Iliad.XX
3 Traité du Sublime, c. vui.
^72 CICÉRCN.
Hic valido cupide venantem perculit ictu, Mortiferum in venas figens per \ulnera virus 111e gravi moriens constravit corpore terram.
Cette étude, qui se partage entre Aratus et son traducteur, serait incomplète, si Ton n'y faisait mention d'une petite digression morale par laquelle le poète grec, qui use trop rarement de ce genre d'épisodes, a interrompu la suite monotone de ses descriptions. Elle mérite un souvenir, et par son intérêt propre et par la critique, fort contesta- Lie à mon sens, qu'en a faite un célèbre rhéteur de Tantiquité. Après avoir parlé des daugers de la navigation au temps où le soleil entre dans le signe du Capricorne, Aratus s'élève éloquemment contre la folie des hommes qui naviguent en toute saison (v. 294).
Maintenant, pendant l'année entière, l'onde noircit sous nos vaisseaux. Semblables aux plongeons qui regagnent la terre, trop souvent, assis sur notre poupe, nous re^,-ardons la vaste mer, les yeux tournés vers le rivage. Mais les flots qui lé baignent sont encore éloignés et cependant un peu de bois nous défend de la mort.
Lopgin* a critiqué ce dernier trait, le rapprochant du beau passage de l'Iliade » où Hector qui se précipite dans les rangs serrés des Grecs est comparé à une vague fondant sur un vaisseau :
Comme l'on voit les flots, soulevés par l'orage,
Fondre sur un vaisseau qui s'oppose à leur rage,
Le vent avec fureur dans les voiles frémit,
La mer blanchit d'écume, et l'air au loin gémit;
Le matelot troublé que son art abandonne
Croit voir dans chaque flot la mort qui l'environne.
Boiltau qui traduit par ces vers les vers d'ffomère, avec moins d'exactitude que d'élégance, on le verra plus loin, rend ainsi le commentaire qui les suit dans le chapitre de
L Traité du Sublime, trad . deBoileau , ch. vni; édit. de M . E. Egger, 1837, G. x; édit. et tiad. de M. L. Vaucher, 1854, ch. m. 2. lliad. XV, 6^4 sqq.
CICÉRON
Longin: « Aratus a tâché d'enchérir sur ce dernier vers, en disant :
Un bois mince et léger les défend de la mort.
Mais, en fardant ainsi cette pensée, il l'a rendue lasse et fleurie de terrible qu'elle était. Et puis renfermant tout le péril dans ces mots : Un bois mince et léger les défend dô la mort, il l'éloigné et le diminue plutôt qu'il ne l'aug • mente.... » Cette censure est elle bien fondée, et le passade d'Homère reaferme-t-il, en effet, la coodainnation de celui d' Aratus? Je ne le pense pas. D'abord l'occasion est dlflérente, et ce qui pourrait terminer faiblement la description animée d'une tempête, n'a pas le même mconvenient à la fin d'une peinture plus calme, où il s'agit seulement des dangers et des inquiétudes d'une navigation lointaine. Ensuite Aratus peut être défendu, comme l'attaque LoDgin,par le passage même d'Homère ou il n y a pas ce qu'y a introduit Boileau, d'après le célèbre vers de Virgile :
Praesentemque viris intentant omnia mortem» ;
mais bien ceci :
Le vaisseau est couvert d'écume, les vents mugissent dans'la voile, un tremblement agite le cœur des matelots portés çà et là sur les ondes et séparés par un court espace de la mort '.
Je le de Jiande, cela diffère-t-il b3aucoup de Tidée trèsnaturelle et très frappante exprimée par Aratus et qui s'est présentée à l'esprit de tant d'autres avant et après lui .' Mme Dacier, répétant Longin, ajoute d'après Eustathe, je crois : On dit qu'Aaacharsis passant la merdemania à son pilote de quelle épaisseur étaient les planchas du vaisseau. Le pilote lui répondit qu'elles étaient de tant de pouces. .Eh bien, repartit Anacharsis , nous ne sommes donc
2.* vJir silr^e sens des derniers mots, d'après les anciens, la note de Heyne.
CICÉRON
éloignes de la mort que d'autant. C'est précisément ce que iait entendre Homère et ce qu'ont dit plus expressément, après Aratus, bien des poêles qu'on n'en a jamais blâmés' bien au contraire :
Il avait un cœur dur comme le chêne, entouré d'un triple airain celui qui osa commettre aux fureurs de la mer un frôle esquif.
un robur et œs triplex Circa pectus erat, qui fragiiem truci Conimisit pelago ratem '.
Trop hardi fut celui qui le premier fendit de son frôle esquif les flots perfides; qui laissa derrière lui sa terre natale pour abandonner sa vie à l'inconstance des vents et, dans <:a course incertaine à travers les vastes mers, se confia à un mince bois, ne plaçant entre la vie et la mort qu'une étroite limite!
Audax nimium qni fréta primus Rate tam fragili perfida rupit; Terrasque suas post t Tga videns, Animam levibus credidïL auris; Dubioque secans aequora cur^ù, Potuit tenui fidere ligno, Inter vitae mortisque vias Nimium gracili limite duclo».
Va donc, abandonne aux vents ta vie, mettant ta confiance dans un peu de bois raboté, séparé de la mort seulement d'une épaisseur de quatre doigts et, tout au plus, de sept.
I nunc, et ventis animam committe, dolato Confisus li,-no, digitis a morte remotus Quatuor aut septem, si sit latissima tœda*.
Il manque à celte apologie la citaiion d'un vers de Gicéron où le trait incriminé ait été bien rendu. Précisément Cicéron paraît avoir négligé de le reproduire, lui qui plus ordinairement ajoute à son texte. Tout le passage se réduit chez lui à ces trois vers, assez faibles, dont le dernier toutefois n'est pas sans beauté descriptive :