorme et monstrueux Dragon dont les n plis les embrassent.